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Afrique

Présidentielle : ces candidats africains qui contestent leur défaite

© Thomas Samson, AFP | Partisans de l'opposant gabonais Jean Ping lors d'une manifestation de soutien à Paris, le 25 février 2017.

Texte par Rémi CARLIER

Dernière modification : 12/08/2017

Kenya, Gabon, Gambie… l'élection présidentielle en Afrique entraîne régulièrement la contestation des résultats par le camp opposé, pour des raisons plus ou moins légitimes. Retour sur les grandes querelles qui ont agité le continent.

Les résultats officiels de la présidentielle kenyane, rendus publics le 11 août, créditent le président sortant, Uhuru Kenyatta, de 54,27 % des voix, contre 44,74 % pour son opposant, l’ancien Premier ministre Raila Odinga. À 72 ans, ce vieux routard de la vie politique kenyane a refusé de reconnaître sa défaite et conteste la validité du scrutin. Il l’avait déjà fait en 2013, sans succès, et en 2007, son appel à manifester avait provoqué des violences ethniques meurtrières.

La contestation des résultats à l'élection présidentielle par les perdants est monnaie courante en Afrique, pour des raisons parfois reconnues comme légitimes par la communauté internationale. Violences post-électorales, crise politique ou statu quo alternent alors. Retour sur les contestations les plus marquantes de ces deux dernières années.

  • Gambie : la volte-face de Yahya Jammeh

Décembre 2016, véritable coup de théâtre en Gambie : Adama Barrow, homme d’affaires et candidat de l’opposition, remporte l’élection présidentielle du 1er décembre face à Yahya Jammeh, le vieux dictateur qui règne d’une main de fer sur le pays depuis 22 ans. Reconnaissant sa défaite, le président-candidat félicite son adversaire... avant de se rétracter une semaine plus tard. "Tout comme j'ai loyalement accepté les résultats, en croyant que la Commission électorale était indépendante, honnête et fiable, je les rejette dans leur totalité".

Il faudra attendre le 21 janvier 2017 pour que Yahya Jammeh ne quitte le pays et se réfugie en Guinée-Équatoriale, après une intervention militaire de la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (Cédéao).

  • Gabon : Jean Ping, "président élu" mais pas au pouvoir

"Le monde entier sait qui est le président de la République : c'est moi, Jean Ping". Le 2 septembre 2016, près d'une semaine après le scrutin, l’opposant gabonais refusait toujours d’accepter sa défaite face au président sortant Ali Bongo, au pouvoir depuis la mort de son père en 2009, et réélu avec 49,80 % des voix, selon la Commission électorale.

Pour Jean Ping, l’élection a été truquée, il appelle donc à un recomptage des voix, principalement dans la province natale de Ali Bongo, où ce dernier a recueilli pas moins de 99,9 % des voix. Pour la communauté internationale, le doute est permis, surtout après l’assaut donné par la police gabonaise contre le QG de l’opposant dans la capitale, Libreville, et les émeutes consécutives au scrutin.

Finalement, la Cour constitutionnelle valide l’élection d’Ali Bongo avec 50,66 % des voix le 24 septembre, une décision accueillie sans enthousiasme par la plupart des partenaires historiques du Gabon. Jean Ping, qui se considère toujours comme "le vrai président élu", accumule depuis les visites en Europe pour mobiliser la communauté internationale et pousser Ali Bongo vers la porte.

  • Sao-Tomé et Principe : rocambolesque second tour

Élu avec 100 % des voix exprimées. La victoire sans équivoque d’Evaristo Carvalho à l’élection présidentielle sur la petite île de Sao-Tomé et Principe, le 17 juillet 2016, a de quoi surprendre. Alors qu’il avait initialement été donné gagnant au premier tour avec 50,1 % des voix, la Commission électorale annule la victoire, prétextant un retard dans les votes. Son adversaire, le président sortant, Manuel Pinto da Costa, en profite pour dénoncer des fraudes au premier tour et exige l’annulation du processus électoral, annoncant son retrait du scrutin.

Las, le Tribunal constitutionnel de l’île ne reconnaît pas le recours et Evaristo Carvalho se retrouve, de fait, seul en lice pour le second tour, où il est logiquement élu par 46 % des électeurs inscrits, sans contestation supplémentaire de l'opposition.

  • Congo-Brazzaville : "hold-up électoral" dès le premier tour

Après 32 ans de pouvoir, le président congolais Denis Sassou Nguesso est réélu le 20 mars 2016 avec 60 % des voix, au premier tour, sans surprise. Cinq candidats de l’opposition s’unissent pour dénoncer un "hold-up électoral" et appellent à la désobéissance civile. Charles Zacharie Bowao, coordonnateur de la plateforme d’opposition, s’étonne peu après que la Commission électorale ait pu réunir en une semaine les 5 400 procès verbaux des bureaux de vote du pays alors que les telécommunications étaient bloquées sur le territoire par décret officiel.

Le 4 avril, la victoire définitive de Denis Sassou-Nguesso est pourtant proclamée par la Cour constitutionnelle, après que des affrontements à Brazzaville ont fait au moins 17 morts.

>> À (re)lire : Ces dirigeants africains qui rêvent secrètement (ou pas) de rester au pouvoir

Première publication : 12/08/2017

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