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EUROPE

La famille Wallenberg somme Moscou de lever le mystère sur le "Schindler suédois"

© Wikimedia | Une photo du passeport de Raoul Wallenberg datant de juin 1944.

Vidéo par FRANCE 24

Texte par Stéphanie TROUILLARD , Louise NORDSTROM

Dernière modification : 18/09/2017

Un tribunal moscovite examine ce lundi la plainte des héritiers du diplomate suédois Raoul Wallenberg, sauveur de milliers de juifs hongrois durant la Shoah. La famille soupçonne les services secrets russes d'avoir joué un rôle dans sa disparition.

Cela fait 72 ans que la famille de Raoul Wallenberg attend de savoir ce qui lui est arrivé. Depuis son arrestation le 17 janvier 1945 par l’Armée rouge, le sort de ce diplomate suédois, reconnu Juste parmi les Nations pour avoir sauvé des milliers de juifs hongrois lors de la Seconde Guerre mondiale, demeure un mystère. Selon Moscou, il serait mort d'une crise cardiaque deux ans plus tard. Pour enfin connaître la vérité, ses proches ont porté plainte en juillet dernier contre les services secrets russes (FSB, ex KGB) tout en réclamant l’accès à leurs archives.

"Nous avons des doutes sérieux sur la version officielle des Russes concernant la mort de Raoul", explique à France 24 sa nièce Marie Dupuy. "Il est devenu de plus en plus évident que des documents importants se trouvent dans les archives russes et qui n’ont pas été accessibles à ma famille et aux chercheurs".

Plusieurs versions de sa mort

Né en 1912, cet héritier de l’une des plus grandes familles industrielles et financières suédoises se rend en 1944 à Budapest, la capitale hongroise, mandaté par une organisation américaine, le War Refugee Board. En délivrant des certificats de nationalité suédoise, en plaçant des immeubles sous la protection du royaume scandinave et en négociant auprès des Allemands qui occupent le pays, il sauve de la mort des milliers de juifs. Certains survivants ont même raconté l’avoir vu monter sur le toit d’un train à destination d’Auschwitz pour distribuer des papiers suédois aux malheureux déportés. Mais à la fin de la guerre, son courage ne le protège plus. Il est arrêté par les Soviétiques, qui le soupçonnent d’être un espion américain. C'est à partir de ce moment qu'on perd sa trace.

En 1957, les autorités soviétiques rendent enfin public un document, un rapport du docteur Smoltsov, médecin du KGB, affirme qu’il est mort dix ans plus tôt, le 17 juillet 1947, d’une crise cardiaque, alors qu’il était détenu à la Loubianka, le siège du KGB à Moscou. Une thèse à laquelle sa famille n’a jamais vraiment cru. "Mon père, Guy von Dardel, était persuadé que son demi-frère était encore en vie dans les années 80-90. Il y a eu plusieurs versions de sa mort. Mon père n’acceptait pas le flou qui entourait la disparition de mon oncle. Il voulait des faits", raconte Marie Dupuy.

Le témoignage d'une femme sauvée par Raoul Wallenberg en Hongrie (en anglais)

Le mystère du prisonnier n°7

Les proches du diplomate ne sont pas les seuls à avoir des doutes. Des experts internationaux rassemblés dans un groupe de recherche dénommé "The Raoul Wallenberg Research Initiative RWI-70" tentent aussi depuis de nombreuses années de faire la lumière sur la disparition tragique du Suédois. "La probabilité pour qu’un homme de 35 ans, en bonne santé, succombe soudainement à une attaque cardiaque est faible", souligne ainsi l’historienne allemande Susanne Berger, qui travaille depuis plus de 20 ans sur cette affaire. "D’autre part, les autorités russes ont en quelque sorte reconnu que la version officielle de sa mort était certainement inventée". A-t-il été froidement assassiné dans sa cellule de la Loubianka le 17 juillet 1947 ? L’historienne ne préfère pas se prononcer : "Il a pu subir d’autres interrogatoires, être accusé d’un crime et envoyé en prison ou dans un camp ou encore être exécuté. Sans preuves convaincantes concernant son décès, sa famille ne peut pas être certaine de ce qui lui est arrivé".

Pour essayer de démêler le vrai du faux, ce groupe de chercheurs explore une piste en particulier : celle du prisonnier numéro 7. Selon des documents confiés en 2009 par des archivistes du FSB à Susanne Berger et l’un de ses collègues, cet homme a été interrogé avec le chauffeur de Raoul, Vilmos Langfelder, le 23 juillet 1947, soit six jours après la date de décès officielle du diplomate. Pour Susanne Berger, ce fameux prisonnier numéro 7 a de grandes chances d’être Raoul Wallenberg lui-même : "Malheureusement, les archivistes du FSB n’ont toujours pas divulgué les informations sur ce prisonnier numéro 7 contenu dans le registre des interrogatoires de la Loubianka. Ils n’ont pas non plus autorisé les chercheurs à avoir accès à ces documents".

Mais pourquoi, soixante-dix ans après les faits, les Russes font toujours preuve de mauvaise volonté et refusent de collaborer ? "C’est la question centrale. Poutine et son gouvernement ont toujours été réticents à l’idée de révéler des informations sur les crimes commis par les anciens services de sécurité alors que les institutions qui en découlent aujourd’hui sont toujours très influentes", estime Susanne Berger. "L’autre raison est certainement que la cause réelle ainsi que la date de la mort de Raoul Wallenberg ne coïncident pas avec la version que les Soviétiques puis le gouvernement russe défendent depuis si longtemps. Moscou craint sans doute que ces révélations puissent créer un précédent. Cela pourrait entraîner d’autres enquêtes sur des victimes du Stalinisme et ouvrir la voie à des compensations plus larges pour les familles". Contacté par France 24, le ministère russe des Affaires étrangères n’a pas donné suite à nos questions.

"Je suis convaincue que la vérité sortira un jour"

Alors qu’un tribunal de Moscou examine à partir du 18 septembre la plainte déposée par la famille de Raoul Wallenberg, le RWI-70 a organisé quelques jours plus tôt, du 14 au 15 septembre, une conférence internationale à Stockholm sur cette affaire. "Aux côtés de membres de sa famille et de ceux d’autres disparus suédois, il y aura également des juristes internationaux, des experts du ministère des Affaires étrangères suédois, ainsi que des défenseurs des droits de l’Homme", a détaillé Susanne Berger avant la tenue de ce colloque. "En insistant sur notre demande d'accès à ces archives, nous voulons que l'affaire Wallenberg crée un précédent dans le domaine du droit national et international".

La nièce, Marie Dupuy, également présente lors de cette conférence, veut tenir à tout prix une promesse : "Je fais cela pour mes grands-parents et pour mon père qui ont passé plus de 70 ans à lutter, sans aide ou avec un minimum d’aide des autorités". Dans le monde, à Budapest, à Stockholm ou à Jérusalem, de nombreuses rues, des places ou encore des parcs portent le nom de Raoul Wallenberg pour honorer la mémoire de cet homme qui a risqué sa vie pour sauver celles des autres. Pourtant, justice n'a jamais été rendue à ce Juste. Son corps a été incinéré après son décès en juillet 1947, selon les autorisés russes. Seuls quelques-uns de ces objets personnels, notamment son passeport et un porte-cigarettes, ont été renvoyés à sa famille en 1989. "Raoul est devenu un symbole connu mondialement, mais peu de choses ont été faites pour lui ", regrette sa nièce. "Mais je suis convaincue que la vérité sortira un jour".

Première publication : 13/09/2017

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