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Economie

Ces ultra-riches qui s'offrent un passeport chypriote

© iStock | En 2016, plus de 400 passeports chypriotes ont été délivrés contre des investissements.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 19/09/2017

Une liste de centaines de noms de très riches hommes d'affaires, dont de nombreux Russes, obtenue par le quotidien The Guardian illustre le lucratif marché des passeports pouvant être acquis contre un investissement financier.

Les passeports, ça rapporte. Depuis 2013, Chypre aurait attiré 4 milliards d’euros en investissements, en contrepartie de l’octroi de la citoyenneté chypriote à des riches multimilliardaires à la réputation parfois sulfureuse, selon le quotidien britannique The Guardian.

Le journal a pu se procurer une liste de plusieurs centaines de noms, publiée dimanche 17 septembre, de personnalités, souvent russes ou ukrainiennes, ayant payé des millions d’euros pour devenir Chypriotes, une seconde nationalité qui leur permet de voyager beaucoup plus librement. Chypre fait en effet partie de l’Union européenne. Munis de ce passeport, ces nouveaux citoyens européens peuvent désormais se passer de visa pour se rendre dans près de 150 pays. Un précieux sésame, notamment pour les Russes, dont le pays est soumis à des sanctions économiques, notamment de la part des États-Unis.

Un proche de Poutine, un cousin de Bachar

Cerise sur le gâteau, le passeport chypriote est relativement facile à obtenir pour qui a les moyens. Il est remis après obtention d’un permis de résidence découlant d’un investissement de 2 millions d’euros dans l’immobilier sur l’île, ou l’acquisition d’actions de sociétés locales ou de bons du Trésor d’une valeur de 2,5 millions d’euros. Une bagatelle pour un oligarque russe désirant se faire construire une villa en bord de mer Méditerranée.

Konstantin Grigorishin fait partie de ces citoyens de portefeuille les plus controversés. Ce Russe d’origine ukrainienne, à la tête d’un fonds d’investissement, est accusé d’évasion fiscale et passe pour être un oligarque à la botte de l’ancien Premier ministre ukrainien Petro Porochenko. D’autres membres connus du cercle fermé des bénéficiaires de ce système sont Alexander Ponomarenko, un oligarque réputé pour sa proximité avec le président russe Vladimir Poutine, ou encore Leonid Lebedev, un ancien député russe et propriétaire de Sintez Group, un géant du gaz.

Il n’y a pas que des fortunes de l’Est qui ont sauté sur l’occasion chypriote. Rami Makhlouf, un cousin du président syrien Bachar al-Assad, a également obtenu la nationalité chypriote alors même qu’il était sous le coup de sanctions des États-Unis qui l’accusent de corruption.

Mais son cas est un peu particulier. Rami Makhlouf a obtenu son passeport chypriote en 2009, avant la réforme du système, et le titre lui a été retiré en 2011 peu après le début de la guerre civile syrienne.

Jusqu’en 2012, les ministres chypriotes pouvaient délivrer des passeports de manière discrétionnaire. Lorsque le petit pays a frôlé la faillite et que son système bancaire a dû être sauvé par l'Union européeen, le gouvernement a décidé de réformer ce système pour en profiter financièrement. Il a commencé par demander des investissements de 10 millions d’euros pour un passeport, mais le tarif s’est révélé trop élevé… même pour des oligarques russes. Les autorités l’ont ramené à 3 millions d’euros, puis 2 millions d’euros l’année suivante.

Scandales

À ce prix, le passeport chypriote est devenu très prisé parmi les très riches. En quatre ans, l’île en a ainsi délivré 2 000, a précisé Harris Georgiades, ministre chypriote des Finances.

Chypre n’est pas le seul pays à permettre d’obtenir un passeport à des généreux investisseurs. Cinq autres pays (Malte, Antigua-et-Barbuda, Grenade, Saint-Kitts-et-Nevis et Sainte-Lucie) ont un programme similaire. Si Chypre est le plus onéreux d’entre eux, il a l’avantage de proposer un passeport très prisé de l’Union européenne. Seule Malte fait de même pour moins cher (1,5 million d’euros).

Ces États justifient leur programme comme une manière d’attirer des riches entrepreneurs et une chance pour les ressortissants de pays autoritaires de trouver un refuge.

Mais les autres pays ne le voient pas de cet œil. En Europe, les critiques pleuvent contre ce système. Les uns soulignent qu’il dénature le concept de nationalité et n’apporte aucun avantage social, puisque les bénéficiaires s’installent rarement dans le pays dont ils ont obtenu la nationalité. D’autres estiment qu’il pose un risque de sécurité pour le continent : "Vendre des passeports est inacceptable, et ceux qui en font la demande peuvent avoir des motifs cachés dangereux pour l’Europe", a affirmé Urmas Paet, une parlementaire estonienne.

Enfin, plusieurs scandales sont venus entacher la réputation de ces passeports d’un genre particulier. À Malte, des politiciens ont été accusés, en mai 2017, d’avoir obtenu des dessous-de-table pour délivrer les documents. Washington a dénoncé la vente de passeports de Saint-Kitts-et-Nevis à des criminels, qui se serviraient de cette deuxième nationalité pour commettre leur méfait de manière plus discrète.

Première publication : 18/09/2017

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