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Théâtre : après "Djihad", Ismaël Saïdi envoie son personnage au purgatoire

© Julia Dumont, France 24 | Dans "Géhenne", Ismaël Saïdi explore le terrorisme à travers le prisme de l'intolérance religieuse.

Texte par Julia DUMONT

Dernière modification : 20/04/2017

Après le succès en Belgique et en France de la pièce de théâtre "Djihad", Ismaël Saïdi présente "Géhenne" au Palais des glaces, à Paris. L'auteur belge y dépeint le cheminement de son personnage vers les autres et la tolérance religieuse.

"Dans cette pièce, il n’y a pas de problème sociétal, il n’y a qu’un problème religieux." Comme à chaque fois, ou presque, Ismaël Saïdi prend la parole à la fin de la pièce. Pour cette première représentation à Paris de "Géhenne", au théâtre du Palais des glaces, à deux pas de la place de la République, l’auteur belge voulait mettre les choses au clair.

L’endroit est bien choisi pour parler d’obscurantisme : "Il y a deux ans, il y a eu des morts dans le café juste en face", rappelle-t-il.

"Géhenne", deuxième volet d’une trilogie consacrée au radicalisme, s’ouvre d’ailleurs sur le souvenir d’un crime. De retour en Belgique après un séjour en Syrie (raconté dans "Djihad"), Ismaël, le personnage principal, joué par l’auteur, a tué cinq personnes, dont trois enfants, au cours d’une prise d’otages dans une école juive. Condamné à la prison à perpétuité et cloué dans un fauteuil roulant pour le restant de ses jours après avoir perdu ses deux jambes dans l’attaque, il est confronté chaque nuit au souvenir de ses actes.

Habité par la haine, Ismaël va faire la rencontre de deux personnages qui vont bouleverser ses certitudes et lui faire découvrir la tolérance et l’amour. Un prêtre commis d’office (Shark Carrera), qui avoue lui-même douter de sa foi et de l’existence de Dieu, et une jeune femme juive qui a perdu la raison (Audrey Devos).

Leur confrontation avec le jihadiste a de quoi donner lieu à toutes sortes de scènes comiques : "Un prêtre et une juive… À part ça, la peine de mort n’existe plus !"

"Le religieux était déjà présent dans 'Djihad', mais les débats de société l'ont effacé"

Ismaël Saïdi s’amuse à faire entrer son personnage en contact avec tout ce qu’il déteste pour "décortiquer la haine qui l'habite". Car si "Djihad" présentait le processus de radicalisation de trois bras cassés, "Géhenne" cherche à en expliquer l’une des causes. "Le thème de la religion était déjà présent dans "Djihad", mais les débats de société l’ont effacé […] Mon personnage, on lui a injecté de la haine très tôt dans sa famille. Je voulais montrer que si cela n’avait pas eu lieu, il ne serait pas devenu tel qu’il est", explique l’ancien policier belge.

>> À lire : "Reportage : quand la pièce 'Djihad' aborde la radicalisation avec des lycéens de Trappes"

Venue assister à la représentation avec sa fille de 15 ans, Khadija Himmi, coordinatrice pédagogique d’un établissement du réseau Écoles de la deuxième chance dans le Val-de-Marne, souligne le besoin de repères des jeunes musulmans, qui manquent de connaissances sur leur religion et dont les familles elles-mêmes peuvent être perdues : "J'ai eu une éducation française. Ce que l'on m'a appris de la religion me vient de mes parents. Et si mes parents avaient été des gens très rétrogrades, je pense que je les aurais suivis […] Nous ne pouvons pas lire l'arabe, donc on ne transmet que ce qu'on nous a appris et qui n'est pas forcément juste".

Khadija et sa fille Sonia ont assisté à la première représentation de "Géhenne", le 19 avril 2017. © Julia Dumont, France 24

"L'enfer voyage d'une personne à l'autre"

La pièce remue, interroge et peut en déranger certains. Au point qu'Ismaël Saïdi a d’abord craint d'"être allé trop loin". Mais les débats avec les adolescents qui ont vu la pièce, déjà jouée 22 fois en Belgique, lui ont ôté ses doutes. "La pièce a eu un effet énorme sur les adolescents. Finalement, on a pu parler de tout. Dans les débats organisés après les représentations, je me suis retrouvé à parler d’athéisme, d’homosexualité..."

Véronique* est principale d’un collège de l'Essonne. Elle a organisé il y a plusieurs mois une représentation de "Djihad" pour les élèves de 4e et 3e de son établissement. Si elle peut envisager de montrer "Géhenne" à ses élèves, elle estime que, encore plus que pour la première pièce, il est indispensable que les élèves puissent débattre avec l’équipe après la pièce. "Il y a beaucoup de messages qui sont donnés et donc beaucoup de choses à comprendre."

D’autant plus qu’Ismaël Saïdi a volontairement imaginé une fin déroutante à sa pièce. Le personnage principal a connu l’amour et la douleur de perdre un être cher, mais tout cela est-il réel ? Ou bien est-ce sa façon de vivre son enfer ? "L'enfer voyage d’une personne à l’autre", se contente de répondre l'auteur.

Mais il explique que l’ambiguïté de sa pièce est contenue dans le terme même de "Géhenne" : "Mot hébreu à l’origine, il a été utilisé en latin avant de se retrouver, en arabe, dans le Coran où il représente l’enfer sous les traits d’un désert brûlant".

Le recours à l’amour comme solution de salut, en revanche, est limpide. "Malgré le cynisme ambiant, il n’y a rien à faire, l’amour, ça sauve tout !", s’enthousiasme Ismaël Saïdi. "La haine, c’est une perte de temps et d’énergie, mais l’amour c’est génial. Et honnêtement, les ados, l’amour, ils adorent !"

* Le prénom a été changé.

Première publication : 20/04/2017

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