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La Corée du Nord fait ressurgir les abris anti-atomiques de New York

© Charlotte Oberti, FRANCE 24 | A Manhattan, un panneau cloué sur la façade d'un bureau de poste indique que les lieux abritaient autrefois un abri anti-atomique.

Texte par Charlotte OBERTI , , correspondante à New York

Dernière modification : 12/08/2017

Alors que les hostilités entre Donald Trump et Kim Jong-un ravivent chez les Américains des blessures de la guerre froide avec la Russie, les New-Yorkais (re)découvrent à contre cœur le passé enfoui dans leur sous-sol. Reportage.

Dans le Lower East Side, à Manhattan, des passants défilent devant un bureau de poste, logé au sein d’un imposant bâtiment agrémenté de colonnes. Sur la façade de l’édifice construit en 1936, une plaque métallisée grise et jaune, à laquelle nul ne portait attention il y a encore quelques semaines, porte la mention “fallout shelter” (abri anti-atomique). Installé en pleine guerre froide il y a plus de soixante ans, ce vieux panneau rouillé est la dernière preuve de l’ancienne vie des lieux. Mais aussi un rappel, à l’heure où les tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord se font de plus en vives, que la menace atomique n’est pas qu’un fantasme du passé.

Une pièce sans fenêtre et aux murs épais équipée de vivres

Durant les années 1950, lorsque le pays se crispait face à la puissance nucléaire soviétique, le sous-sol de cet immeuble faisait partie des milliers de locaux qui furent réquisitionnés par les autorités pour en faire de potentiels refuges pour la population. L’idée était de protéger les habitants durant quelques jours des éventuelles radiations émanant d’une bombe nucléaire, grâce aux murs solides de ces bâtiments d’avant-guerre.

“Les autorités s’étaient aperçu que beaucoup de structures existantes pouvaient faire office d’abris anti-atomiques”, explique Jeffrey Schlegelmilch, directeur adjoint du National Center for Disaster Preparedness à l'université de Columbia. “Il fallait une grande pièce aux murs épais et sans fenêtres mais équipée de ventilation. On y stockait des quantités suffisantes d’eau, de nourriture et de médicaments.” À New York, des ingénieurs de l’armée ont recensé en 1963 quelque 17 000 structures à travers la ville pouvant abriter plus de 11 millions de personnes en cas d’attaque nucléaire, rappelle le New York Times. En plus de ces caves et sous-sols, d’autres lieux spécifiquement conçus pour servir d’abris avaient vu le jour. L’un d’eux, détruit depuis, avait même été installé dans l’un des piliers du pont de Brooklyn.

Aujourd’hui, l’ancien abri du Lower East Side s’est transformé en salle de stockage pour le courrier. Une employée ne semble pas connaître le passé des lieux et nous demande de répéter “abri anti-atomique”, entendant visiblement ces termes pour la première fois. “On sait quoi faire en cas d’incendie mais pas du tout en cas de catastrophe nucléaire, indique pour sa part Dylan, qui travaille là depuis 28 ans. De toute façon, on ne se prépare pas vraiment à l’éventualité d’une attaque”, dit-il, avant d’ajouter : “quoique, avec tout ce qu’il se passe avec la Corée du Nord…”. Récemment, un rapport d’experts a établi que les missiles nord-coréens avaient désormais la capacité d’atteindre New York.

Clouée aux murs extérieurs, la plaque “fallout shelter” est d'ailleurs depuis peu affublée d’un écriteau “Trump”, comme pour montrer à quel point le président américain a fait ressurgir les images d’un conflit d’un autre temps.

Le nom de Trump a été ajouté sur cette plaque "abri anti-atomique" à New York. © Charlotte Oberti/FRANCE 24

“Mes parents ne me parlaient pas des abris anti-atomiques”

Isabel, une New-Yorkaise “approchant des 80 ans”, était une jeune fille durant la guerre froide. En rentrant de ses courses à Greenwich Village, vendredi 11 août, elle passe devant une agence de la banque Chase ornée de la fameuse plaque, mais n’y prête pas la moindre attention.

“Durant la guerre froide, certains parents disaient à leurs enfants : “s’il y a une attaque nucléaire, réfugie-toi sous une chaise”. À quoi bon ? Mes parents ne m’ont jamais parlé des abris anti-atomiques, et ils avaient raison. Aujourd’hui, c’est pareil. Je ne veux pas parler de cette guéguerre entre Trump et le président nord-coréen. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je vais manger pour le dîner ce soir.”

Durant la Guerre froide, les habitants de Brooklyn pouvaient s'abriter dans ce sous-sol d'immeuble en cas de radiations nucléaires. © Charlotte Oberti/FRANCE 24

“Ils n’ont rien à faire de la population”

En 2010, les autorités américaines avaient publié un guide à l'attention de la population en cas de “détonation nucléaire”. “Mettez-vous à l’abri dans des maisons avec sous-sols, des immeubles à plusieurs étages, des garages ou des tunnels”, y était-il recommandé.

Les anciens abris ne sauraient pourtant être considérés comme des lieux sûrs en cas de catastrophe, avertit Jeffrey Schlegelmilch. “Depuis la fin des années 1970, la plupart n’ont plus été entretenus comme un abri anti-atomique devrait l’être. C’est d’ailleurs dommage, car, ironiquement, avec quelques modifications, ces refuges pourraient même être plus efficaces qu’avant, les bombes de la Corée du Nord étant plus petites que celles que possédaient les Soviétiques.”

Des panneaux "abri anti-atomique" sont visibles partout dans New York. Ici à Manhattan, sur un bâtiment accueillant une salle de sport. © Charlotte Oberti/FRANCE 24

Quoi qu’il en soit, pour certains, l’idée de payer les frais des joutes verbales entre Donald Trump et Kim Jong-un est insupportable. “Il y a deux bonhommes avec de gros ego qui se disputent. Ils n’ont rien à faire de la population”, lance le concierge de “The Petersfield”, un immeuble de 17 étages datant de 1930 et abritant des appartements chic à Gramercy, une zone calme de Manhattan. Fut un temps où, sous ses pieds, un abri anti-atomique était mis à la disposition de la population. Il s’agit désormais du sous-sol banal d’une salle de gym moderne et climatisée attenante à l’immeuble.

“Bien sûr je suis inquiet. Je vis à New York, il y a de quoi être inquiet”, admet cet homme, avant que son supérieur hiérarchique n'intervienne : “L’abri ne nous sera d’aucun secours. Si une bombe nucléaire nous touche, on n’aura pas le temps d’être inquiets, on sera morts.”

Première publication : 12/08/2017

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