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Moyen-Orient

Un espion désobéissant à l’origine du coup d’État de 1953 en Iran, selon la CIA

© Archives, AFP | La CIA a avoué son implication dans le coup d'État iranien de 1953 en 2013.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 30/06/2017

D’après des documents déclassifiés, la CIA aurait renoncé à soutenir le coup d’État iranien du Shah d’Iran contre le nationaliste Mohammad Mossadegh en 1953. La désobéissance d’un espion américain serait à l’origine de cet événement historique.

Soixante-quatre ans après le coup d’État qui a renversé le Premier ministre iranien Mohammad Mossadegh, le 19 août 1953 en faveur du Shah d’Iran, la CIA a rendu publics des documents de près de 1 000 pages donnant des détails sur son opération secrète, plus connue sous le nom de l’opération AJAX. Le magazine américain Foreign Policy, qui a pu avoir accès à ces notes historiques, a rapporté mardi 27 juin que la CIA avait tenté de stopper cette opération secrète, qui lui a échappé à la dernière minute.

D’après les documents déclassifiés et rendus public par le département d’État américain, à la veille du coup d’État, le quartier général de la CIA écrit à son chef de station en Iran pour lui demander de ne plus prendre part au putsch en préparation. "L’opération a été tentée et a échoué. Nous ne devrions plus participer à une opération contre Mossadegh qui pourrait permettre de remonter jusqu’aux États-Unis. Les opérations contre Mossadegh devraient être interrompues", alarme ce message en date du 18 août 1953.

C’est sans compter sur la désobéissance d’un espion sur place. L’espion en question, nommé Kermit Roosevelt, n’est autre que le haut responsable de la CIA en Iran, indique Malcolm Byrne, directeur des Archives de la sécurité nationale à l’université George Washington à Foreign Policy.

Des Américains poussés par les Britanniques

Si la CIA a décidé de laisser tomber les partisans du coup d’État, explique Foreign Policy, c’est parce que les Américains ont senti le vent tourner après l’échec d’une première tentative de renversement de Mohammad Mossadegh dès le 15 août 1953. Ce dernier, ayant été informé, avait procédé à une douzaine d’arrestations, contraignant le Shah à se mettre à l’abri à l’étranger.

Par ailleurs, les Américains n’y tenaient pas tant que ça. À en croire les documents déclassifiés, ils auraient été poussés à favoriser la chute de Mossadegh par leurs alliés britanniques, qui avaient bien plus à perdre en Iran, Mossadegh ayant nationalisé le pétrole iranien à leurs dépens en 1951. Les notes de la CIA critiquent l’intransigeance des Britanniques dans ce dossier.

Une opération secrète lourde de conséquences

Quoi qu’il en soit, les conséquences de la désobéissance de Kermit Roosevelt seront déterminantes pour l’histoire de l’Iran et l’avenir des relations avec les États-Unis. Car au lendemain du contre-ordre de la CIA, le 19 août 1953, avec l’aide des opposants de Mossadegh largement soutenus par la CIA, le coup d’État contre le gouvernement iranien s’avère être un succès. Le héros démocrate, qui avait nationalisé le pétrole au détriment des compagnies anglaises et américaines, est arrêté, et la monarchie, brièvement menacée par la fuite à l’étranger du Shah à quelques jours du putsch, est restaurée pour de longues années.

L’implication de la CIA dans le coup d’État, que les États-Unis ne reconnaitront officiellement qu’en 2013, nourrira un sentiment anti-américain croissant en Iran. Par effet domino, c’est l’opération AJAX qui, pour certains analystes, a eu pour conséquence des années plus tard de favoriser la révolution islamique de 1979 en Iran.

Des stocks d’armes et des alliances en vue du coup d’État

Si la CIA fait porter la responsabilité du déclenchement des opérations à ce fameux Kermit Roosevelt, les 1 000 pages déclassifiées par les services américains donnent de nombreux autres détails sur le rôle des agents américains dans la préparation du coup d’État iranien durant l’année précédant sa survenue. Les notes dévoilent notamment l’ampleur des stocks d’armes rassemblés par la CIA en vue de pouvoir "subvenir aux besoins d’une organisation de 10 000 hommes armés pour six mois". L’agence de renseignement américaine aurait dépensé près de 48 millions de dollars de pots-de-vin et autres coûts nécessaires à l’organisation du putsch.

Autre point remarquable : dans ses notes, la CIA présente le clergé chiite iranien comme un allié du coup d’État. Aucune preuve d’un quelconque soutien financier n’est citée, mais plusieurs documents indiquent que des officiels américains ont rencontré à l’époque un leader religieux de premier plan, l’ayatollah Abol-Ghassem Kashani. D’après la CIA, il s’avèrera être non seulement un opposant de Mossadegh, mais aussi un allié des Américains. Or Kashani est présenté depuis des années comme un héros du nationalisme iranien sur cette période. En janvier dernier, le Guide suprême a de nouveau encensé cette figure historique pour son rôle dans la nationalisation du pétrole. Les révélations de la CIA pourraient donc venir contrarier le récit de l’actuel pouvoir iranien.

Selon Malcolm Byrne, directeur des Archives de la sécurité nationale à l’université George Washington interrogé par Foreign Policy, la publication de ces documents, qui aurait dû avoir lieu sous la présidence de Barack Obama, a d’ailleurs été différée pour ne pas entraver les négociations sur le nucléaire iranien.

Avec AP

Première publication : 30/06/2017

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