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Attaque chimique en Syrie : "La réaction de Washington est aussi surprenante qu’énergique"

© AFP | Un homme syrien récolte des échantillons sur le site d'une présumée attaque chimique à Khan Cheikhoun, dans la province d'Idlib, le 5 avril 2017.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Céline CURIOL

Dernière modification : 07/04/2017

Les États-Unis ont encore évoqué jeudi une riposte militaire après l'attaque de Khan Cheikhoun, qui a causé la mort par étouffement de plus de 80 personnes. Bluff ou nouveau cap, cette menace replace Assad au cœur du "problème syrien".

Il aura fallu les images de corps gisant, bave aux lèvres, et d’enfants inconscients pour que le président américain, Donald Trump, déclare vouloir "changer d’approche" dans le dossier syrien, qu’Américains, Européens et Russes tentent toujours, après six ans d’une guerre meurtrière et dévastatrice, de régler sans succès.

Les raids aériens qui ont frappé, mardi 4 avril, un quartier de Khan Cheikhoun, dans le nord-ouest de la province d’Idleb, tenu par des rebelles et des jihadistes, ont causé la mort de plus de 80 personnes, dont plus de 30 enfants, et fait plus de 500 blessés. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a confirmé le traitement de dizaines de patients à Idleb pour d’intenses difficultés respiratoires, le témoignage vidéo d’un médecin de la ville attestant de symptômes propres à une intoxication au gaz sarin – pupilles dilatées, convulsions, mousse dans la bouche – a été diffusé par le New York Times et Le Monde.

Donald Trump, qui avait pourtant juré pendant sa campagne électorale de défendre les intérêts américains jusque dans sa politique étrangère, a non seulement qualifié l’attaque "d’odieuse" et "d’affront à l’humanité", mais est allé jusqu’à brandir la menace d’une action militaire en Syrie. Coup de sang surjoué d’un président qui n’en est plus à sa première réaction impulsive ou esquisse d’un futur changement de cap, la Maison Blanche n’a fourni aucun détail sur ce qu’elle pourrait envisager comme actions.

"La réaction de la présidence américaine est aussi surprenante qu’elle est énergique", estime Cyrille Bret, maître de conférence à Sciences-Po et directeur d'EurAsia Prospective, interrogé par France24. "Donald Trump a déjà fait plusieurs tête-à-queue, une manière d’instiller le doute pour inciter à plus de retenue".

Une retenue qui a d’abord été celle de la Maison Blanche, dont la première réaction fut de souligner, par la voix de son porte-parole Sean Spicer, les "faiblesses de l'administration précédente et son manque de résolution", se référant à la "ligne rouge" définie par Barack Obama suite à l’attaque au gaz sarin du 21 août 2013, perpétrée sur le quartier de la Ghouta orientale, à l’est de Damas. Réaction insuffisante toutefois selon certains élus du Congrès américain qui ont pressé le chef de l’État de réagir plus fermement, estimant que le régime syrien "testait" la nouvelle présidence.

Si en septembre 2013, Donald Trump lui-même appelait Barack Obama, sur Twitter, "à ne surtout pas intervenir en Syrie", le voilà contraint d'être ce dirigeant plus musclé que son prédécesseur, dont il a voulu se donner l'image.

L’ombre de Bachar al-Assad

Si les circonstances du bombardement du 4 avril restent floues, de nouveaux éléments ont confirmé depuis l’action d’armes chimiques, bien que la nature des gaz employés n’ait pas encore été établie.

En Turquie, où certains blessés ont dû être emmenés suite à un bombardement sur l’hôpital d’Al Rahma où ils étaient traités, le ministre turc de la Justice, Bekir Bozdag, a indiqué que des autopsies pratiquées à Adana sur trois corps ramenés d’Idleb avaient permis "d’établir que des armes chimiques avaient été utilisées". Alors que le président Erdogan ne cache pas son souhait de "mettre fin au règne du cruel Assad", le ministre a ajouté que ces examens prouvaient que "Bachar al-Assad a utilisé des armes chimiques", sans pour autant fournir d’éléments plus concrets permettant de faire ce lien.

C’est de même le ministre de la Défense israélien, Avigdor Liebermann, qui s’est dit, jeudi, sûr à "100%" que l’attaque a été perpétrée "sur ordre direct et prémédité du président syrien".

Derrière la désignation d’un coupable tout trouvé se dessine, en filigrane, l’occasion pour certains pays de remettre au goût du jour le sort de Bachar al-Assad, dont le maintien au pouvoir a fini, ces derniers mois, par être accepté par les capitales occidentales.

Damas dément, Moscou suit

Damas pourtant se défend et n’en est plus à un démenti près. L’armée de l’air syrienne n’a pas utilisé d’armes chimiques, a répété le ministre des Affaires étrangères, Walid Mouallem, jeudi encore.

