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Economie

Jeux vidéo : les villes françaises veulent exploiter le filon de l'e-sport

© Andrzej Grygiel, AFP | Chaque année, la petite ville de Katowice, en Pologne, se transforme en capitale européenne de l'e-sport.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 17/06/2017

Industrie du divertissement en plein essor, l'e-sport, qui réunit les gamers lors de compétitions, attise toutes les convoitises. En France, certaines mairies veulent exploiter le phénomène pour en faire un outil de rayonnement économique.

L'e-sport, nouvel Eldorado ? L'industrie des compétitions de jeux vidéo est en plein essor. Selon le site spécialisé Newzoo, alors qu'elle pesait 325 millions de dollars en 2014 dans le monde, elle devrait représenter 696 millions de dollars en 2017, soit une croissance qui attise l'intérêt.. Des chaînes de télévision comme l'Équipe 21 ou Canal + transmettent les compétitions, le PSG a lancé son équipe et certaines villes comme Las Vegas, Paris ou Poitiers suivent la tendance de près.

>> À (re)lire sur Mashable FR : Pourquoi les clubs de foot s'intéressent-ils de plus en plus à l'e-sport ?

Pour réfléchir à l’avenir de ce marché émergent, les professionnels du secteur étaient invités au "Dojo esport", samedi 17 Juin, à l'Hôtel de ville de Paris. Cette série de conférences et d'ateliers a pour but d'inviter les différents acteurs à réfléchir sur la rapide évolution du milieu. El Mustapha Belgsir, vice-président en charge de l'enseignement supérieur de la recherche, de l'innovation et du numérique du Grand-Poitiers, est présent pour évoquer l'intérêt de sa ville pour le jeu vidéo. Poitiers accueille la Gamers Assembly, la plus grande Lan-party de France (un rassemblement physique de joueurs de jeux vidéo) qui accueille chaque année 20 000 joueurs et visiteurs.

Des retombées mais une pédagogie nécessaire

"Les retombées économiques sont énormes. Durant l'évènement, les hôtels sont complets, les restaurants tournent à plein régime, le public est jeune et consomme", assure El Mustapha Belgsir à France 24. Pour lui, la Gamers assembly est un outil de visibilité et fait partie de l'offre culturelle du Grand-Poitiers au même titre que l'université, le Futuroscope ou les équipes locales de volley ou de basket.

"Comme dans tous les projets, il y a eu des résistances à l'idée que le Grand-Poitiers s'investisse dans ce domaine", raconte El Mustapha Belgsir. " C'est souvent dû à une incompréhension. Les gens qui critiquent connaissent rarement l'e-sport. Il y a un travail de pédagogie à faire." Ce travail de pédagogie fait partie des objectifs du partenariat entre FuturoLAN et le Grand-Poitiers : "Depuis quelques années, de nouveaux espaces sont aménagés autour de l'évènement : pour les enfants, les seniors, les entreprises, afin de les éduquer à cette culture" explique le vice-président.

Parallèlement, le Grand-Poitiers tente de bâtir des synergies avec les entreprises du numérique de la région. L'intercommunalité souhaite capitaliser sur l'e-sport, quitte à procéder à tâtons. "L'écosystème de l'e-sport, personne ne comprend encore le modèle économique mais nous nous efforçons de le construire", résume El Mustapha Belgsir.

Katowice, capitale européenne de l'e-sport

Le Grand-Poitiers a sans doute dans un coin de la tête le conte de fées de Katowice. Dixième ville de Pologne en terme de population, elle était l'archétype de la ville minière que la désindustrialisation avait laissé sur le carreau. Puis, un jour de 2013, le maire de la ville serait tombé sur un article de Forbes parlant de l'e-sport. Une des personnes citées étant polonaise, il l'a contactée. Très vite un partenariat se noue entre l'ESL (la plus grande structure organisatrice de tournoi d'e-sport au monde), la ville et Intel.

De là sont nés les Intel Extrem master (IEM) de Katowice, grand-messe de la scène mondiale de l'e-sport. S'y déroulent les épreuves les plus importantes du MOBA (Multiplayer Online Battle Arena) "League of Legends", du jeu de stratégie "Starcraft II" et du jeu de tir "Counter Strike : Globale offensive". La compétition a lieu dans le Spodek, le palais omnisports local, rempli à ras bord par des fans venus de toute la planète. "Tout le monde y a trouvé son compte. Pendant les 8 jours, ce sont 10 millions d'euros qui sont générés", explique à France 24 Jan Pommer, directeur des relations de Turtle Entertainment, dont ESL est la filiale. En faisant ce pari, la ville de Katowice a réussi à casser son image et à se présenter comme une ville attractive.

L'e-sport outil de communication politique ?

"Katowice a montré qu'une ville peut redevenir dynamique aux yeux des jeunes à partir du moment où on leur montre qu'on s'intéresse aussi à leurs centres d'intérêt", explique Jan Pommer. "L'e-sport, finalement, c'est comme un concert de rock."
Pour les villes, le calcul est aussi politique. Il s'agit de conquérir des jeunes qui ont souvent l'impression d'être délaissés par la politique. Durant sa campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon a fait du vote de la jeunesse un de ces objectifs. Et, de manière inédite en France, il a multiplié les louanges envers les jeux vidéo et les clins d'œil aux joueurs : "C'est un instrument magique de formation et de culture", avait notamment déclaré celui qui souhaitait la création d'un centre national du jeu vidéo et soutenir les entreprises françaises du domaine. Une stratégie payante ? Toujours est-il que le candidat de la France insoumise a été le candidat préféré des 18-24 ans en recueillant 30 % de leurs suffrages

>> À (re)lire : à la veille de l’élection présidentielle, les politiques s’emparent de YouTube

"L'e-sport peut démontrer qu'il y a une stratégie économique qui est innovante ", explique El Mustapha Belgsir. De là à y voir un nouvel outil soft power capable de faire ou défaire les élections ? L'élu du Grand-Poitiers préfère en rire :" Les jeunes sont intelligents : personne ne va voter pour un politique juste parce qu'il dit haut et fort : 'j'aime l'e-sport !'"

 

 

Première publication : 17/06/2017

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