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Réformer l'ONU, mission impossible ?

© AFP | L'entrée en vigueur de la charte de l'ONU date de 1945.

Texte par Sarah LEDUC

Dernière modification : 19/09/2017

À la tribune des Nations unies, Donald Trump a exigé, lundi, la réforme de l'organisation considérée comme ankylosée et coûteuse, mais que personne n'est parvenue à transformer jusque-là. Réforme indispensable mais impossible ? Interview.

Réformer les Nations unies : un serpent de mer repris par l’administration Trump. Le président américain a ouvert le 18 septembre, à New York, une semaine de débats et de rencontres bilatérales entre les 193 membres sur la réforme de l'ONU, souvent critiquée pour ses lourdeurs administratives coûteuses et son inefficacité à gérer les crises.

Une réforme globale était déjà dans les tuyaux. Le secrétaire général, Antonio Guterres lui-même, avait prévu de soumettre à l'Assemblée générale des Nations unies des rapports sur une meilleure gestion des effectifs, une coordination accrue des instances chargées du développement et une approche plus transversale des domaines de la paix et la sécurité.

Une tentative dont nul ne se risque à prédire le succès, sachant qu’aucune réforme significative n’a encore jamais abouti. Même pendant les optimistes années 1990, après la disparition de l’URSS, l’espoir de rebattre les cartes de la communauté internationale régie par la charte de San Francisco a été déçu. Réformer, "n'est-ce pas se lancer dans des efforts voués à se briser sur le mur d’une Sainte Alliance des tenants du statu quo, États-Unis en tête, qui ne sont évidemment pas désireux de renforcer l’ONU […] ?", écrivait déjà en 2004 l’ancien ministre français des Affaires étrangères, Hubert Védrine.

Jean-Marc de la Sablière, représentant permanent de la France auprès des Nations unies de 2002 à 2007, ex-ambassadeur de France au Caire et à Rome, et auteur de "Indispensable ONU" (Plon, 2017), livre son analyse à France 24.

France 24 : Depuis l’entrée en vigueur de la charte des Nations unies, en 1945, à San Francisco, le monde s’est transformé. Pourtant, la charte n’a pas évolué. L’ONU est-elle une organisation toujours adaptée aux défis de notre époque ?

Jean-Marc de la Sablière : Précisons d’abord que lorsqu’on parle de l’ONU, on pense souvent à la question des crises. Pourtant l’ONU, c’est aussi le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR), les accords sur le climat, le développement durable, l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), etc. La gestion de crise, c’est ce qui se fait au Conseil de sécurité où existe le droit de veto pour les membres permanents. Pendant la guerre froide, on avait peu recours à l’ONU. Après l’effondrement de l’URSS dans les années 1990, l’ONU fonctionnait très bien. Aujourd’hui, nous sommes dans une période intermédiaire : il y a des terrains où les Casques bleus sont efficaces (comme en Côte d’Ivoire) et d’autres crises stratégiques où l’on s’enlise (comme en Syrie ou en Libye).

Donald Trump mais également Antonio Guterres affichent leur volonté de réforme. Quelles seraient les priorités selon vous pour améliorer l’efficacité de l’organisation ?

Trump et Guterres visent la réforme du secrétariat mais le plus important, c’est la réforme de l’organe phare : le Conseil de sécurité. Les discussions peuvent porter sur les méthodes de travail, le veto et sa composition. La réforme du veto – pour le limiter ou l’exclure dans certaines circonstances – est réclamée par une majorité d’États au nom de l’équité et de l’efficacité. Pourtant, c’est impossible. Ceux qui disent qu’on peut réformer le droit de veto se trompent. Aucun des États membres possédant ce privilège n’est prêt à y renoncer. Nous ne sommes pas dans un monde idyllique où tout le monde défendrait en permanence l’intérêt général.

Ce qui pourrait se faire en revanche – et serait souhaitable – c’est d’élargir la composition du Conseil de sécurité. Selon la formule la plus discutée, six nouveaux États pourraient devenir membres permanents, mais sans droit de veto, en raison de l’opposition des États-Unis, de la Chine et de la Russie. Cela pourrait concerner le Japon, l’Allemagne, l’Inde, le Brésil, l’Afrique du Sud et un autre État africain. Déjà tentée à deux reprises, la dernière fois en 2005, cette démarche n’a pas abouti. Il aurait fallu une majorité des deux tiers mais les pays africains ont bloqué, exigeant le droit de veto pour les nouveaux membres permanents.

La question se pose donc de savoir si l’ONU est réformable…

L’ONU a une capacité d’adaptation considérable. Elle a notamment inventé une force de maintien de la paix alors que cela n’était pas prévu par la charte. Les Casques bleus – même si des missions ont été entachées de scandales – adaptent en permanence leurs opérations sur le terrain et apprennent de leurs erreurs. L’ONU s’est également ouverte à la société civile et les ONG sont devenues des interlocuteurs incontournables. Mais il est vrai que ce dynamisme sur le terrain contraste avec la difficulté à accomplir des réformes institutionnelles.

Pourquoi est-il si difficile de réformer l’ONU ?

Il faut distinguer ce qui d'une part concerne le secrétariat général (qui fait fonctionner l'institution, NDLR) et d'autre part les principaux organes. Aujourd’hui, c’est la question de la réforme du secrétariat qui se pose. Et s’il y a des lourdeurs administratives certaines, le secrétariat a connu des aménagements fréquents.

En revanche, il est vrai qu’il reste très difficile de réformer les organes définis par la charte. Pour ce qui est de l’élargissement du Conseil de sécurité, il faut espérer que la réforme verra le jour, même si elle est difficile. Elle est indispensable car il faut que le Conseil reflète la communauté internationale. À terme, c’est la crédibilité du Conseil de sécurité qui est en jeu.

Sa crédibilité n’est-elle pas déjà remise en cause ? Depuis la Seconde Guerre mondiale, plus de 200 conflits ont déchiré le monde et, dans la majorité des cas, l’ONU est restée impuissante. L’Ukraine et la Syrie n’en sont que des exemples récents…

On a tendance à voir la bouteille à moitié vide. Mais si on effaçait l’ONU de la carte, les choses seraient bien pires ! Éliminez l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et essayez de vous faire vacciner contre la fièvre jaune ! Éliminez l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et essayez de prendre l’avion en toute sécurité ! Enlevez les Casques bleus même du Soudan du Sud, où cela ne se passe très bien, et qu'arriverait-il ? Un véritable chaos.
Aujourd'hui, il y a bien moins de conflits entre États qu’il y a 70 ans, et la plupart des conflits existants sont, au départ, internes. Malgré ses insuffisances, l’ONU reste indispensable.

Première publication : 19/09/2017

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