Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

LE JOURNAL DE L’AFRIQUE

kenya : Kenyatta et Odinga appellent au calme a 6 jours du scrutin

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

"Où est Santiago Maldonado ?"

En savoir plus

UNE SEMAINE DANS LE MONDE

Chine : Xi Jinping, nouveau Mao ?

En savoir plus

UNE SEMAINE DANS LE MONDE

Harcèlement sexuel, la parole se libère sur la toile.

En savoir plus

L'ENTRETIEN

Bafel Talabani : le référendum au Kurdistan était une "erreur colossale"

En savoir plus

TECH 24

Holo-Math : ils vont vous faire aimer les mathématiques

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

"Flat tax" : révolution fiscale ou cadeau au riches ?

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

Macronisme : la théorie des "premiers de cordée"

En savoir plus

FOCUS

Au Japon, l'impact social mitigé des "Abenomics"

En savoir plus

Amériques

Le "shérif le plus dur d'Amérique" échappe à la condamnation grâce à Donald Trump

© Robyn Beck, AFP | Le shérif Joe Arpaio, lors d'un meeting du candidat Donald Trump à Prescott Valley, Arizona, le 4 octobre 2016.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Valentin GRAFF

Dernière modification : 26/08/2017

L'ex-shérif Joe Arpaio a été gracié vendredi par le président américain Donald Trump. Ses services ont pourtant été condamnés, en 24 ans à la tête du comté de Maricopa, en Arizona, à des dizaines de millions de dollars de dommages et intérêts.

"Merci, Donald Trump, d’avoir reconnu ma condamnation pour ce qu’elle est : une chasse aux sorcières politicienne issue des vestiges du ministère de la Justice d’Obama !"

De ce côté de l’Atlantique, difficile d’imaginer la colère et l’indignation qu’ont pu provoquer chez les défenseurs des droits humains ces quelques mots, tweetés par l’ex-shérif Joe Arpaio après qu’il a été gracié par le président américain, vendredi 25 août. Joe Arpaio, élu shérif sans interruption depuis 1993 (aux États-Unis, le poste de shérif est soumis au vote des électeurs, tout comme celui de maire, de procureur, de représentant ou de sénateur, NDLR) et qui n’a finalement perdu que lors des élections générale de novembre 2016, "incarne le service public désintéressé, a estimé la Maison Blanche dans un communiqué. […] Et après plus de 50 ans d’admirable service pour notre pays, il mérite un pardon présidentiel."

Officiellement condamné le 31 juillet dernier pour avoir bravé l’injonction d’un juge fédéral lui interdisant depuis 2011 ses patrouilles anti-immigrants, cet ex-shérif du comté de Maricopa, en Arizona, devait initialement attendre le 5 octobre pour que soit prononcée sa peine, qui ne pouvait pas excéder 6 mois de prison ferme assortis d’une amende. Il n’aura finalement rien à purger.

"Le shérif le plus dur d’Amérique"

Le profil de Joe Arpaio, largement décrit dans la presse comme "sulfureux", est en réalité explosif. Ses actions à la tête du département du shérif du comté de Maricopa ont souvent été dénoncées comme confinant à la torture. Dans son combat contre l’immigration clandestine, indissociable de sa quête de réélection, il a dépassé beaucoup de bornes, s’est attiré un nombre incalculable de plaintes de détenus, à tel point que la grâce présidentielle de vendredi fut son dernier recours pour éviter une humiliation judiciaire que beaucoup estimaient pourtant méritée.

Car la condamnation récemment prononcée contre lui, qui restera sans effet, n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Né le 1er janvier 1932 à Springfield, Massachussets, de deux parents immigrés italiens, Joseph Michael Arpaio est passé par l’armée, puis la police et la lutte anti-stupéfiants avant de prendre sa retraite en Arizona. C’est là qu’il est devenu en 1993, selon ses propres mots et le titre de ses deux livres, "le shérif le plus dur de l’Amérique".

Premier fait d’armes du nouveau shérif de Maricopa, contourner le refus des électeurs de financer la construction d’une nouvelle prison en acquérant, dès sa première année de fonction, un stock militaire de tentes qu’il fit promptement installer dans le désert de l’Arizona, en dehors de Phoenix. "Je les ai mises près de la décharge et de l’usine de tri des déchets", fanfaronne-t-il auprès du New Yorker. La petite "ville de tentes", comme elle est baptisée, compte vite entre ses barbelés près de 2 500 détenus, rapporte le magazine, alors que les températures peuvent y atteindre, selon plusieurs sources, plus de 50°C (130°F). Un journaliste du site d’investigation ProPublica révèle même que les chaussures de certains détenus fondent sous la chaleur. Le shérif pousse le cynisme jusqu’à installer un néon qui annonce "vacancy" ("il nous reste des chambres", NDLR).

