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FRANCE

Législatives 2017 : "Sur le renouvellement, En Marche ! n’a rien fait d’inédit"

© Geoffroy Van Der Hasselt, AFP | Le secrétaire d'État au numérique Mounir Mahjoubi (à gauche), le ministre de la Cohésion des territoires Richard Ferrand (centre) et l'ex-porte-parole de Macron Benjamin Griveaux (2e en partant de la droite) sont tous trois candidats LREM aux législatives.

Texte par Romain BRUNET

Dernière modification : 30/05/2017

Après avoir été un argument de campagne durant la présidentielle, les législatives remettent le concept de renouvellement politique à l’honneur. S'il existe, son impact est cependant à relativiser, souligne le sociologue Étienne Ollion.

Au-delà du leitmotiv de campagne d’Emmanuel Macron sur le renouvellement politique, aujourd’hui repris par le Parti socialiste et le parti Les Républicains, les élections législatives des 11 et 18 juin pourraient permettre à un nombre record de primo-députés de siéger à l’Assemblée nationale.

Après une campagne présidentielle marquée par le "dégagisme" selon la formule de Jean-Luc Mélenchon, certaines figures de la chambre basse du Parlement préfèrent se retirer, craignant de faire la campagne de trop, tandis que d’autres, contraint de choisir entre leur mairie ou leur siège de député en raison de l’entrée en vigueur de la loi sur le non-cumul des mandats, préfèrent abandonner le Palais Bourbon.

Résultat : "On peut s’attendre à plus de 250, voire 300 nouveaux députés" sur un total de 577 au soir du 18 juin, selon Étienne Ollion, chercheur au CNRS, spécialisé en sociologie politique et auteur de "Métier : député", interrogé par France 24. Un chiffre symbolique puisque dans l’histoire de la Ve République, le cap des 300 nouveaux députés n’a été franchi qu’une seule fois, en 1958, avec 310 primo-députés. "Mais derrière la rhétorique du renouvellement, on pourrait, par certains aspects, assister au retour d’un régime ultra-présidentiel", prévient-il.

>> À voir : En campagne rive gauche, NKM contrainte de rassurer l'électorat de droite parisien

France 24 : Comme lors de l’élection présidentielle, le thème du renouvellement politique semble être à la mode pour les élections législatives. Pourquoi ?

Étienne Ollion : C’est un thème qui s’est développé ces dernières années. Durant les crises politiques, c’est classique de vouloir sortir les sortants. Il y a presque 100 ans, on entendait les mêmes remarques durant la crise des années 1930. Et plus récemment, dans les années 1990 en Italie, une forte demande de renouvellement a permis l’émergence de Forza Italia, le parti de Silvio Berlusconi, qui a été créé en un an. En France, la question du renouvellement politique monte depuis quelque temps. Elle s’est manifestée au travers de mouvements citoyens comme Nuit Debout, mais a aussi été reprise par des partis politiques qui ont mis ce thème au cœur de leur campagne en 2017, comme le Front national, la France insoumise et bien évidemment En Marche !. Le succès d’Emmanuel Macron s’explique en partie parce qu’il représentait le renouvellement. Il s’est servi d’une rhétorique qui était dans l’air et qui était puissante, en allant même jusqu’à revendiquer son immaturité politique !

La loi sur le non-cumul des mandats jouera-t-elle un rôle dans le renouvellement des députés ?

La loi est une tentative timide de réponse à la crise. Elle va amener de nouveaux députés, même si parmi les nouvelles têtes présentées, un paquet ne sera pas élu, soit parce que ces candidats ne sont pas dans des circonscriptions gagnables, soit parce qu’ils sont confrontés à des élus locaux qui ont un fort ancrage local et qui seront difficiles à déloger. Par ailleurs, on remarque que la loi sur le non-cumul va faire éclater la figure du député-maire. Avant, les ténors politiques préféraient être à l’Assemblée nationale. Or, un certain nombre d’entre eux, notamment à droite, choisissent aujourd’hui de rester dans leur ville. C’est le cas de personnalités comme Jean-François Copé, Benoist Apparu ou même Édouard Philippe qui, avant d’être nommé Premier ministre, avait préféré rester maire du Havre plutôt que se porter candidat à un deuxième mandat de député de la Seine-Maritime. Mais au-delà de la loi, il y a une tectonique des plaques politiques qui est en cours. L’arrivée d’En Marche ! modifie profondément le jeu et c’est essentiellement cela qui va provoquer un changement de têtes, beaucoup plus que la loi sur le non-cumul.

>> À lire : Les têtes d'affiche qui animeront la campagne des législatives

Le terme de société civile est devenu un argument de campagne pour La République en marche. Mais le parti créé par Emmanuel Macron n’était-il pas obligé de faire appel à celle-ci ?

En Marche ! n’a effectivement rien fait d’inédit. Au contraire, ils ont fait comme tous les partis qui n’ont pas beaucoup d’élus en présentant un grand nombre de candidats issus de la société civile. En revanche, la nouveauté, c’est qu’Emmanuel Macron a senti le vent de la demande de renouvellement qui émergeait, qu’il a compris que cette situation-là était vendeuse et qu’il a su retourner à son avantage ce qui aurait pu être un handicap.

Après, sur le renouvellement, il est important d’aller au-delà de la rhétorique. Le renouvellement et les candidats issus de la société civile, c’est du packaging. Premièrement, le critère retenu par La République en marche pour présenter un candidat comme issu de la société civile – à savoir quelqu’un n’ayant jamais été élu – est très utile.  Cela a permis à Macron d’utiliser la filière d’accès classique à la candidature en présentant d’anciens membres de cabinets ou des personnes qui gravitaient depuis longtemps autour ou au sein même des partis politiques. Deuxièmement, l’origine sociale des candidats LREM est peu diversifiée puisqu’environ 80 % d’entre eux sont des cadres ou chefs d’entreprise. On a vu mieux en termes de renouvellement.

>> À lire : Avec Édouard Philippe à Matignon, Emmanuel Macron divise la droite

À combien de nouveaux députés faut-il s’attendre ? Et quel effet aura leur arrivée à l’Assemblée nationale ?

Il y a 210 députés qui ne se représentent pas et le Parti socialiste est en mauvaise posture, ce qui signifie qu’un bon paquet de députés PS va disparaître. On peut s’attendre à plus de 250, voire 300 nouveaux députés. Le record de 1958, dans la foulée du retour du général de Gaulle, avec 310 primo-députés, pourrait être battu cette année.

Maintenant, quelles conséquences ? On a vu en Espagne que l’arrivée des députés Podemos avait changé l’atmosphère avec de nouveaux élus qui rompaient les codes existants. En France, on peut penser qu’un Palais Bourbon constitué de novices, donc de députés manquant d’expérience et de professionnalisme, sera moins à même d’exercer un contre-pouvoir face à l’exécutif. Cette situation risque de favoriser un usage très présidentialiste des institutions de la Ve République. Derrière la rhétorique du renouvellement, on pourrait, par certains aspects, assister au retour d’un régime ultra-présidentiel.

Première publication : 30/05/2017

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