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FRANCE

Législatives : vu de l'étranger, un petit vent monarchique souffle sur la France

© Loïc Venance, AFP | Comme à Nantes, les candidats du parti En Marche ont bénéficié à plein de l'effet Macron

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 12/06/2017

Le premier tour des législatives augure, pour plusieurs médias internationaux, d’un nouveau paysage institutionnel et politique qui, selon eux, n’est pas sans risques pour le bon fonctionnement d’un système démocratique.

Le raz-de-marée de La République en marche (LREM) lors du premier tour des législatives, dimanche 11 juin, a laissé la presse internationale en partie perplexe, notamment en Allemagne et aux États-Unis. L’incontestable avance des candidats du parti du président Emmanuel Macron sur leurs adversaires a, pour certains titres, comme un arrière-goût d’”absolutisme”, qui se marie mal avec leur conception d’un système démocratique sain.

À commencer par l’Allemagne, où la difficulté pour un parti d’obtenir une majorité absolue lors des élections générales aboutit souvent à des coalitions gouvernementales, marque de fabrique du système politique germanique. “La France est devenue une monarchie”, titre sans détour le quotidien de centre-gauche Süddeutsche Zeitung. Il ne se cache pas d’être mal à l’aise avec les résultats des législatives, malgré l’aura très positive dont Emmanuel Macron bénéficie en Allemagne.

Des députés ou des courtisans ?

Le journal soutient que la plupart des candidats LREM n’ont pas été élus sur leur bilan, car ils sont souvent des novices en politique, mais uniquement sur la marque Macron. Avec la déroute programmée des partis traditionnels, “l’Assemblée nationale ressemblera à un rassemblement de courtisans du roi”, assure le Süddeutsche Zeitung. Pour le journal, c’est toute l’ironie de ce premier tour : dans l’empressement à vouloir bousculer l’ordre politique établi, les électeurs français ont ouvert la voie à la restauration “d’une monarchie parlementaire comme le pays n’en avait pas connu depuis la ‘régence’ de Charles de Gaulle”.

Une fois n’est pas coutume, le quotidien de centre-droit Frankfurter Allgemeine Zeitung n’est pas loin de partager l’avis de son grand concurrent. Le journal s’étonne qu’un peuple ait pris ainsi le pari “de tout miser sur une seule carte” alors que LREM n’a jamais fait ses preuves et que le positionnement d’Emmanuel Macron “demeure flou sur un certain nombre de points”. Ce grand saut dans le vide prouverait que les Français sont prêts à élire des inconnus si cela permet au président d’avoir les coudées franches pour dérouler son agenda réformiste.

Changement de ton aux États-Unis, où la concentration des pouvoirs entre les mains d’un homme déroute moins les commentateurs, habitués au régime présidentiel à l’américaine, qui favorise un exécutif fort. “Emmanuel Macron fait main basse sur le système politique français”, LREM “s’apprête à bénéficier d’une écrasante majorité à l’Assemblée” sont quelques-uns des titres de la presse américaine, qui souligne avant tout le succès politique du jeune président.

Attention danger

Le Washington Post estime qu’une telle configuration présente d’énormes avantages politiques, mais qui peuvent rapidement se transformer en danger pour la démocratie. En s’appuyant sur l’exemple américain, le quotidien rappelle que la fin de l’ère Obama avait été marquée par un certain immobilisme à cause du bras de fer permanent entre le président et le Parlement, aux mains de l’opposition républicaine. Mais il met aussi en garde contre une Assemblée qui ne ferait plus son devoir de vigilance à l’égard d’un exécutif qui se croirait tout permis. Une manière de prendre le prétexte des élections françaises pour critiquer l’attitude de la majorité républicaine au Congrès à l’égard de Donald Trump ?

La chaîne de télévision économique Bloomberg juge qu’Emmanuel Macron devrait peut-être ne pas souhaiter une victoire aussi écrasante de LREM. Le président aurait certes toutes les cartes en main pour mettre son programme en pratique, mais en cas d’échec, il n’y aurait personne d’autre à blâmer que lui.

Première publication : 12/06/2017

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