D’extrêmes privations

Dans un second temps, Arpaio entreprend de transformer le temps de l’incarcération en un temps de privations, non sans réaliser des économies sur le dos des prisonniers. En vrac, il décide d’interdire les cigarettes, de bannir les magazines pornographiques – pourquoi pas ? –, puis les films, le café, les repas chauds lors du déjeuner… et même le sel et le poivre, énumère le New Yorker. Il va jusqu’à réduire le nombre de repas servis quotidiennement de trois à deux, et plafonne le coût desdits repas à 30 centimes par repas et par détenu. "Nourrir un chien coûte plus cher que de nourrir les détenus", se vante-il auprès du New Yorker. En 2008, un juge fédéral a jugé recevables les plaintes de détenus et estimé que ces derniers "n’étaient pas assez nourris".

"Je sais exactement jusqu’où je peux aller", confiait le shérif en 2009 au New Yorker. Il faut croire qu’il se trompait, puisque le taux de suicide par pendaison du comté dépasse de façon alarmante la moyenne nationale. L’hebdomadaire régional, le Phoenix New Times, a en effet révélé fin 2015 qu'au moins 24% des 157 détenus décédés jusque-là sous la garde d’Arpaio s’étaient pendus dans leur cellule. Une proportion que le journaliste compare à celles d’autres comtés, tels que Los Angeles (11%), New York (9%), Miami (6%)…

Les maltraitances – jusqu’aux décès – ont donné lieu à des milliers de plaintes contre le bureau du shérif de la part des détenus – et de leurs familles lorsqu’ils n’étaient plus en mesure de le faire pour une raison ou pour une autre. Joe Arpaio, qui se faisait fort de faire économiser de l’argent aux contribuables du comté, a donc en réalité dépensé près de 140 millions de dollars publics en 24 ans de procédures judiciaires et de dommages et intérêts, selon l’estimation du Phoenix New Times.

Outre ces pratiques d’un autre siècle et autres petites humiliations – comme l’obligation pour les détenus de porter des sous-vêtements roses –, les services du shérif Arpaio se sont peut-être rendus coupables de manquements plus graves. Une enquête fédérale a ainsi conclu que les adjoints du shérif avaient utilisés des tasers sur des prisonniers déjà attachés à des chaises de contention. En conséquence, des millions de dollars ont dû être versés aux familles des victimes, que ce soit après condamnation ou en parvenant à un accord afin d’abandonner les charges. "La famille d’un homme tué sur cette chaise de contention a obtenu 8,25 millions de dollars grâce à un accord avant le procès, après la découverte d’une vidéo montrant quatre gardes frappant, électrocutant et étouffant le prisonnier […]", raconte ainsi le New Yorker, qui poursuit : "Mais le shérif n’a jamais reconnu aucun tort, ni demandé pardon aux victimes ou à leurs familles. Beaucoup des officiers impliqués ont même été promus."

400 cas négligés d’agressions sexuelles

Hors des murs (ou des toiles, en ce qui concerne les tentes) de la prison du comté, le shérif n’est pas non plus irréprochable. En 2011, plusieurs médias locaux et l’agence de presse Associated Press (AP) ont raconté comment les services du shérif Arpaio, auxquels la petite municipalité d’El Mirage, à l’ouest de Phoenix, avait délégué un large éventail de fonctions policières entre 2005 et octobre 2007, n’avaient pas correctement enquêté sur plus de 400 plaintes pour agressions sexuelles, dont une partie sur mineurs. Sur certaines affaires, rapporte AP, les enquêteurs n’ont même pas interrogé les victimes.

Une fois le dysfonctionnement révélé, le bureau du shérif de Maricopa a affirmé avoir lancé une enquête interne pour en comprendre les raisons. Plusieurs événements laissent toutefois penser qu’elle a été étouffée en interne. La première enquête a en effet pris fin lorsque l’officier qui la menait a été accusé de harcèlement sexuel par sa supérieure, qui avait été chargée pendant la période 2005-2007 de certaines des affaires d’agressions sexuelles négligées. La seconde enquête, lancée en mai 2008, a également connu un coup d’arrêt lorsque l’enquêteur qui s’en chargeait a été muté au service de l’adjoint d’Arpaio. L’enquête ne fut ensuite officiellement rouverte qu’en décembre 2010. Et à ce jour, ses résultats, si elle a abouti, n’ont jamais été rendus publics.

Jamais inquiété personnellement

Malgré de nombreuses condamnations de ses services, Joe Arpaio n'avait jamais été condamné en son nom propre avant la décision de justice du 31 juillet. Il a réussi à être réélu à son poste pendant 24 ans en faisant preuve d’une rare brutalité en matière migratoire dans un comté où la lutte contre l’immigration clandestine est une des principales préoccupations. La mansuétude du président Trump lui permettra de ne pas purger de peine suite à cet unique jugement. D'où une frustration certaine des associations de défense des droits humains, témoins de ses errements pendant plus de vingt ans.

Première publication : 26/08/2017

  • ÉTATS-UNIS

    Trump gracie un ancien shérif décrié pour ses pratiques racistes

    En savoir plus

  • ÉTATS-UNIS

    Guerre en Afghanistan : Trump réagit-il (uniquement) à l’instinct ?

    En savoir plus

  • ÉTATS-UNIS

    À Phoenix, Trump galvanise ses partisans en s'attaquant aux médias

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)