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Afrique

La Côte d’Ivoire entre crise économique et revendications financières à répétition

© Issouf Sanogo, AFP | Des soldats mutins stationnent devant le quartier général de l'armée ivoirienne, à Abidjan, le 12 mai 2017.

Texte par Rémi CARLIER

Dernière modification : 24/05/2017

Mutineries, grève des fonctionnaires, baisse du budget… Depuis janvier, la Côte d’Ivoire connaît des crises récurrentes, majoritairement issues de revendications financières. Le point sur la situation dans le pays.

Avis de tempête en Côte d’Ivoire. En pleine récession économique, le pays fait face, depuis janvier, à plusieurs mouvements de protestation, parfois armés, qui ont jusqu’ici fait au moins neuf morts. Militaires et gendarmes mutins, ex-rebelles démobilisés, fonctionnaires et agriculteurs exigent primes ou revalorisations salariales. Des sommes gigantesques pour un pays qui a dû revoir son budget à la baisse et reporte un à un ses projets d’investissement. Retour sur cinq mois de crises épisodiques.

Démobilisés ou en service, les ex-rebelles pro-Ouattara réclament des primes

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 2017, des tirs d’arme lourde retentissent à Bouaké (centre), deuxième plus grande ville du pays. Peu de temps après, le même scénario se produit à Daloa (centre) et Korhogo (Nord). Des militaires démobilisés, ayant combattu pour l’actuel président Alassane Ouattara contre les troupes loyales à Laurent Gbagbo lors de la crise électorale de 2010-2011, tirent en l’air et bloquent les grandes artères de circulation pour réclamer des primes qu’ils estiment mériter avec leurs états de service. Leur grogne gagne rapidement les militaires en service dans les casernes de ces villes, qui se mutinent pour les mêmes raisons et pour une revalorisation salariale.

C’est le début de la grogne des "8 400" mutins, qui finissent par obtenir gain de cause le 14 janvier avec la promesse de 12 millions de francs CFA (18 000 euros) versés en plusieurs fois, s’ils rejoignent leur caserne. Les démobilisés n’obtiennent rien.

>> Mutinerie en Côte d'Ivoire : des enjeux politiques derrière l'agitation militaire ?

Une promesse de primes qui passe mal au sein de la population

L’accord gouvernement-mutins choque la population : le montant est exorbitant comparé au niveau de vie des 22 millions d'Ivoiriens, alors que les revenus des classes sociales basses ne dépassent souvent pas 100 000 FCFA mensuels (152 euros). Il fait surtout figure d’aveu de faiblesse de l’État ivoirien. "En position de force, les mutins ont négocié en janvier face à un pouvoir faible et une armée loyaliste peu sure", constate pour France 24 et depuis Abidjan, Christian Bouquet, professeur de géographie politique à l’université de Bordeaux, auteur de "géopolitique de la Côte d’Ivoire" (Éd. Armand Colin).

S’estimant spoliés, les démobilisés font le coup de feu

Le 11 mai, à la surprise générale, plusieurs porte-paroles des mutins présentent leurs "excuses" et renoncent au second versement de leur prime, soit 7 millions FCFA (10 600 euros). Alors que le président Alassane Ouattara se félicite des économies en vue, les militaires de Bouaké se désolidarisent des porte-paroles, se soulèvent à nouveau, et exigent que leur paiement soit complété. La tension monte avec les soldats démobilisés qui, eux, n’ont pas obtenu gain de cause et s’estiment spoliés par l’accord de la fin janvier. Les mutins craignent pour leur part que les démobilisés ne mettent en péril le paiement de leurs primes. Des affrontements entre les deux camps font un mort chez les anciens militaires, avant que les "8400" n’obtiennent, à nouveau, gain de cause, le 16 mai.

