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Moyen-Orient

Le référendum d'indépendance au Kurdistan irakien, un scrutin qui inquiète

© Safin Hamed, AFP | Des enfants jouent au ballon dans un quartier d'Erbil, la capitale du Kurdistan irakien

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 08/09/2017

Le référendum sur l'indépendance du Kurdistan irakien, prévu le 25 septembre prochain, suscite l'inquiétude de la communauté internationale. D'aucuns redoutent des conséquences désastreuses pour la région.

La date a été fixée au 25 septembre. Le référendum sur l’indépendance du Kurdistan irakien, décidé par le président du gouvernement de la région autonome Massoud Barzani, est au centre de toutes les préoccupations. À mesure que le vote approche, les pressions s’accentuent sur le dirigeant kurde pour qu’il reporte, sinon renonce à son projet. Car les conséquences d’un "oui" font craindre une déstabilisation de la région, déjà ébranlée par la présence de l’organisation État islamique.

>> À lire sur France 24 : "Kurdistan irakien : le revers du boum économique"

C’est en 2014 que les dirigeants kurdes du nord de l'Irak ont sérieusement commencé à évoquer la possibilité d'un référendum, après des années de désaccord avec Bagdad au sujet des dépenses budgétaires et des recettes pétrolières.

Mais en juin 2014, la percée de l’organisation État islamique (EI) dans le pays balaie les aspirations indépendantistes : Mossoul tombe aux mains de l’EI après l'effondrement de l'armée irakienne, les jihadistes poursuivent leur progression vers Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan irakien, et les États-Unis lancent alors une offensive de coalition militaire internationale contre la percée jihadiste. Dans ce contexte d’urgence, les dirigeants de KRG (gouvernement régional du kurdistan iranien) se concentrent sur la guerre avec les jihadistes et reportent leurs velléités autonomistes. Trois ans plus tard, l’organisation État islamique perd du terrain et Mossoul est libérée, notamment grâce aux combattants peshmerga kurdes qui ont joué un rôle déterminant dans la lutte contre l’EI. Dès lors, les aspirations indépendantistes sont réactivées.

Un référendum controversé

Tous les Kurdes irakiens ne sont pas pour autant convaincus de la nécessité d’un tel référendum. Si la majorité d’entre eux considèrent que cette consultation populaire peut augmenter l'influence de Barzani dans les négociations futures avec Bagdad, d’autres redoutent les conséquences diplomatiques que la victoire du "oui" pourrait provoquer.

Au sein même des partis politiques kurdes irakiens, les avis divergent. Le référendum, réclamé par le Parti démocratique du Kurdistan (PDK) de Barzani et le PUK (Union patriotique du Kurdistan), le troisième parti du Kurdistan, n’est en revanche pas soutenu par le Mouvement de changement (également connu sous le nom de Gorran Movement) et le KIG (Kurdistan islamic group).

Ces partis réfractaires plaident en faveur d’un report du vote. Ils estiment en effet que la consultation doit s’effectuer dans un cadre légal. Or, le parlement kurde à Erbil, qui ne s'est pas réuni depuis octobre 2015 à cause d'une crise politique entre le PDK et le mouvement Gorran, n’est pas en mesure, selon eux, d’assurer un cadre institutionnel légal à cette élection.

Les inquiétudes

Les facteurs d’inquiétude sont multiples. Il y a d'abord l’épineuse question de la délimitation des territoires. Le référendum du 25 septembre se déroulera non seulement dans les trois provinces qui constituent la zone autonome kurde, mais aussi dans les provinces frontalières de Ninive, Kirkouk et Diyala, actuellement détenues par des forces kurdes mais revendiquées par Bagdad. Or l'Irak perçoit le vote kurde dans ces zones comme une atteinte à sa souveraineté.

La ville de Kirkouk, riche en pétrole, représente également un point de crispation. La participation au référendum de la ville à la population composée de Kurdes, d’Arabes sunnites, de Turkmènes et de chrétiens, a en effet provoqué de profonds désaccords. Le 29 août dernier, le conseil provincial de Kirkouk a certes voté en faveur d’un référendum dans la province, mais sur les 41 membres, 17 se sont abstenus – principalement des représentants arabes et turkmènes – pour dénoncer le caractère non constitutionnel du vote, tandis que 23 des 24 votants ont dit "oui" au référendum.

Tractation diplomatiques

Par ailleurs, la Turquie et l’Iran voisins, qui comptent une importante communauté kurde, considèrent ce mouvement indépendantiste comme une menace qui pourrait les déstabiliser. Chose inhabituelle, les deux puissances rivales, chiite et sunnite, ont conclu une alliance contre ce référendum.

Au-delà des frontières disputées du Kurdistan, les grandes capitales n’ont pas non plus dissimulé leurs inquiétudes. Une partition de l'Irak déstabiliserait ce pays, membre d'une coalition internationale engagée dans la lutte contre l’EI. La priorité de la communauté internationale est davantage de trouver une issue à ce conflit que de gérer les conséquences liées à la dissolution du territoire irakien.

Le secrétaire américain à la Défense James Mattis s’est rendu à Bagdad et Erbil le 22 août pour appeler à l'annulation du vote. Le lendemain, le ministre turc des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu, lui a emboîté le pas. Son homologue français, Jean-Yves Le Drian, et la ministre de la Défense, Sylvie Goulard, ont également fait le déplacement pour appeler à un ajournement du vote. En vain.

Depuis, les bulletins de vote ont été imprimés et Massoud Barzani a bien précisé, dans un entretien exclusif accordé à France 24, qu'il n'y aurait "pas de retour" en arrière possible.

Un texte de Leela Jacinto, adapté de l'anglais par Aude Mazoué.

Première publication : 07/09/2017

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