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Afrique

Rwanda : Paul Kagame, président du développement ou de la répression des opposants ?

© Marco Longari, AFP | Paul Kagame lors de son dernier meeting de campagne à Kigali mercredi 2 août.

Vidéo par Thaïs BROUCK

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 04/08/2017

L’issue de la présidentielle du 4 août au Rwanda fait peu de doute. Annoncé gagnant, Paul Kagame, en lice grâce à une réforme de la Constitution, oppose son bilan économique aux critiques dénonçant les atteintes aux droits de l’Homme.

Paul Kagame sera-t-il réélu à la tête du Rwanda, vendredi 4 août, avec un suffrage aussi massif qu’en 2003 (98 %) et 2010 (93 %) ? C’est le seul enjeu, semble-t-il, de l’élection présidentielle rwandaise, qui s’annonce comme une nouvelle consécration pour l’homme fort du pays depuis 1994.

Paul Kagame l’a dit lui-même : "Le 4 août prochain, c’est juste une formalité". "Cette élection est un non-événement", assure d’emblée Filip Reyntjens, spécialiste du Rwanda à l’université d’Anvers, interrogé par France 24.

Emmanuel Dupuy, président de l’Institut prospective et sécurité en Europe, spécialiste du Rwanda

Un adversaire "version soft"

Dans ce scrutin, Paul Kagame est opposé à deux candidats approuvés par la commission électorale. Des adversaires qui semblent réduits au rôle d’observateurs : le candidat indépendant, Philippe Mpayimana, fait ainsi figure de quasi-inconnu dans le pays. Quant à Frank Habineza, leader de l'unique formation d'opposition tolérée au Rwanda, "il incarne une version soft de la critique", estime Filip Reyntjens. Et d'ajouter : "Les opposants savent les risques qu’ils prennent". En 2010, Frank Habineza avait déjà tenté de prendre part à la présidentielle mais son parti n’avait pas reçu l'agrément des autorités. Juste avant le scrutin, le corps quasi-décapité du vice-président de sa formation avait été retrouvé dans un marais. Une mort à ce jour non élucidée alors que Kigali a toujours démenti toute implication.

Après s’être réfugié avec sa famille en Suède, Frank Habineza est revenu au Rwanda en 2012. Celui qui dit vouloir œuvrer pour le respect des droits de l'Homme et la liberté d'expression, et lutter contre le chômage et la pauvreté se défend de retenir ses critiques à l’encontre de Paul Kagame. "Nous faisons tout notre possible pour ne pas finir en prison", voire pire, a ainsi justifié l'opposant auprès de l’AFP.

La véritable alternative à Paul Kagame, une femme a tenté de l’incarner : Diane Rwigara. Son combat commence en 2015 lorsque son père, un homme d’affaires et ancien financier du Front patriotique rwandais (FPR), le parti au pouvoir, meurt dans un accident de voiture. Un "assassinat politique" pour sa famille. En mai 2017, elle déclare sa candidature à la présidentielle. Deux jours après avoir lancé sa campagne, des photos d’elle, dénudée, apparaissent sur la toile. La candidature de celle qui accuse "le système du FPR" d’être fondé sur "le mensonge" sera rejetée le mois suivant. Selon la commission électorale, la jeune candidate aurait présenté des signatures de recommandation de personnes décédées.

Durant toute la campagne, Paul Kagame aura donc dominé les débats… et l’espace public : impossible dans le pays des Mille Collines d’échapper aux affiches et aux bannières du président, tandis que celles de ses deux opposants semblaient inexistantes. Lors de ses meetings tout au long de la campagne, des milliers, voire des dizaines de milliers de citoyens comme mercredi à Kigali, sont chaque fois venus le soutenir.

En 2008, le magazine "The Economist" estimait que Paul Kagame laissait au Rwanda "moins d'espace politique et de liberté de la presse que Robert Mugabe au Zimbabwe". Dans un rapport de 30 pages publié début juillet, Amnesty international dénonçait "deux décennies d’attaques contre les opposants politiques, les médias indépendants et les défenseurs des droits humains" depuis la prise du pouvoir par le FPR de Paul Kagame. "Le climat dans lequel va se dérouler l’élection prochaine est le point culminant de nombreuses années de répression", estimait même Muthoni Wanyeki, directrice du programme Afrique de l’Est, Corne de l’Afrique et Grands Lacs de l’organisation de défense des droits de l’Homme.