>> À voir : les mutins acceptent un accord et s'engagent à regagner leurs casernes

Les démobilisés n’en restent pas là. Avançant leur nombre à 6 000 (sur 64 000 à la fin de la crise post-électorale, en 2011), ils reproduisent le scénario de janvier et bloquent les entrées de Bouaké le 22 mai. Alors que plus de 85 % d’entre eux ont normalement été réinsérés par l’Autorité de démobilisation, de désarmement et de réinsertion (ADDR, créée en 2012), après s’être vus remettre 800 000 FCFA (1 200 euros) et offrir une formation professionnelle, ils continuent d’exiger une prime, qu’ils évaluent à 18 000 FCFA (27 000 euros) par personne. Pour l’instant, après la mort de quatre démobilisés à la suite de l’explosion d’une grenade offensive dans leurs rangs, la situation est revenue au calme.

>> À lire : quatre morts lors d'affrontements entre démobilisés et policiers

Quoi qu’il en soit, selon Christian Bouquet, "ni les mutins ni les démobilisés n’ont théoriquement le droit à de telles primes. En demandant des primes pour avoir combattu pour Ouattara, ils admettent sur le plan géopolitique qu’ils n’étaient alors que des mercenaires, et non des militaires".

Les fonctionnaires en grève larvée

Parallèlement aux mutineries, les fonctionnaires ont entamé début janvier une grève de trois semaines, qui a paralysé les hôpitaux et les écoles. Ils réclamaient notamment des augmentations et le paiement d'arriérés de primes estimés à plus de 200 milliards FCFA (300 millions d'euros). Après qu’une partie de leurs revendications ont été satisfaites, ils avaient suspendu leur mouvement pendant un mois, à la suite de quoi le gouvernement avait appelé à une "trêve sociale", afin "de créer ce moment d’accalmie qui permet à l’économie ivoirienne de continuer à créer de la richesse".

Si les représentants des fonctionnaires estiment toujours que les négociations n’ont pas abouti, aucun mouvement de blocage similaire à celui de janvier n’a été observé depuis. Mais pour Christian Bouquet, l’approche des examens de fin d’année dans le pays peut faire office de levier majeur aux fonctionnaires, qui disposent là d’une "arme d’influence". La situation est, selon lui, à surveiller "de très près".

Le budget de l’État en forte baisse

Le gouvernement ivoirien a bien du mal à gérer ces crises sur plusieurs fronts, alors qu’il subit de plein fouet la chute des cours du cacao, dont il est le premier exportateur mondial et qui représente 15 % de son PIB. Le choc affecte ceux qui en dépendent directement ou indirectement, soit près du quart de la population. Au 1er octobre 2016, le prix minimum payé au planteur de cacao avait atteint un niveau historiquement haut de 1 100 FCFA (1,67 euros) le kilo : il est retombé à 700 FCFA (1,06 euros) pour la campagne de récolte intermédiaire d’avril 2017. En février déjà, des planteurs avaient entamé une "grève illimitée" pour protester contre le blocage de leurs fèves au port d’Abidjan, dû à une demande mondiale plus faible que l’offre. En avril, le Syndicat national agricole pour le progrès en Côte d’Ivoire (SYNAP-CI) a annoncé qu’il intenterait une action en justice contre le Conseil du café-cacao, qui gère la filière nationale de manière trop "opaque", selon eux.

Le 20 avril, Alassane Ouattara a annoncé une cure d’austérité et une baisse de ses dépenses budgétaires au titre de l’exercice 2017 à hauteur de 10 %, soit 200 milliards FCFA en moins. "À l’exclusion des salaires, nous avons été obligés de réduire les dépenses de 10 %. Tous les ministères vous diront que leurs budgets ont été réduits de 5 à 10 %", a-t-il déclaré. Un fort retour en arrière pour le géant économique ouest-africain qui affiche des taux de croissance remarquables depuis 2011. Les indicateurs ne sont pour autant pas au rouge, l’économie ivoirienne étant suffisamment diversifiée. Mais avec la réunion de tous ces facteurs de crise, pour Christian Bouquet, le pays "entre dans une période de turbulences".

Première publication : 24/05/2017

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