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Venezuela : "Seule la communauté internationale peut apporter une solution"

© Yamil Lage, AFP | La communauté internationale espère que le leader cubain Raul Castro fera entendre raison à son allié vénézuélien Nicolas Maduro.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 01/08/2017

Après le sanglant scrutin pour l'élection d'une Assemblée constituante au Venezuela, le président Maduro apparait diplomatiquement de plus en plus isolé. La communauté internationale le presse à accepter une médiation pour une sortie de crise.

Seul contre tous, Nicolas Maduro ? Des États-Unis à l'Union européenne, en passant par la Colombie et le Mexique, les voix ont été nombreuses pour condamner, lundi 31 juillet, l'élection dans la violence d'une Assemblée constituante au Venezuela.

>> À lire aussi – Venezuela : violences meurtrières en marge des élections pour la Constituante

Cette dernière, qui se situe au-dessus de tous les autres pouvoirs, doit rédiger une nouvelle Constitution remplaçant la Constitution bolivarienne promulguée en 1999 par le défunt président Hugo Chavez, dont Nicolas Maduro se veut le continuateur. Elle constitue la réponse du président à la crise politique et institutionnelle que traverse son pays et qui a fait plus de 120 morts en quatre mois de manifestations antigouvernementales.

L'Amérique latine divisée

"La majorité des pays latino-américains ont rejeté d’entrée la perspective d’une consultation ne respectant pas les mécanismes de la Constitution bolivarienne et n’offrant aucune possibilité de négociation, et, par conséquent de résolution de la crise", explique Frédérique Langue, directrice de recherche au CNRS-IHTP (Institut d'histoire du temps présent) et spécialiste du Venezuela, interrogée par France 24. La Colombie, par la voix de son président José Manuel Santos, a considéré la consultation illégitime dès son annonce, tout comme le Mexique et les pays du Mercosur (marché commun sud-américain). L'Argentine et le Brésil, anciennement alliés du Venezuela, semblent aussi aujourd'hui lui tourner le dos, à la faveur de l'accession au pouvoir des libéraux Mauricio Macri et Michel Temer.

Seuls restent fidèles au Venezuela les membres de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba), organisation politique et économique créée en 2004 par le président vénézuélien Hugo Chavez et le dirigeant cubain Fidel Castro. Ses membres, la Bolivie, l'Équateur et le Nicaragua, restent aujourd'hui solidaires du gouvernement Maduro.

Même s'il lui reste quelques alliés, Nicolas Maduro refuse les compromis : "La disqualification a remplacé le dialogue, y compris avec l'Organisation des États américains (OEA), pourtant médiatrice de longue date au Venezuela", estime Frédérique Langue. Conséquence : le secrétaire général de l'OEA, Luis Almagro, s'évertue désormais à dénoncer la "dictature" dans le pays. "Toute tentative de dialogue se solde par des accusations de complot fomenté par les États-Unis et la CIA", résume la directrice de recherche du CNRS.

Les États-Unis haussent le ton contre le "dictateur" Maduro

Une rhétorique complotiste qui se trouve confortée par les dernières actions du gouvernement américain contre le régime vénézuélien. En réaction aux violences lors de l'élection de l'Assemblée constituante, le département du Trésor américain a décidé de viser personnellement Nicolas Maduro en décrétant le gel de ses avoirs et l'interdiction à tout ressortissant américain de commercer avec lui, qualifiant au passage le leader bolivarien de "dictateur". La semaine précédente, Washington avait imposé des sanctions similaires à 13 fonctionnaires et militaires proches du chef de l'État, dont la présidente du pouvoir électoral Tibisay Lucena, accusés d'atteinte à la démocratie, de violations des droits humains ou de corruption.

>> À lire aussi : Le Trésor américain impose des sanctions contre le "dictateur" vénézuélien Maduro

Cependant, la communauté internationale marche sur la corde raide. La situation économique du Venezuela est telle que toutes autres sanctions pourraient davantage pénaliser les Vénézuéliens que leurs dirigeants. "Restreindre les échanges avec le Venezuela ne contribuerait qu'à rendre plus difficiles les conditions de vie de la majorité de la population et à exposer le pays à des pénuries constantes de produits de première nécessité ou de médicaments", explique Frédérique Langue.