Selon la Constitution rwandaise, Paul Kagame n’était pas censé briguer un troisième mandat en 2017. Mais une révision constitutionnelle opérée par son parti en 2015 – et approuvée par referendum malgré les critiques – a ouvert la voie à sa réélection cette année…. et, potentiellement, à son maintien au pouvoir jusqu'en 2034.

En 2015, lorsque le président du Burundi, Pierre Nkurunziza, avait réussi le tour de passe-passe de candidater à un troisième mandat, il s’était attiré les foudres de la communauté internationale et l’Union européenne avait aussitôt suspendu ses aides. Rien de tel avec Paul Kagame : "Lors du processus de modification constitutionnelle, l’Union européenne a exprimé sa désapprobation mais cela n’a pas été suivi des faits. Il y a deux poids, deux mesures", estime Filip Reyntjens.

"Success story" et "crédit génocide"

Sur la scène internationale, les quelques critiques à l’encontre des dérives autocratiques de Paul Kagame semblent moins porter que les louanges de ses influents soutiens : de Bill Clinton à David Cameron, en passant par Howard Buffett ou encore Tony Blair qui l’a carrément qualifié de "visionnaire", tous affichent leur admiration pour "la success story" du Rwanda, un "modèle de développement". Il faut dire que la croissance rwandaise a avoisiné les 7 % en moyenne sur les vingt dernières années. Cela vaut à Paul Kagame d’être régulièrement invité par les universités américaines. Il y a quelques mois, il intervenait ainsi, pour la quatrième fois en six ans, à la Harvard Business School sur le thème de "la transformation économique du Rwanda". "L’aide vient et va continuer de venir", déclarait-il alors que le budget du Rwanda dépend à environ 30 % de l'aide étrangère. "Nos priorités sont la santé, l’éducation, les infrastructures et l’agriculture", disait-il aussi. "Dans le domaine de la santé, il y a des progrès incontestables : l’espérance de vie a augmenté, la mortalité infantile et la mortalité maternelle ont baissé même si les chiffres sont difficiles à vérifier", estime Filip Reyntjens. Par ailleurs, selon lui, "a contrario de la gouvernance politique, la gouvernance bureaucratique et technocratique est bonne au Rwanda contrairement à d’autres pays d’Afrique."

Mais le Rwanda est encore très loin de la prospérité de Singapour ou de la Corée du Sud, les modèles de Paul Kagame. La situation économique du pays ne serait d’ailleurs pas aussi flamboyante que veut le faire croire Kigali. En 2015, France 24 révélait ainsi que l'institut privé britannique Oxford Policy Management (OPM) s'était désolidarisé d'un rapport intitulé "Integrated Household Living Conditions Survey" car les autorités rwandaises avaient présenté des données de façon à faire baisser le taux de pauvreté de plusieurs pour cents… alors qu'en réalité, il avait augmenté de 6 %.

L’argument du développement économique comme parade à toutes les critiques sur les atteintes aux libertés ? Pas seulement. Pour ses admirateurs, Paul Kagame reste celui qui, à 36 ans, à la tête du FPR, a mis fin au génocide en chassant les extrémistes hutus du pays. "Depuis le génocide, il y a une grande culpabilité de la communauté internationale qui est exploitée à fond par le pouvoir. Paul Kagame le rappelle sans cesse aux Occidentaux : ‘Où étiez-vous en 1994 ?’", explique Filip Reyntjens qui va jusqu’à parler d’un "crédit génocide".

Paul Kagame toujours président ? "Il y a les pour et les contre", résume Filip Reyntjens. "Il faudrait qu’il y ait un débat au Rwanda mais les gens ont peur de parler… même à l’étranger", rappelle-t-il. Un constat corroboré par les difficultés de France 24 à joindre des Rwandais pour cet article. L'un des rares journalistes rwandais ouvertement critiques, Robert Mugabe, l’affirme : "Il n'y a pas d'élection au Rwanda, juste un couronnement".
 

Première publication : 03/08/2017

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