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Afrique

Égalité devant l’héritage : le débat enfle en Tunisie, les religieux s’en mêlent

© Fethi Belaid, AFP (illustration)

Texte par Marc DAOU

Dernière modification : 18/08/2017

La polémique enfle en Tunisie après l’appel du président Béji Caïd Essebsi à revoir la question de l’égalité devant l’héritage et celle du mariage avec un non-musulman. Un pas pour le droit des femmes qui rencontre de nombreuses oppositions.

La volonté affichée du président Béji Caïd Essebsi de franchir un cap supplémentaire vers l’instauration d’une égalité totale entre les hommes et les femmes en Tunisie se heurte depuis quelques jours à de nombreuses oppositions. Au sein même du pays, dans les milieux conservateurs, et par-delà ses frontières, puisque le débat a entraîné la réaction de la grande mosquée Al-Azhar du Caire, reconnue comme la plus haute autorité de l’islam sunnite.

La polémique concerne précisément la question de l’égalité devant l’héritage et celle du mariage avec un non-musulman. Une Tunisienne continue en effet d’hériter de seulement la moitié de ce qui revient à son frère, conformément à la loi coranique, et, contrairement à un homme, son mariage éventuel avec un non-musulman reste invalide aux yeux de l’État. Et ce conformément à une circulaire de 1973, que le président Essebsi s’est engagé à abroger.

Essebsi prône "l’égalité dans tous les domaines"

Béji Caïd Essebsi a lancé le débat sur ces questions sensibles à l’occasion de "la Fête de la femme", célébrée le 13 août, date anniversaire de la promulgation, en 1956, du Code du statut personnel (CSP), qui avait accordé des droits élargis aux Tunisiennes, considérées depuis comme des pionnières en matière des droits des femmes dans le monde arabe.

Le président Essebsi a annoncé qu’il avait chargé une commission d’étudier "la question des libertés individuelles" et de "l’égalité dans tous les domaines". Son initiative a surpris un grand nombre d’acteurs de la scène politique tunisienne, d’autant plus que l’idée avait été avancée l’année dernière par un député, Mehdi Ben Gharbia, et avait, sans surprise, rencontré une forte opposition, notamment des institutions religieuses du pays. Othman Battikh, le mufti de la République et la plus haute autorité religieuse nationale avait alors estimé que la révision de la loi successorale reviendrait à violer la loi divine, "qui ne laisse place à aucune interprétation en la matière".

Or, surprise, le dignitaire musulman a cette fois appuyé la démarche présidentielle et plaide désormais pour l’égalité successorale, estimant qu’elle "consolide la place de la femme et élimine les discriminations entre les deux sexes".

Des propositions jugées "contraires à la charia islamique"

Mais le mufti de la République semble toutefois bien isolé dans la sphère religieuse tunisienne. Celle-ci commence à se mobiliser contre les propositions du président tunisien et la prise de position d'Othman Battikh, encouragée par l’irruption dans le débat de la grande mosquée Al-Azhar, qui, par la voix de l'adjoint du grand imam, a qualifié les propositions de Béji Caïd Essebsi de "contraires à la charia islamique".

Il s'agit d'"une violation flagrante des préceptes" de l'islam, ont dénoncé jeudi dans un communiqué, des imams tunisiens et spécialistes de la religion musulmane. "L'héritage en islam est clairement expliqué dans le Coran". Il "ne peut être ni modifié ni interprété", a précisé lors d'une conférence de presse l'ex-ministre tunisien des Affaires religieuses Noureddine Khadmi.

Interrogé par France 24 sur la prise de position du mufti de la République, le secrétaire général du syndicat des imams et des cadres religieux Chiheb Eddine Tlich a dénoncé "un revirement étonnant et injustifié". Il a également indiqué qu’une telle question, celle de l’héritage, "ne peut être l’objet d’une campagne politique électoraliste".

Parmi les critiques les plus acerbes du camp présidentiel, certains estiment en effet que la sortie du président est liée la campagne électorale des municipales prévues le 17 décembre prochain, voire même de l'élection présidentielle de 2019.

"Cette initiative est dangereuse et étonnante, je me pose énormément de questions sur son timing. S’agit-il vraiment d’une priorité nationale aujourd’hui, dans le contexte économique et sociale en vigueur dans le pays, alors qu’il nous semble prioritaire de se pencher le développement du pays ?", s’interroge dans une interview à France 24 la députée du parti islamiste Ennahda Monia Ibrahim.

Rappelant au passage que son parti est celui qui compte le plus d’élues dans le pays, elle ajoute que "la loi islamique érige des principes, et ils se doivent d’être respectés". Et de demander : "Vivons-nous dans un vide législatif en matière d'héritage pour lancer un tel débat et une bataille idéologique de cette nature?"

Une porte ouverte à la discussion et au débat

De son côté, le camp présidentiel se défend de toute intention électoraliste."Il s’agit uniquement d’une porte ouverte à la discussion et au débat, il ne s’agit en aucune manière de porter atteinte aux valeurs et aux principes historiques du peuple tunisien", assure à France 24 Chiheb Dghim, écrivain et conseiller politique auprès de Nidaa Tounes, le parti au pouvoir en Tunisie. Et il tient à rappeler que ces discussions ne déboucheront pas obligatoirement sur une loi.

Si l’issue du débat semble incertaine, il n’en reste pas moins qu’après la Constitution de 2014, qui a gravé dans le marbre l’égalité entre les hommes et les femmes, une première dans un pays musulman, et après l’adoption en juillet dernier d’une loi contre les violences, notamment familiales, commises à leur égard, les Tunisiennes peuvent espérer renverser deux nouveaux tabous qui pèsent sur elles.

"Il ne faut pas se leurrer, il y aura de nombreuses résistances des milieux conservateurs et islamistes, explique à France 24 Sophie Bessis, chercheuse à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) et ancienne secrétaire générale adjoint de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH). Toutefois, selon elle, "une grande partie de l’opinion tunisienne est prête pour de tels changements". Le débat est ouvert.

Première publication : 18/08/2017

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