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Taïwan: le Kuomintang, un parti centenaire aux abois

© AFP/Archives / Par Michelle YUN | Un supporter du parti Kuomintang porte une statuette de l'ancien leader nationaliste Chang Kai-shek, lors d'une manifestation à Taipei, le 7 octobre 2015 à Taïwan

TAIPEI (AFP) - 

Le Kuomintang a présidé pendant des décennies aux destinées de Taïwan. Mais un an après sa déroute électorale, ce parti centenaire est de moins en moins en phase avec l'opinion, faute d'avoir renouvelé son offre politique.

Fondé en 1912 par le "père de la Chine moderne", Sun Yat-sen, le KMT, qui se choisit samedi un nouveau leader, est au fond du trou. Il reste bien sûr la première force d'opposition. Mais pour certains, il est un navire sans capitaine.

Difficile d'imaginer que c'est cette formation qui a dirigé l'île sans partage sous Chang Kai-shek, après le repli de 1949 à Taïwan consécutif à la défaite face aux communistes de Mao Tsé-toung

C'est sous la houlette de l'ex-président Ma Ying-jeou (2008-2016), issu de ses rangs, que Taïwan a opéré un spectaculaire rapprochement avec Pékin, qui voit toujours l'île comme une partie intégrante de son territoire.

Mais cette politique a aussi été sanctionnée par la débâcle électorale de 2016, qui a vu le KMT perde non seulement la présidence, mais aussi le Parlement, une première en près de 70 ans.

Il a promis de se réformer, mais il est plombé par les divisions internes et par une enquête judiciaire qui a entraîné le gel de ses comptes et la suppression de centaines d'emplois.

"Les évolutions démographiques à Taïwan ne font pas le jeu du KMT", estime Timothy Rich, professeur de sciences politiques à la Western Kentucky University. De plus en plus d'habitants se considèrent taïwanais, et plus chinois.

- 'Carte maîtresse' -

Les relations entre les deux rives du Détroit se sont détériorées depuis l'arrivée au pouvoir de Tsai Ing-wen, issue d'un Parti démocratique progressiste (PDP) hostile à Pékin. Certains au sein du KMT considèrent toujours que le biais prochinois du parti est son atout. Un pari périlleux.

"Le KMT croit toujours que sa carte chinoise est maîtresse. Mais on a vu depuis l'année dernière que ce n'est plus le cas", observe le politologue Fan Shih-ping.

"Quand votre main n'est plus gagnante, qu'avez-vous à proposer?", interroge ce professeur de la NTNU.

Même Pékin se détourne du KMT, explique-t-il: "Le parti communiste est pragmatique. Il ne veut traiter qu'avec ceux qui ont une influence ou du pouvoir."

Depuis l'arrivée de Tsai, Pékin a coupé tous les liens officiels avec Taïwan.

Malgré le repli de 1949 et la défaite lors de la guerre civile, Taïwan, dirigée sous la loi martiale jusqu'en 1987 par Chiang Kai-shek puis par son fils, n'a jamais déclaré son indépendance. La Chine a toujours affirmé qu'elle riposterait par la force à une telle déclaration.

La démocratisation a permis en 1996 les premières élections totalement libres. Et le KMT a perdu pour la première fois la présidence en 2000.

- La vieille garde -

La politique de rapprochement avec Pékin menée par Ma à partir de 2008 a culminé par sa poignée de main historique en 2015 avec le président chinois Xi Jinping. Mais les électeurs, eux, ont estimé que le rapprochement économique avait bénéficié aux grandes entreprises, pas aux citoyens.

Au sein du KMT, certains demandent désormais le rajeunissement de sa direction.

"Il faut élargir notre vision", estime Chiang Wan-an, arrière petit-fils de Chiang Kai-shek.

Cet avocat de 38 ans formé aux Etats-Unis, qui a été élu député pour la première fois en 2015 sous l'étiquette du KMT, pourrait briguer l'an prochain la mairie de Taipei, souvent un marchepied vers la présidence.

Les six candidats en lice samedi sont cependant tous issus de la vieille garde. Parmi eux, la présidente sortante Hung Hsiu-chu, partisane de l'unification. Sa victoire marginaliserait un peu plus le KMT, selon les politologues.

"Leur problème est qu'ils n'ont aucune vision pour Taïwan au-delà de celle de Ma", explique Nathan Batto.

Pour ce chercheur à l'Academia Sinica de Taipei, le KMT a besoin d'un aggiornamiento doctrinaire, y compris sur la question de la relation avec Pékin.

Problème: l'espace politique se réduit car l'exercice du pouvoir a amené Mme Tsai à modérer son discours indépendantiste.

En outre, ajoute M. Batto, "le KMT peut difficilement évoluer sur la question de la Chine sans s'aliéner son électorat traditionnel".

"Sans une nouvelle génération de dirigeants, le changement sera lent."

Par Michelle YUN

© 2017 AFP