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Amériques

L'Amérique latine est-elle un modèle d'intégration pour les populations arabes ?

© Evaristo SA / Ronny Hartmann / Alfredo Estrella / AFP / montage France 24 | Michel Temer, Shakira et Carlos Slim sont trois représentants de la diaspora libanaise en Amérique latine.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 22/08/2017

Présidents, chanteurs célèbres, hommes d'affaires… L'Amérique latine est fière de ses personnalités de premier plan, descendants d'immigrés arabes venus du Levant au point de se vanter de son modèle d'intégration. La réalité est plus contrastée.

Énigme : quel est le point commun entre le vice-Président du Venezuela, Tareck El Aissami, le nouveau procureur de la République bolivarienne, Tarek William Saab, et Michel Temer, le président du Brésil ? Indice : l'actrice Salma Hayek, la chanteuse Shakira et le milliardaire mexicain Carlos Slim partagent ce point commun.

Réponse : ils sont nés en Amérique latine mais descendent tous d'immigrants arabes venus s'établir dans la région. Ce n'est pas un hasard. Dans les pays latino-américains, les noms à consonance syrienne, libanaise ou palestinienne, font depuis longtemps partie du paysage des élites, qu'elles soient politiques, économiques ou artistiques. Une réussite dont la région est fière, prompte à vanter l'intégration exemplaire de ces quelque 18 millions de personnes à ascendance arabe sur les plus de 630 millions d'habitants que compte l'Amérique latine. Mais la réalité est bien plus contrastée.

Le phénomène n'est pas nouveau : l'ancien président colombien Julio César Turbay (1978-1982) était le fils d’un immigrant libanais. Carlos Menem qui a dirigé l'Argentine de 1989 à 1999 descendait d’une famille syrienne. L'Équateur a connu Abdala Bucaram (1996-1997) et Jamil Mahuad (1998-2000). Le Honduras a eu Carlos Flores Facussé (198-2002) et le Salvador, Tony Saca (2004-2009).

Une arrivée massive au 19e et au 20e siècle

Toutes ces personnalités illustres sont les héritières d'une histoire commune à l’ensemble de la région. La première arrivée massive de migrants arabes en Amérique latine date de la seconde moitié du 19e siècle. Theresa Afvaro-Velcamp, professeure à l'université d'État de Sonoma en Californie et spécialiste des migrations arabes en Amérique latine, explique que la plupart souhaitaient quitter l'Empire ottoman, jugé répressif envers les chrétiens. Ils venaient massivement de la région du Levant (actuel Liban et Syrie).

>> À lire aussi : Grande Guerre : la famine oubliée qui tua un tiers des Libanais

"Il y a également eu un pic de migrations à la fin de la Première guerre mondiale. Suite au blocus des Alliés sur le Levant, les habitants mouraient de faim et ont décidé de tenter leur chance ailleurs", relève par ailleurs l'auteure de "Si loin d'Allah, si proche du Mexique" à France 24.

Dans l’un de ses articles explorant le thème des diasporas arabes au Mexique et aux États-Unis, elle cite l'anecdote suivante, attribuée à l'historien américain Akram Fouad Khater : "La plupart de ceux qui montaient dans des navires à Beyrouth ne savaient que vaguement qu'ils allaient à l'"Amirka". On ignore si ces émigrants comprennaient la différence entre les États-Unis, le Mexique ou le Brésil. Ils souhaitaient simplement 'aller aux Amériques", faire fortune et revenir chez eux."

L'Amérique latine est-elle un modèle d'intégration ?

Soulignant le succès rencontré par les descendants de ces émigrants, l'ancien directeur général de l'Unesco Federico Mayor Zaragoza déclarait en 1997 que "les communautés d'origine arabe en Amérique latine constituent un modèle d'intégration." Said Bahajin, chercheur à la Chaire Unesco de philosophie pour la Paix à l'université Jaume I en Espagne, a interrogé ce modèle d'intégration. Joint par France 24, il le qualifie de "modèle d'hospitalité".

"Ce modèle d'hospitalité a permis aux migrants arabes de se sentir citoyens sans les forcer à changer leur mode de vie pour celui des locaux", explique le chercheur. "L'assimilation en France ou le multiculturalisme au Royaume-Uni obligent l'arrivant à apprendre directement la langue, se fondre dans la culture et le mode de vie local. Le modèle latino-américain n'a pas cherché l'intégration à tout prix des migrants arabes. Elle les a plutôt laissés s'adapter, chacun à son propre rythme."

Enfin, Theresa Alfaro-Velcamp avance un facteur peu mis en avant qui expliquerait le succès de l'intégration : "Pour émigrer, il fallait tout de même avoir un petit peu d'argent. Si les arrivants n'étaient pas fortunés, ils appartenaient à la classe moyenne dans leur pays et à ce titre disposaient de quelques clés pour réussir." Selon les recherches de l'universitaire, la plupart des arrivants sont devenus commerçants. Un résultat confirmé par les archives mexicaines, qui comptabilise 45 % de commerçants chez les migrants arabes.

