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Moyen-Orient

À Erbil, le petit salon de thé kurde qui résiste encore et toujours

© Guillaume Guguen, France 24 | Le salon de thé Machko, adossé à la muraille de la citadelle d'Erbil, classée au patrimoine de l'Unesco.

Texte par Leela JACINTO

Dernière modification : 11/09/2017

À Erbil, le salon de thé Machko résiste, depuis près de 80 ans, à l'histoire mouvementée du Kurdistan irakien. Ses clients en sont convaincus : malgré les appels à annuler le référendum, l’avenir de la province se trouve dans son indépendance.

Sur les murs du salon de thé que sa famille possède depuis 77 ans, Mohsin Majeed Machko a érigé son propre panthéon. Les artistes qui font la fierté du Kurdistan irakien y ont leur place dans des cadres un peu kitsch. Écrivains, musiciens et poètes populaires, tous ont raconté les peines et les désirs de leur peuple au fil des années.

Le panthéon de Mohsin possède aussi sa galerie politique : le mollah Mustafa Barzani, un héros nationaliste dont les descendants dominent toujours la vie politique d’Erbil, y côtoie Qazi Muhammed, un chef séparatiste qui dirigea dans les années 1940 l’éphémère République de Mahabad en territoire iranien, avant d’être pendu pour trahison.

La politique actuelle du Kurdistan irakien est représentée à travers les portraits de Massoud Barzani, le chef du PDK (Parti démocratique du Kurdistan), et de son rival Jalal Talabani, de l’UPK (Union patriotique du Kurdistan).

Depuis leur salon de thé adossé à la citadelle de la ville, les Machko ont vu nombre de dirigeants accéder au pouvoir, être déchus, déclarer la guerre et faire la paix, ou encore passer l'arme à gauche. Voilà bientôt 80 ans que dans ce "chaï khana", comme disent les habitants d’Erbil, la famille propose à ses clients du thé, des livres accessibles gratuitement et toute sa sympathie.

"Il faut laisser le passé derrière soi"

L’histoire du salon de thé Machko commence en 1940, en pleine Seconde Guerre mondiale. Depuis, il a résisté à tous les événements historiques de la région, jusqu’à la menace des jihadistes de l’organisation État islamique qui, après avoir conquis en Irak la ville de Mossoul en 2014, semblaient tenté de poursuivre leur funèbre conquête vers l’est, en direction d’Erbil.

La violence du groupe terroriste tarit alors le flot des touristes et force les habitants à se terrer chez eux. Mais, aujourd’hui, après trois années – une éternité pour beaucoup d’habitants – les clients sont de retour. "Le business est bon, très bon même, merci", se réjouit Mohsin entre deux conseils glissés aux serveurs qui s’activent, plateau sur le bras.

Malgré l’effervescence de cette fin de journée, Mohsin accepte de prendre un instant pour raconter son histoire. Mais des années qui ont suivi sa naissance en 1956, du sort réservé aux Kurdes sous la dictature de Saddam Hussein, et de sa reprise du salon de thé après la mort de son frère en 1991, il ne dit finalement pas grand-chose, persuadé qu’"il vaut mieux laisser le passé derrière soi". Comme nombre de Kurdes, Mohsin regarde vers l’avant. Vers le 25 septembre notamment, quand les Kurdes d’Irak se prononceront pour ou contre leur indépendance.

La campagne en faveur du "oui" envahit Erbil

À l’approche du référendum, Erbil est couverte d’une marée de drapeaux kurdes. À en juger par l’omniprésence des affiches en faveur du "oui", l’issue du scrutin fait peu de doute. La campagne pour le "non" n’est pas seulement invisible, elle est inexistante.

>> À voir : Le référendum d'indépendance, "une décision irréversible"

La capitale du Kurdistan irakien est un bastion de Massoud Barzani. Difficile de trouver à Erbil le moindre détracteur du président du gouvernement régional ou la moindre personne s’opposant ouvertement à la tenue du référendum. La situation est la même au café Machko. Le propriétaire en tout cas, ne cache pas son enthousiasme : "Nous espérons avoir bientôt notre propre nation. Si Dieu le veut, le Kurdistan sera indépendant".

Ahmed Chico, un étudiant en droit de 24 ans, partage son opinion. "L’économie est un gros problème mais nous pensons que les choses s’arrangeront dans le futur, quand le Kurdistan sera indépendant", affirme-t-il.

L’indépendance, un remède à une économie moribonde

Les citoyens du Kurdistan tirent le diable par la queue depuis des années. En 2014, le Premier ministre irakien, Nouri al-Maliki, a réduit le budget alloué au gouvernement régional du Kurdistan. Une décision qui sanctionnait Erbil pour avoir tenté d’exporter du pétrole extrait dans des zones sous son contrôle sans en référer à Bagdad.

Malgré une amélioration des relations entre le gouvernement central et régional, l’actuel Premier ministre, Haïdar al-Abadi, n’est pas revenu sur ces coupes budgétaires.

Bien que le prix du baril ait chuté et que peu d’acheteurs internationaux osent se tourner vers Erbil tant que les questions légales ne sont pas encore résolues, Ahmed et ses amis sont convaincus que la solution aux problèmes économiques du Kurdistan est l'autonomie.

Pourtant tous ne sont pas kurdes. Ahmed, par exemple, affirme avoir des ancêtres turkmènes. C’est ce qu’il dit lorsqu’il se trouve à Erbil car, hors de la ville, il se définit comme kurde. Si l’étudiant tient à cette distinction, c’est qu’il ne veut pas être considéré comme un arabe. "Nous les détestons parce que nous n’avons droit à aucune liberté sous leur contrôle", tente-t-il d’expliquer dans un anglais hésitant. "Et les Kurdes ont aujourd’hui besoin de liberté".

Cet article a été adapté de l'anglais par Julia Dumont. Cliquez ici pour lire la version originale.

Première publication : 11/09/2017

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