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Incendie de la Tour Grenfell: l'enquête publique promet "des réponses"

© AFP/Archives / Par Alexandra DEL PERAL | L'incendie de la Tour Grenfell, le 14 juin 2017 à Londres

LONDRES (AFP) - 

"Des réponses seront apportées", a promis jeudi le juge à la retraite chargé de l'enquête publique sur l'incendie de la tour de logements sociaux Grenfell à Londres, qui avait fait au moins 80 morts en juin et choqué le pays.

L'audience s'est ouverte avec une minute de silence en mémoire des victimes et un hommage a également été rendu aux survivants, marqués à vie par cette catastrophe, a souligné l'ancien magistrat, Martin Moore-Bick.

Il a affirmé qu'il se ferait un devoir de déterminer "comment une catastrophe d'une telle ampleur a pu se produire au XXIe siècle à Londres".

Son rôle est aussi de dire si l'incendie aurait pu être évité alors que les habitants avaient alerté à plusieurs reprises la municipalité du très cossu quartier de Kensington et Chelsea, gestionnaire de la tour, lui faisant part de leurs craintes concernant la sécurité.

L'immeuble de 24 étages s'était enflammé comme une torche dans la nuit du 13 au 14 juin. Selon les premiers éléments de l'enquête policière, le feu est parti d'un congélateur défectueux avant de se propager à grande vitesse au reste du bâtiment.

Le revêtement récemment posé, composé de plaques de composite d'aluminium et polyéthylène (plastique), a été mis en cause dans la virulence de l'incendie. L'émission de gaz toxiques pourrait aussi avoir empoisonné certaines victimes.

Au moins 80 personnes sont mortes, mais ce terrible bilan pourrait s'alourdir car personne ne sait combien de personnes se trouvaient exactement le soir du drame dans la tour.

Parmi elles, seules 58 ont pu pour l'instant être identifiées, dont un petit garçon de deux ans retrouvé avec le corps de sa mère de 32 ans au 14e étage. Certains corps ont été entièrement calcinés.

- 'Où est passé l'argent?' -

"Nous savons que nous n'aurons pas de réponse aujourd'hui mais nous voulons voir comment ils vont travailler", a déclaré à l'AFP Vassiliki Siavrou Loraine, dont plusieurs amis sont morts dans l'incendie.

"Nous voulons qu'ils creusent pour déterminer les responsabilités", a ajouté cette femme qui vit depuis 34 ans dans le quartier, venue voir la retransmission de l'audience sur les écrans déployés dans une église de Notting Hill proche de la silhouette calcinée de la tour.

L'ex-juge Moore-Bick a refusé la requête des survivants de voir un habitant du quartier siéger au sein de l'enquête publique, estimant que cela pourrait "nuire à (son) impartialité".

Jeudi, il a promis un rapport d'étape d'ici fin mars-début avril.

Vêtue d'un tee-shirt portant la tour Grenfell et le mot "meurtrier" en rouge", Marcia Haynes explique que sa fille et son petit-fils habitaient en face de la tour et ont été évacués.

"Mon petit-fils est traumatisé parce que son ami Yassin est mort dans l'incendie. Il a vu des bébés jetés par les fenêtres. Il ne peut plus dormir", raconte-t-elle, avant de dénoncer aussi la situation précaire dans laquelle il vit depuis avec sa mère.

"Depuis qu'ils ont été évacués, ils ont déménagé deux fois (...) aucune solution permanente ne leur a été offerte. Où est passé l'argent? Des millions ont été levés mais les victimes n'ont pas vu un sou", affirme-t-elle.

Au moins 200 familles ont besoin d'être relogées mais seulement deux ont reçu pour le moment un logement permanent, conduisant les habitants -dont beaucoup d'immigrants ou de personnes aux revenus modestes- à dénoncer leur abandon.

"Les gens ne font plus confiance à leurs représentants", a expliqué le révérend Mike Long, qui les accueillait dans son église.

Parallèlement à l'enquête publique, la police mène ses propres investigations et n'a pas exclu des inculpations pour homicide si des manquements à la réglementation sont constatées.

Par Alexandra DEL PERAL

© 2017 AFP