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Moyen-Orient

Le génie des maths Maryam Mirzakhani sans voile à la une des journaux iraniens

© Atta Kenare, AFP | La mathématicienne Maryam Mirzakhani en une de la presse iranienne, le 16 juillet 2017.

Texte par Bahar MAKOOI

Dernière modification : 18/07/2017

Seule femme à avoir remporté la médaille Fields, la mathématicienne iranienne Maryam Mirzakhani est décédée, samedi, à l'âge de 40 ans. Émus, les médias iraniens lui ont rendu hommage, n'hésitant pas à publier sa photo sans le voile islamique.

Son portrait a fait la une des journaux iraniens… sans voile. Maryam Mirzakhani, génie des mathématiques et lauréate de la très prestigieuse médaille Fields, est décédée, samedi 15 juillet, aux États-Unis des suites d’un cancer du sein à l’âge de 40 ans. Émus par cette disparition, les médias iraniens n’ont pas hésité à outrepasser la loi qui oblige toute femme à se couvrir la tête en public.

"La génie de la mathématique a cédé devant la puissance de la mort" titre Hamshahri, l'un des journaux modérés les plus populaires en Iran

Le président iranien, Hassan Rohani, s’est lui aussi fendu d’un message sur son compte officiel Instagram. Le religieux modéré a publié un cliché tête nue de la prodige des mathématiques, qui vivait aux États-Unis depuis presque vingt ans. Il a salué le rôle symbolique joué par Maryam Mirzakhani dans "la reconnaissance du talent des femmes et de la jeunesse iranienne à travers le monde".

Une héroïne pour les jeunes Iraniens

Seule exception, la ville de Téhéran qui a affiché des portraits, mais voilée, de la scientifique cette fois. D’après l’un des membres du conseil municipal, la ville envisagerait même de renommer une des rues de la capitale en son honneur.

Si les responsables politiques et les médias ont salué la mémoire de Maryam Mirzakhani, c’est avant tout la jeunesse iranienne qui lui a rendu hommage sur les comptes Instagram. Artistes et designers de la nouvelle génération se sont réappropriés son portrait faisant d’elle une icône. "Elle était notre héros", écrit une jeune Iranienne sur le seul réseau social occidental autorisé en Iran.

Hommage rendu à Maryam Mirzakhani par le designer Sassan Behnam Bakhtiar

L'illustration de la designeuse Goharnaz pour Maryam Mirzakhani

My illustration #مریم_میرزاخانی #ریاضیدان #دانشمند #تصویرسازی #گوهرنازالسلطنه #goharnaz #maryam_mirzakhani #illustration stration

Une publication partagée par #goharnaz #گوهرنازالسلطنه (@goharnaz_design) le

She was our generation genius hero...:(#maryammirzakhani #mathmatics

Une publication partagée par Rabi Nouri (@rabinouri) le

Repérée dès l’âge de 17 ans lorsqu’elle remporte la médaille d’or aux Olympiades internationales de mathématiques, le génie des chiffres est recrutée quelques années plus tard par Harvard. Elle quitte alors son pays natal pour décrocher un doctorat en 2004 dans la prestigieuse université américaine, avec une thèse qualifiée de "chef-d’œuvre" par Stanford News. "La plupart des mathématiciens ne produiront jamais quelque chose d’aussi bon. […] Et elle l’a fait dès sa thèse", avait salué à l’époque un professeur de mathématiques de l’université de Chicago, Benson Farb. Elle passera successivement par Princeton puis Stanford où elle deviendra enseignante.

Mais c’est en 2014 qu’elle connaîtra la consécration suprême en remportant la médaille Fields qui récompense les mathématiciens de moins de 40 ans. Elle est d’ailleurs la première et la seule femme jusqu’à présent à avoir été récompensée par cette distinction, considérée comme le prix Nobel de la discipline.

Symbole de la fuite des cerveaux

Si la jeunesse iranienne s’identifie autant à Maryam Mirzakhani c’est sans doute parce qu’au-delà de son génie, elle représente cette nouvelle génération iranienne, urbaine et éduquée, issue de la classe moyenne et née après la révolution, qui aspire à la reconnaissance.

Fierté pour son pays, la mathématicienne illustre aussi le phénomène de fuite des cerveaux en Iran, où les jeunes sont les premières victimes d’un chômage à 27 %. Quelque 150 000 étudiants quittent chaque année le pays, dont de nombreux scientifiques. Des chercheurs que Téhéran peine à faire revenir, alors même que cet exode représente une perte en capital humain évaluée à plus de 120 milliards d'euros, d’après des chiffres de 2013.

 

Première publication : 17/07/2017

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