Face à cette position, Moscou, allié et protecteur de Bachar al-Assad, n’a eu d’autre choix que de prendre la défense de celui dont le départ est au cœur des différends entre les acteurs du conflit, aussi bien internes qu’externes. S’il a reconnu l’exécution de raids aériens, le Kremlin a cependant attribué la contamination à la présence, au sol, de dépôts d’armes chimiques aux mains des "terroristes". "L’aviation syrienne avait lancé une attaque aérienne contre un large dépôt de munitions terroriste et une concentration d’équipements militaires à la périphérie est de la ville de Khan Cheikoune. Autour de ce dépôt se trouvaient des ateliers qui produisent des armes de guerre chimiques", a indiqué Igor Konashenkov, porte-parole du ministère russe de la Défense, qui affirme en outre n’avoir pas mené de raid récent dans la province d’Idleb.

"Il y a plusieurs obstacles à une intervention des Etats-Unis en Syrie"

Pour le Kremlin, qui a demandé une enquête, il est donc encore "trop tôt" pour accuser le régime syrien. L’argument principal, et peut-être le seul, que détient en sa possession Moscou pour contrer les accusations n’est pas dénué de poids. Le 18 août 2014, le président américain Barack Obama lui-même annonçait que l’arsenal d’armes chimiques syriennes les plus meurtrières avait été détruit. Sous la menace d’une possible intervention militaire américaine, le régime syrien avait en effet accepté, après l’attaque de la Ghouta, de procéder à la destruction de son programme d’armement chimique en vertu d’un accord américano-russe.

Mercredi, le haut-représentant pour les affaires de désarmement de l’ONU, Kim Won-soo, rappelait devant le Conseil de sécurité qu’au cours des trois dernières années, l’ensemble des matériaux et équipements chimiques déclarés par la Syrie avaient été retirés et détruits. Le responsable y mettait toutefois un bémol, indiquant qu’"un hangar et des locaux demeuraient encore sujet à vérification". Une mission d’enquête conjointe entre l’ONU et l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) a déjà établi que le régime syrien a mené trois attaques au chlore en 2014 et 2015, et que les jihadistes du groupe État islamique (EI) ont employé du gaz moutarde en 2015.

Malgré la possibilité d’utiliser cet argument, la position russe n’est pas pour autant confortable. Moscou doit, d’une main, éviter à son protégé d’apparaître, encore une fois, comme un tyran massacrant une partie de son peuple ; de l’autre tenter de mener à bon terme les pourparlers débutés à Astana sous son égide. Deux missions que la Russie pourrait toutefois trouver moyen de combiner à son avantage.

"La position de la Russie n’est pas nécessairement défavorable. Elle peut se servir de cette attaque pour obtenir certaines concessions du régime Assad dans les pourparlers", commente Cyrille Bret.

Les tête-à-queue de la Maison Blanche

Reste "l’ami" américain. Car si Donald Trump ne cache pas son admiration et son respect pour Vladimir Poutine, cette affinité personnelle ne peut empêcher le vent diplomatique de tourner.

Le 6 avril, l’ambassadrice américaine à l’ONU, Nikki Halley, déclarait que le président Trump considérait la Russie "comme un problème", promettant de ne pas "laisser passer" le fait que Moscou essaye de "couvrir Bachar al-Assad". Le même jour, le secrétaire d’État Rex Tillerson avertissait qu’il était "temps que les Russes réfléchissent vraiment bien à la poursuite de leur soutien au régime Assad". Une semaine après que la diplomatie américaine a annoncé que la Maison Blanche ne considérait plus le départ de ce dernier comme une priorité pour sortir de la guerre, l’administration américaine semble donc refaire grand cas du président syrien.

Une raison de juger peu claires ses positions, voire contradictoires comme l’estime notamment Paris. "La position, c’est de savoir si oui ou non les Américains soutiennent une transition politique en Syrie et que la question du départ de Bachar al-Assad, en tout état de cause, à la fin du processus est posée", a estimé, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Marc Ayrault.

Des numéros d’équilibristes diplomatiques

Quelques heures après les raids aériens du 4 avril, la France a été la première à réagir en demandant une réunion d’urgence du Conseil de sécurité. Cependant aucun vote n’a pu avoir lieu sur le texte proposé par Paris et Londres, jugé "inacceptable" par la Russie. Les sponsors du projet espèrent pouvoir obtenir son vote, jeudi, en dépit des divergences de position.

Mais Moscou ne peut dignement voter pour une résolution qui stipulerait la responsabilité du régime syrien dans l’attaque de Khan Cheikoun, voire ne mentionnerait pas la détention d’armes chimiques par les groupes rebelles. De son côté, l’administration Trump va devoir se montrer plus explicite si elle veut poser ses limites. Une fois encore, de quelques mots, dépendront ce numéro d’équilibriste entre puissances "indignées" qui, plus que de donner un espoir aux Syriens, risquent d’exacerber les tensions entre Washington et Moscou.
 

Première publication : 06/04/2017

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