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Nouvelle traduction pour "Le vieil homme et la mer", ultime roman d'Hemingway

© AFP | Une scuplture d'Ernest Hemingway au Floridita bar à La Havane, le 16 juin 2011 à Cuba

PARIS (AFP) - 

C'est presque un nouveau roman que les lecteurs francophones pourront découvrir le 4 mai en lisant dans une nouvelle traduction l'ultime roman publié de son vivant par Ernest Hemingway, "Le vieil homme et la mer", soixante-cinq ans après sa parution.

La seule traduction française disponible du texte, qui valut à l'écrivain américain le prix Pulitzer en 1953 et lui permit l'année suivante de décrocher le Nobel de littérature, était la version traduite par l'écrivain et académicien français Jean Dutourd.

Or, cette version était contestée par plusieurs écrivains et traducteurs spécialistes de la langue anglaise. En 2012, l'écrivain François Bon, jugeant "lourdingue" la traduction de Jean Dutourd, avait publié sur son site internet sa propre traduction du roman d'Hemingway, mais Gallimard, détenteur des droits d'exploitation du roman, avait demandé et obtenu le retrait de ce texte.

C'est Gallimard lui-même qui propose cette fois une nouvelle traduction de l??uvre de l'écrivain mort en 1961.

La nouvelle traduction a été confiée à Philippe Jaworski, professeur de littérature américaine à l'université Paris 7 et éditeur notamment des ?uvres d'Herman Melville, de Francis Scott Fitzgerald et Jack London dans la Pléiade.

Dans une préface éclairante sur le métier de traducteur, Philippe Jaworski explique que "c'est la nature du texte qui importe d'abord au traducteur".

Alors qu'Hemingway emploie tout au long du récit des tournures grammaticales irréprochables, Jean Dutourd - qui maîtrisait parfaitement l'anglais - avait délibérément choisi de faire parler le vieux pêcheur Santiago avec un accent pittoresque totalement absent du texte original.

"La langue des dialogues entre Santiago et le garçon (...) ne comporte aucune des tournures familières, ni aucune des marques convenues de l'oralité auxquelles nous ont habitués les ?uvres de fiction", souligne Philippe Jaworski.

"On a tenté dans la présente traduction d'accompagner presque mot à mot, dans sa respiration propre, la prose lente, solennelle, subtilement ouvragée, dans laquelle l'écrivain narre et chante l'aventure du vieil homme", a-t-il ajouté.

De la même façon, Philippe Jaworski a respecté la volonté d'Hemingway d'user de répétitions "avec une insolente prodigalité".

"Introduire des variations en français au moyen de synonymes pour éviter la répétition serait prêter au personnage ou au narrateur une habileté, voire une virtuosité linguistiques qui n'appartiennent pas au roman", s'est-il justifié.

Le résultat est stupéfiant. Le texte, considéré comme l'un des plus grands livres de la littérature américaine, retrouve dans son dépouillement extrême toute sa dimension héroïque et tragique.

© 2017 AFP