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FRANCE

Antisémitisme : l'embarrassante affaire Sarah Halimi

© Martin Bureau, AFP | L'entrée de la direction régionale de police judiciaire de Paris, aux 36 quai des Orfèvres, à Paris.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 18/07/2017

Le suspect dans le meurtre de Sarah Halimi, femme juive défenestrée à Paris en avril, a été mis en examen pour "homicide volontaire". La qualification antisémite n'a pas été retenue par la justice, ce qui suscite la colère de la communauté juive.

Cela fait quatre mois que Sarah Halimi, une juive orthodoxe de 65 ans, a perdu la vie, à Paris. Quatre mois que les circonstances entourant ce crime indignent la communauté juive de France, d’autant plus depuis que la justice a décidé, le 12 juillet, de ne pas retenir la circonstance aggravante de crime antisémite.

Le 4 avril, en pleine nuit, le suspect, Kobili Traoré, se serait introduit dans l’appartement de sa voisine du dessus, à Belleville, dans le 11e arrondissement de Paris. Selon les témoignages, ce jeune homme musulman de 27 ans aurait roué de coups Sarah Halimi sur le balcon aux cris d'"Allah Akbar", entrecoupés d'insultes et de versets du Coran, selon des témoins, avant de la précipiter par la fenêtre. Sarah Halimi, dont le nom réveille le souvenir de l'assassinat antisémite d'Ilan Halimi en 2006, a été retrouvée morte sur les pavés de la cour.

Le parquet de Paris a indiqué, mardi 18 juillet, qu'une "information judiciaire, menée sous l'autorité de deux magistrats instructeurs, [était] en cours pour faire toute la lumière sur les circonstances qui ont conduit au passage à l'acte criminel". "Des investigations se poursuivent à cette fin : commission rogatoire, expertises techniques, expertise psychiatrique", a-t-il ajouté. Outre la question sur le caractère antisémite du crime se pose une autre question : celle de la responsabilité pénale du suspect qui présente, selon le parquet, des "troubles psychologiques manifestes". "Je me sentais comme possédé", "oppressé par une force extérieure, une force démoniaque", a expliqué le jeune homme, pris de "bouffées d'angoisse" depuis la veille et qui affirme avoir fumé plus d'une dizaine de joints de cannabis ce jour-là. Une expertise psychiatrique a été ordonnée et est attendue avant la fin de l’été.

"Un véritable déni de justice"

Kobili Traoré a été mis en examen le 10 juillet pour homicide volontaire. Interné d’office depuis ce drame, le suspect "conteste toute motivation antisémite", selon l'avocat de Kobili Traoré, Me Thomas Bidnic. "Je n'ai jamais eu de problèmes avec des juifs auparavant", a ainsi déclaré le suspect à la juge d'instruction venue l'entendre pour la première fois à l'hôpital psychiatrique le 10 juillet, selon une source proche du dossier.

Cette décision de ne pas retenir le caractère antisémite du crime suscite l’incompréhension des avocats de la famille de la victime. "Ni la séquestration de Mme Halimi, ni la torture et les actes de barbarie, ni l’assassinat avec la circonstance aggravante que le crime a été commis en raison de la religion juive de la victime n’ont été retenus par la juge d’instruction : de telles omissions volontaires s’apparentent à un véritable déni de justice", affirme Me Jean Alex Buchinger dans un communiqué.

Le Conseil représentatif des institutions juives de France s’est aussi emparé de cette affaire. Chaque jour, dans un message sur Twitter, le Crif fait le décompte des jours écoulés depuis la mort de Sarah Halimi et pose cette question : "La circonstance aggravante d’antisémitisme n’est toujours pas retenue. Pourquoi ce déni d’antisémitisme ?".

Une émotion également relayée par des personnalités de la société civile : le 6 juin 2017, 17 intellectuels ont lancé un appel dans les pages du Figaro. "Tout laisse penser, dans ce crime, que le déni du réel a encore frappé. Nous demandons que toute la vérité soit établie sur le meurtre de Sarah Halimi. Que toute la vérité soit dite sur la profondeur des fractures françaises. Il faut que la politique de l'autruche cesse et que nos dirigeants prennent conscience de ce qui se passe dans le pays. Pour Sarah et sa famille, mais aussi pour la France", ont ainsi écrit Alain Finkielkraut, Michel Onfray, Jacques Julliard, Élisabeth Badinter ou encore Marcel Gauchet.

Dans un post sur son compte Facebook, le dessinateur Joann Sfar s’est aussi interrogé : "Il paraît que le coupable a affirmé que son motif n’était pas antijuif. C’était quoi, son motif ? Ça ne me regarde pas. Par contre, je commence à me demander ce que ça serait, un crime antijuif ? Si traiter une dame de sale juive puis la massacrer et la défenestrer ça ne suffit pas, il faut faire quoi ?".

À la suite de ces nombreuses réactions et interpellé par la famille de la victime, le président Emmanuel Macron s’est finalement exprimé sur cette affaire. "Malgré les dénégations du meurtrier, la justice doit faire désormais toute la clarté sur la mort de Sarah Halimi", a-t-il affirmé, dimanche 16 juillet, lors de la commémoration des soixante-quinze ans de la rafle du Vél d’Hiv. "Un jour, parce qu'on s'est tu, parce qu'on a pas voulu voir, le passage à l'acte intervient. Alors ce qui était des mots, ce qui n'était chez les uns que de la haine formulée différemment, et chez les autres une forme de lâcheté et une complaisance à ne pas vouloir voir, alors ça devient des vies fauchées et des gestes qui tuent", a ajouté le chef de l’État en évoquant l'antisémitisme.

"Cette inertie est indigne de nous"

Outre la décision du parquet, certains s’interrogent aussi sur les trois longs mois écoulés dans le silence avant que l’affaire ne prenne un tour politique. Pour Caroline Valentin, journaliste au Figaro, cette affaire est symptomatique du déni français face à un antisémitisme d’origine arabo-musulmane . "Le meurtre de Sarah Halimi doit être compris comme une alarme qui nous rappelle à nous-mêmes, à ce qui nous définit. Cette inertie est indigne de nous. La France, pays des Lumières, berceau des valeurs universelles des droits de l'Homme, ne peut pas être un pays où les juifs se font agresser et tuer, parce que juifs, dans l'indifférence générale", insiste-t-elle dans un édito dans Le Figaro.

Dans une tribune publiée sur le Huffington Post et intitulée "Elle s'appelait Sarah...", l’essayiste Jacques Tarnero estime, pour sa part, que le silence a été fait autour de cette affaire, qui s’est déroulée en pleine campagne électorale, "pour ne pas 'faire le jeu du Front national' et 'ne pas fournir d'arguments nourrissant 'l'islamophobie'".

Comme le rappelle le journal Le Monde, ce n’est pas la première fois que le caractère antisémite d’un crime ou d’un délit fait l’objet d’interprétations divergentes entre justice, parties civiles, et responsables politiques. "Le cas le plus récent concerne l’affaire dite de Créteil. L’histoire d’un couple violemment agressé, séquestré, et violé – dans le cas de la jeune femme – à son domicile, en décembre 2014, par une bande de jeunes gens, cherchant de l’argent et des bijoux", note le quotidien. Après plusieurs tergiversations, la justice avait finalement retenue la circonstance aggravante d’antisémitisme.

Première publication : 18/07/2017

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