"Il faut se souvenir que les États-Unis sont le premier partenaire économique du Venezuela en tant qu’importateur de pétrole. Il y a en effet le discours anti-impérialiste d’un côté et les réalités économiques et financières de l’autre… Le pétrole importé par les États-Unis ne représente que 8 % de leur approvisionnement mais 92% des ressources du Venezuela", rappelle la spécialiste. "Une suspension des importations de pétrole se retournerait contre la population sans pour autant porter préjudice aux fortunes accumulées par la 'bolibourgeoisie', ou bourgeoisie bolivarienne."

Cuba au centre du jeu

Pour plusieurs États de la région, la solution doit venir des Caraïbes. Cuba s'est récemment illustré pour son rôle de médiateur entre les guérilleros Farc et le gouvernement colombien lors des négociations pour la paix. Allié historique du régime vénézuélien, il apparait donc comme le mieux placé pour infléchir la politique de Nicolas Maduro. La crise vénézuélienne était d'ailleurs l'un des motifs de la visite officielle du président colombien Juan Manuel Santos à La Havane le 17 juillet, se faisant le relais d'une demande également exprimée par l'Argentine et le Mexique pour que Cuba prenne ses responsabilités.

Mais pour Frédérique Langue, difficile d'imaginer Raul Castro forçant la main à l'allié chaviste. Cuba est l'un des principaux bénéficiaires de la manne pétrolière vénézuélienne : "Cuba est à la fois le premier allié du Venezuela, le pays le plus à même d’avoir sa confiance et celui qui a le plus intérêt à ce que les approvisionnements en pétrole et autres financements perdurent, autrement dit que Nicolas Maduro reste au pouvoir."

>> À voir aussi :  Quelle sortie de crise pour un Venezuela à la dérive ?

La main tendue de Barack Obama durant ses deux mandats aurait pu amener La Havane à réviser son engagement au Venezuela, comme le note Le Monde. Mais Donald Trump préfère la menace du bâton, ce qui conforte Cuba et le Venezuela dans leur posture "anti-impérialiste". C'est donc sans surprise que Cuba, face à la dénonciation de l'Assemblée constituante, s'est posé en défenseur de son allié continental en réaction aux nouvelles sanctions américaines : "Nous connaissons bien ces pratiques interventionnistes", a déclaré le gouvernement cubain dans des médias publics, en référence à l'embargo économique imposé sur l'île par les États-Unis après la révolution de 1959. Et Cuba de "dénoncer le lancement d'une opération internationale bien orchestrée, dirigée par Washington (...) pour réduire au silence la voix du peuple vénézuélien".

La France offre son aide

Au vu de l'impuissance des pays du continent américain, l'opposition vénézuélienne tente désormais de mobiliser politiques et médias occidentaux. "Seule l'intervention de la communauté internationale peut apporter une solution et le recours à plusieurs médiations, aussi bien latino-américaines qu'européennes sont désormais à même d'apporter une solution à la crise à la fois politique, économique, sociale et humanitaire. L'opposition a épuisé tous les mécanismes institutionnels", estime Frédérique Langue.

Et l'Europe commence à se saisir du sujet. Lors d'un point presse à Bruxelles, Mina Andreeva, porte-parole de la commissaire européenne chargée de la Justice et des Droits fondamentaux, s'est s'inquiétée du "sort de la démocratie" au Venezuela : "Une Assemblée constituante, élue dans des circonstances douteuses et souvent violentes, ne saurait faire partie de la solution", a-t-elle dénoncé.

En France, c'est l'ancien Premier ministre Manuel Valls qui se pose en opposant au régime vénézuélien. Lundi 31 juillet, il a demandé sur Twitter "une réaction très ferme" de la communauté internationale face à "la dictature" que cherche à imposer Maduro.

Romain Nadal, l’ambassadeur de France à Caracas, a révélé qu’Emmanuel Macron avait écrit une lettre à Nicolas Maduro le 5 juillet pour proposer les services de la France pour installer un dialogue entre le régime et l’opposition. Officiellement, le Quai d'Orsay a lui aussi condamné les violences et regretté "que les différents efforts de médiation engagés jusqu'ici pour mettre un terme à cette grave crise n'aient pu aboutir". La France exige "que le Venezuela garantisse ses engagements internationaux en matière de respect des libertés publiques".

De son côté, le Parti communiste français (PCF), soutien historique du chavisme, a incité le gouvernement français à ne pas jeter de l'huile sur le feu et souhaite que la France crée "les conditions d'une médiation internationale sous égide de l'ONU afin de rétablir la paix et la sécurité" appelant "le gouvernement français à agir fermement en ce sens plutôt que d'emboîter le pas" à l'administration de Donald Trump.

Première publication : 01/08/2017

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