Les arrivants n'ont pas échappé aux clichés

Said Bahajin met cependant en garde contre une idéalisation du modèle latino-américain : "Dans une histoire migratoire, rien n'est jamais parfait", nuance-t-il. Dans la première moitié du XXème siècle, "certains arrivants se font piller à la descente du bateau. D'autres sont persécutés et renvoyés de force chez eux. L'histoire du professeur Ghanim Yassin est assez représentative de ces désillusions : en arrivant à Buenos Aires, la police l'empêche de débarquer. Réexpédié vers le vieux continent, l'universitaire ne doit son salut qu'à sa fuite, lors d’une escale au Brésil."

Parfois, la répression vient du gouvernement lui-même : "En 1927, le Mexique a passé une loi anti-arabe pour leur interdire les activités commerciales. Au Brésil, dans les années 1930, le président Vargas veut freiner l'immigration arabe", énumère Theresa Alfaro-Vecamp. "Le Chili sélectionne ses migrants en privilégiant les Européens, notamment les Allemands', complète Said Bahajin.

Carlos Menem était surnommé "el Turco" par ses adversaires politiques. © Ali Burafi, AFP

Confrontés à l’ignorance des populations locales, les nouveaux arrivants se retrouvèrent désignés sous le terme général de "turcos" (turques), aux accents péjoratifs, alors que leurs origines étaient loin d’être homogènes. Le vocable revenait notamment dans la bouche des commerçants locaux, inquiets de la concurrence de ces orientaux introduisant le système de crédit pour faire des affaires. Le cliché en vogue est alors celui du businessman arabe, doué pour les affaires puisque lointain descendant des marchands phéniciens.

Autre cliché qui colle aux basques des nouveaux arrivants, la sensualité prêtée à leurs femmes, forcément adeptes de la fameuse "danse du ventre". Et dans ce cas précis, les Syro-Libanais au Mexique vont reprendre à leur compte ce stéréotype et en faire un élément de fierté. Dans les fêtes données par leur élite économique, ces "danseuses exotiques" sont mises en avant.

La religion, obstacle ou moteur de l'intégration ?

Reste la question de la religion. "La majeure partie des migrants arabes étaient des chrétiens, maronites ou melchites, ce qui les a aidés à s'intégrer. Mais il y avait également eu des juifs et musulmans parmi eux", relève Said Bahajin.

Selon le Monde diplomatique, la plupart de ces derniers rompent avec l'Islam. C'est notamment le choix qu'avait fait Carlos Menem. Élu président de l'Argentine en 1989, il dût se convertir au catholicisme, religion officielle du pays. Parmi les chrétiens maronites, beaucoup renient l'Église orthodoxe pour adopter les dogmes de l'Église romaine.

"On évalue mal le nombre de musulmans arrivés à cette époque en Amérique latine", nuance Theresa Alfaro-Velcamp. "Les musulmans n'avaient pas le droit de sortir de l'empire Ottoman alors beaucoup ont menti sur leur religion pour s'en aller." Si la chercheuse californienne est passionnée par cette question, c'est que l'histoire des musulmans d'Amérique latine, c'est aussi celle de sa famille : son arrière-grand-père a émigré du Levant en se prétendant chrétien. Arrivé au Mexique, il s'est marié à une Mexicaine et ses six enfants furent élevés dans la foi catholique. Une histoire assez représentative de l'attitude des arrivants arabes selon l'historienne, et qui a faussé les recensements.

La mosquée Soraya est la première construite au Mexique. Elle a été bâtie en 1989, près de Torreon dans le nord du pays. © Alkubra dsigns, Wikimedia Commons

Si les registres officiels gardent peu de traces de leur présence, certains musulmans font cependant le choix de garder leur foi : "Ils faisaient leur prière chez eux avec d'autres immigrants", raconte Theresa-Velcamp. "Ils ont même, plus tard, construit des mosquées. La première du Mexique a été construite en 1989 du côté de Torréon dans le nord du pays et mon arrière-grand-père y a participé."

Selon les deux experts, la cohabitation des religions a globalement été harmonieuse. Mais l'Amérique latine d’aujourd’hui n'échappe pas à la montée de l'islamophobie consécutive au 11 septembre comme aux multiples attentats perpétrés au nom de l'Islam.

Le reniement de l'intégration

L'accession de Michel Temer à la fonction suprême au Brésil ou le succès planétaire de Shakira tendrait à prouver l’existence d’un d'ascenseur social performant. Le magnat des télécoms mexicains Carlos Slim est bien représentatif de cette l'élite socio-économique de descendants d’immigrants.

Sur son site officiel et dans la plupart de ses interviews, l’homme le plus riche d’Amérique latine met toujours en avant sa double identité mexicano-libanaise. Il estime d’ailleurs avoir hérité de son père libanais son talent pour les affaires.

Mais pour un Carlos Slim, "combien d'immigrants discriminés et aux parcours difficiles ?", interroge Theresa Alfaro-Velcamp. "La plupart des migrants 'normaux' ont tenté par tous les moyens de s'intégrer, y compris en gommant leurs origines afin de survivre".

Malgré ces dissonances, l'Amérique latine continue de croire en son modèle. Dès 2015, Le Brésil, le Venezuela, l’Uruguay et l’Argentine et le Chili se sont tous dits disposés à accueillir ceux fuyant le conflit.

Première publication : 15/08/2017

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