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Culture

Non, le film "Dunkerque" ne fait pas injure à l'armée française

© Warner Bros. Entertainment Inc | Un extrait du film montrant des soldats britanniques qui attendent d'embarquer à Dunkerque.

Texte par Benjamin DODMAN

Dernière modification : 28/07/2017

Le dernier film de Christopher Nolan sur la bataille de Dunkerque a été salué par la critique, mais il a aussi été vivement critiqué en France. Pour certains, le long-métrage oublie le sacrifice des 40 000 soldats français.

Une semaine après sa sortie, le 19 juillet, sur les écrans, "Dunkerque" a pris la tête du box-office français avec 925 200 entrées. Malgré son succès auprès du public, ce film du réalisateur américano-britannique Christopher Nolan, qui relate l'opération "Dynamo", suscite la polémique.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, entre le 26 mai et le 4 juin 1940, face à l'avancée de l'armée allemande, plus de 300 000 soldats, majoritairement britanniques, ont été exfiltrés de la cité portuaire française vers les côtes anglaises. Si pour beaucoup, le long-métrage dépeint avec fidélité cette évacuation, pour d'autres, les Français sont cruellement absents de cette reconstitution.

Où sont les soldats français ?

Dans la scène d’ouverture de “Dunkerque”, un soldat britannique, terrifié et hagard, parvient à se réfugier derrière une barricade tenue par des soldats français. C’est la dernière ligne de défense avant la plage de Dunkerque, où des centaines de milliers de militaires se sont amassés face à l’avancée des Allemands. Aucun mot n’est échangé, mis à part un sarcastique "Bon voyage l’Anglais". Les Britanniques plient bagage, laissant leurs alliés français seuls face à leur défaite, actée par le maréchal Pétain lors de l'armistice signé avec l'Allemagne le 22 juin 1940.

Cette séquence montre implicitement que le réembarquement des Britanniques aurait échoué sans ce dernier rempart tenu par les Français. Mais si Christopher Nolan évoque bien l'implication de l'armée tricolore au début de son blockbuster, il ne fait qu'effleurer la question. Ce qui a soulevé la polémique de ce côté-ci de la Manche .

Dans le journal Le Monde, le critique de cinéma Jacques Mandelbaum salue ainsi la virtuosité et "l’approche immersive" du réalisateur américano- britannique, mais il pointe aussi du doigt "la vision parcellaire du film". "Sans doute encore ne peut-on nier à un créateur le droit de focaliser son point de vue sur ce que bon lui semble", estime-t-il, avant de s'interroger : "Où sont, dans ce film, les 120 000 soldats français également évacués de Dunkerque ? Où sont les 40 000 autres qui se sont sacrifiés pour défendre la ville face à un ennemi supérieur en ¬armes et en nombre ? (…) Où est même Dunkerque, à moitié détruite par les bombardements, mais rendue ici invisible ?".

Certains ont critiqué la représentation des soldats français dans le film

Et s'il rappelle le "respect et la dette éternelle que la France doit à ses libérateurs" Jacques Mandelbaum explique que le film peut être perçu "comme une cinglante impolitesse, une navrante indifférence". Pour preuve, dans cette "histoire purement anglaise", les rares soldats français sont dépeints comme "peu amènes". Comme si, en pleine guerre, on s’attendait à ce qu’ils soient souriants et amicaux.

Son homologue du Figaro, Geoffroy Caillet, est encore plus cinglant : "Où est passée l'Histoire?". Pour lui, "le focus choisi par Nolan est si étroit qu'il ne permet pas davantage de comprendre l'épisode historique qu'une caméra GoPro embarquée sur le cheval de Napoléon ne nous aurait renseignés efficacement sur Waterloo".

Pas un film de guerre

Avant la sortie du film, Christopher Nolan a pourtant bien fait comprendre que "Dunkerque", n’était pas un film de guerre, mais plutôt un film de survie. Le résultat est un long-métrage hybride qui se concentre sur les épreuves vécues par les soldats. Il n’offre pas une perspective plus large de la réalité historique et tout spécialement des querelles stratégiques entre les Français et les Britanniques, que certains attendaient.

Tout en reconnaissant que les Français ne sont pas les personnages principaux de son film, Christopher Nolan a toutefois expliqué qu’il était important pour lui de rendre hommage à leur défense valeureuse, sans qui l’évacuation n’aurait pas pu avoir lieu. "Les Français ne veulent pas regarder cette histoire, la voyant seulement comme une défaite", résume-t-il. "Mais pourtant, les troupes françaises se sont montrées très courageuses et se sont sacrifiées".

Pour l’historien britannique Paul Reed, auteur de plusieurs ouvrages et documentaires sur Dunkerque, le réalisateur a réussi à exprimer cette intention. Selon lui, le film permet de dissiper l’idée "très répandue en Grande-Bretagne que les Français se sont discrètement rendus au tout début de la guerre, alors qu’en réalité ils se sont encore battus trois semaines après l’évacuation britannique".

Quand il s’attaque à un sujet historique, "un cinéaste a la responsabilité de fournir une histoire crédible, et c’est ce que fait ce film", estime Paul Reed. "Cette histoire raconte l’expérience britannique à Dunkerque, tout en saluant la résistance française qui l’a rendue possible. C’est un film, et non un documentaire. Son intention n’est pas de couvrir tous les aspects de ce qui s’est passé à Dunkerque".

L’historien émet cependant quelques réserves par rapport à une scène du film dans laquelle des soldats français sont sèchement repoussés par les Britanniques alors qu’ils essayent d’embarquer dans un bateau. "Le régime de Vichy a créé un mythe suggérant que les Français avaient été abandonnés par leurs alliés", explique Paul Reed. "Mais la vérité est que des dizaines de milliers d’entre eux ont aussi été évacués".

Les héros méconnus de la France

Alors que Vichy a exploité l’évacuation de Dunkerque pour appuyer sa rhétorique contre la "perfide Albion", le film de Christopher Nolan nous offre une autre point de vue, fondamentalement britannique. Le long métrage ne traite pas de la bataille qui a déjà été perdue, mais du miracle que constitue cette évacuation.

En cette période troublée du Brexit, ce type de récit peut facilement être manipulé ou déformé. Comme l’a écrit l’historien militaire Jérôme de Lespinois dans une tribune pour le journal Le Monde, le film conforte "l’idée, fausse, que les Anglais étaient meilleurs tous seuls". "Il n’y a donc pas de place pour les autres dans cette histoire qui ignore volontairement le sacrifice des soldats français", estime ce lieutenant-colonel de l’armée française.

Est-ce que "Dunkerque" tombe dans le sentimentalisme patriotique britannique ? Oui, particulièrement à la fin. Est-ce qu’il donne une place excessivement petite aux Français ? Certainement. Est-ce qu’il minimise leur importance et leur valeur au regard des événements ? Non, bien que le manque de contexte puisse brouiller le message.

Finalement, une scène émouvante du film symbolise l’héroïsme de la France à Dunkerque. Dans un bateau en train de couler, rempli de Britanniques, un jeune soldat français tente désespérément de boucher les voies d’eau.

Mais si ce sacrifice de l'armée française, représenté furtivement dans l'œuvre de Christophe Nolan, est aujourd’hui encore largement méconnue, cela est dû aux Français eux-mêmes. Dans leur précipitation à effacer la défaite de 1940, ce sont eux qui ont posé un voile sur la mémoire de ces disparus. 

Adapté de l'anglais par Stéphanie Trouillard.

Première publication : 28/07/2017

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