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L'Inde vote pour élire un dalit à sa présidence

© AFP / Par Abhaya SRIVASTAVA, Bhuvan BAGGA | Des membres du Parlement indien font la queue pour voter afin d'élire le prochain président du pays, à New Delhi le 17 juillet 2017

NEW DELHI (AFP) - 

Les législateurs indiens votaient lundi pour élire le prochain président du pays, une victoire politique annoncée pour le Premier ministre Narendra Modi alors que son candidat -issu de la communauté défavorisée des dalits- est presque assuré de l'emporter.

L'élection de Ram Nath Kovind, un quasi-inconnu proche de la mouvance nationaliste hindoue, renforcerait la mainmise de l'homme fort de l'Inde sur le pouvoir. Elle lui permettrait aussi de marquer des points au sein de la communauté dalit (autrefois appelée "intouchable"), forte de 200 millions de personnes, en vue des législatives de 2019 où il devrait concourir à un second mandat.

Quelque 4.900 élus des assemblées parlementaires nationales et régionales décidaient lundi du nom du prochain chef de l'Etat, un poste principalement honorifique, pour remplacer le sortant Pranab Mukherjee

En raison du poids du Bharatiya Janata Party (BJP, au pouvoir à New Delhi) et ses alliés dans le collège électoral, M. Kovind, un ancien avocat de 71 ans, a toutes les chances d'être désigné à l'issue du scrutin.

Emboîtant le pas au BJP, l'opposition emmenée par le parti du Congrès a dû également porter son choix sur une dalit, l'ex-diplomate Meira Kumar, pour ne pas apparaître en décalage et risquer de froisser de potentiels électeurs.

A la veille du vote, M. Modi a salué sur Twitter l'atmosphère de "dignité" dans laquelle s'est déroulée la campagne.

La leader de l'opposition Sonia Gandhi a elle présenté ce scrutin comme un "choc d'idées" et appelé à rejeter la "vision étroite, clivante et communautariste" de l'Inde portée selon elle par le pouvoir en place.

- Mathématiques électorales -

Les hautes castes constituent traditionnellement l'assise électorale du BJP mais les nationaliste hindous courtisent les votes de la communauté dalit, socialement et économiquement marginalisée car considérée comme au bas de la hiérarchie des castes, pour élargir leur base.

Ce réservoir de voix est d'autant plus important pour M. Modi qu'il ne peut guère compter sur les bulletins des musulmans, qui constituent environ 14% de la population indienne, en raison de la crispation identitaire dans le pays sous son mandat.

Un vote massif des dalits en faveur du BJP aux élections futures "pourrait, une bonne fois pour toutes, triompher du 'veto musulman' dans ce pays" qui a longtemps handicapé le parti, commente pour l'AFP Nistula Hebbar, journaliste politique au quotidien The Hindu.

"La communauté dalit est répartie dans tout le pays, en particulier dans tous les Etats importants électoralement", ajoute-t-elle.

Le vote de caste est un élément vital des mathématiques électorales indiennes, même s'il est souvent à nuancer par des facteurs religieux ou régionaux.

"N'importe quel politicien voudrait le soutien de ce bloc de 16% (de la population) pour une élection", estime Vimal Thorat, un militant dalit.

Si la Constitution de l'Inde indépendante a officiellement aboli la discrimination de caste, elle reste dans les faits une réalité. Les dalits sont souvent cantonnés à des métiers ingrats, car jugés "impurs", comme le nettoyage d'excréments ou la prise en charge de cadavres d'animaux.

Manifestant leur grogne, les dalits ont tenu d'importantes manifestations l'année dernière après plusieurs cas de passages à tabac de membres de leur communauté par des milices de défense des vaches ou des personnes de hautes castes.

Si M. Kovind ou Mme Kumar est élu, le vainqueur deviendrait le deuxième président dalit d'Inde, après K R Narayanan (1997-2002). Le résultat de l'élection présidentielle sera annoncé jeudi.

Par Abhaya SRIVASTAVA, Bhuvan BAGGA

© 2017 AFP