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Asie - pacifique

L'Asie centrale, une réserve de combattants pour le groupe État islamique

© AFP, Archive | Un drapeau du groupe État islamique à Rashad, en Irak, le 11 septembre 2014.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 12/04/2017

L'implication de kamikazes d'Ouzbékistan et du Kirghizstan dans les attentats de Stockholm et de Saint-Pétersbourg interroge sur l'influence grandissante du groupe État islamique en Asie centrale, malgré une répression sévère menée par ces États.

Istanbul, Saint-Pétersbourg, Stockholm : en moins de quatre mois, toutes ces villes ont été frappées par des attatques terroristes perpétrées par des ressortissants ouzbeks et kirghizes, affiliés ou soupçonnés de proximité avec l'organisation État islamique (EI). Des faits qui rappellent le risque que fait courir la progression de l'islamisme radical en Asie centrale.

Ils seraient entre 2 000 à 4 000 ressortissants d'Asie centrale, notamment originaires du Tadjikistan, du Kirghizstan, du Kazakhstan, du Turkménistan et d’Ouzbékistan à avoir rejoint les rangs de l'EI en Irak et en Syrie, d’après le centre de réflexion International Crisis Group (ICG). Selon cet institut, le contingent le plus important est ouzbek, suivi par le Tadjikistan, qui estime à environ un millier le nombre de ses ressortissants à avoir rejoint l’EI. Le Kirghizstan établit, lui, ce chiffre à 600 pour ses propres citoyens.

Un foyer jihadiste depuis les années 1990

Des chiffres sous-estimés, qui ne reflètent pas l’étendue de l'enrôlement jihadiste en Asie centrale, si l’on prend en compte l’allégeance de plusieurs groupes islamistes locaux à l’EI sur les territoires afghans et pakistanais, selon Clément Therme, chercheur pour le programme Moyen-Orient de l'institut international d’études stratégiques (IISS), joint par France 24.

"Le Mouvement islamique d'Ouzbékistan (MIO), né dans la vallée de la Ferghana à la fin des années 1990, s’est réfugié à Kunduz, en Afghanistan, où il a rejoint les Taliban après la sévère répression de l’ex-président Islam Karimov. C’est l’annonce publique de la mort du mollah Omar en juillet 2015 qui a sans doute conduit Usman Ghazi, le dirigeant du MIO, à prêter allégeance à l’EI le 6 août 2015", explique l’historien. Et de pointer le rôle du Pakistan dans ce phénomène. "Les zones tribales pakistanaises forment aussi des foyers de radicalisation pour les ressortissants d’Asie centrale. Ce sont de véritables universités du jihadisme", ajoute-t-il.

L'EI recrute depuis Moscou

Nombreux aussi sont les migrants d'Asie centrale à être recrutés à l'étranger, comme à Moscou, où ils émigrent pour trouver un emploi. Or ils se retrouvent souvent à vivre dans des conditions précaires, devenant des proies faciles pour les recruteurs de l’EI. La présence de rabatteurs extrémistes en Russie, notamment liés à l’organisation terroriste est avérée, selon Clément Therme, qui s’appuie sur des sources sécuritaires tadjiks : "quelque 40% des Tadjiks qui sont rentrés de Syrie, ou en route vers ce pays, ont déclaré qu'ils avaient été enrôlés à Moscou par un même recruteur identifié par les renseignements des services de sécurité", étaye le chercheur.

Akbarjon Djalilov, le terroriste qui s'est fait exploser dans le métro de Saint-Pétersbourg le 3 avril, de nationalité russe, était né dans le sud du Kirghizstan. D’après des proches, à partir de 2014, le jeune homme avait commencé à "s'intéresser à l'islam, à se rendre à la mosquée, prier et porter une barbe", avant de se rendre en Turquie en 2015, ce qui laisse planer le doute sur un éventuel passage par la Syrie. Bien que l'attentat n'ait pas encore été revendiqué, les enquêteurs russes ont indiqué examiner d’éventuels liens d'Akbarjon Djalilov avec l’EI.

>> À lire : 150 Kazakhs issus d’une même famille rejoignent les jihadistes en Syrie

Des mesures inefficaces contre l’islamisme radical

"Le désespoir et le manque de perspectives des jeunes dans ces pays contribue à nourrir le jihadisme" relève encore le chercheur. Les cinq pays d'Asie centrale sont toutes des républiques laïques à majorité musulmane. Toutes, sauf le Kirghizstan secoué par deux révolutions au cours des dix dernières années, sont dirigées par des chefs d’État autoritaires faisant peu de cas des droits de l'Homme. "Face à la menace que représente la montée de l’EI, ils ont renforcé leur autoritarisme" indique Clément Therme. Cela passe notamment par des mesures prises à l’encontre des musulmans, comme au Tajikistan où le seul parti islamique du pays, le parti de la Renaissance islamique, pourtant modéré, a été interdit en 2015. "Il n’y a plus de cadre légal dans lequel les musulmans peuvent s’exprimer", constate le chercheur. En janvier 2016, la police tadjike a rasé les barbes de quelque 13 000 hommes. Elle est désormais interdite pour les hommes de moins de 45 ans. Le Parlement a en outre voté une loi pour interdire les "noms arabes à consonance étrangère". En Ouzbékistan, où une loi interdit déjà le port de vêtements religieux dans l’espace publique depuis 1998, de plus en plus de femmes sont forcées par les autorités à retirer leur voile.

Des mesures qui ont attisé la haine des islamistes radicaux. Dans une vidéo de propagande diffusée en mai 2015 après son allégeance à l’EI, Goulmourod Khalimov, ancien chef des forces spéciales de la police au Tadjikistan, incite les forces armées de son pays à rejoindre l’EI, indiquant protester contre un gouvernement qui interdit le voile et la prière dans la rue. Il appelle aussi les Tadjiks qui travaillent en Russie à cesser d’être des "esclaves" et promet aussi de porter le jihad en Russie.

Avec AFP

Première publication : 12/04/2017

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