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EUROPE

Catalogne : une longue histoire de tensions avec Madrid

© Josep Lago, AFP | Des étudiants pro-indépendance dans les rues de Barcelone, le 22 septembre 2017.

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 22/09/2017

Les premiers problèmes entre la Catalogne et le pouvoir central espagnol remontent au XVe siècle mais c’est dans les années 2000 qu’est née la crise actuelle. Éclairage avec Barbara Loyer, spécialiste de la géopolitique de l'Espagne.

Des milliers de Catalans ont de nouveau réclamé, jeudi 21 septembre à Barcelone, l'organisation du référendum d'autodétermination interdit par Madrid. Le gouvernement séparatiste de Catalogne a toutefois reconnu, le même jour, que la vaste opération policière menée dans la région avait "altéré" l’organisation de la consultation initialement prévue le 1er octobre.

Une crise de plus dans l’histoire des relations complexes entre la Catalogne et le pouvoir central, estime Barbara Loyer, enseignante-chercheuse à l'Institut français de géopolitique à l'université Paris VIII et spécialiste de la géopolitique de l'Espagne.

À quand remontent les tensions entre le gouvernement catalan et le pouvoir central ?

Au XVe siècle, un roi d'ascendance castillane monte sur le trône d'Aragon dont le comté de Barcelone (actuelle Catalogne) faisait partie. Pour les catalanistes, c'est le début des problèmes. Mais c'est aussi une étape dans une longue histoire commune. Il y a eu diverses périodes de tensions ensuite, notamment au XVIIIe siècle, quand des élites catalanes se sont opposées à l'accession sur le trône d'un roi issu de la dynastie des Bourbons. Ce dernier, Philippe V, a gagné et aboli les libertés locales. Cette défaite du 11 septembre 1714 est commémorée chaque année depuis 1886 par les nationalistes catalans.

>> À lire sur France 24 : Carles Puigdemont : "La porte est ouverte pour dialoguer avec Madrid"

Au XIXe siècle, avec la perte du marché colonial - les Espagnols renoncent à leur souveraineté sur Cuba, Porto Rico, Guam et les Philippines en 1898 - la bourgeoisie catalane, frustrée, va utiliser le nationalisme catalan comme levier pour peser politiquement vis-à-vis des élites du reste de l’Espagne. C’est la naissance du nationalisme catalan contemporain, organisé et structuré. Mais ces histoires anciennes n’expliquent pas la crise d’aujourd’hui : il n'y a pas de déterminisme historique mais des faits historiques mobilisés pour construire un projet géopolitique sécessionniste.

Qu’est-ce qui a précipité la crise actuelle ?

Depuis les années 2000, il y a tout une conjonction de phénomènes politiques et économiques. D’une part, José Luis Zapatero, devenu chef du gouvernement espagnol en 2004, engage une phase de révisions des statuts d'autonomies. Le nouveau statut d’autonomie de la Catalogne, qui remplace celui de 1979, est rédigé par un gouvernement catalan de coalition : socialistes, nationalistes de gauche (ERC) et communistes-verts.

Adopté par le Parlement catalan, puis par les députés de Madrid en mars 2006, le nouveau statut d’autonomie de la Catalogne comporte 223 articles, au lieu de 57 dans celui de 1979. Mais le Parti populaire saisit le Tribunal constitutionnel espagnol qui, en 2010, retoque 14 articles jugés "inconstitutionnels" : les juges réfutent ainsi toute valeur juridique à la référence à la Catalogne comme "nation", rejettent le catalan comme langue préférentielle dans l’administration et excluent la mise en place d’un système judiciaire catalan totalement indépendant. La décision du Tribunal constitutionnel entraîne une grande manifestation à Barcelone sur le thème : "Nous sommes une nation, nous décidons."

Entre temps, avec la crise économique de 2008, tout un nouveau pan l’opinion catalane a commencé à tendre l’oreille à des discours séparatistes radicaux jusque-là ignorés, car les mesures prises par Madrid pour en limiter les effets entraînent un contrôle central sur les dépenses publiques des communautés.

Comment expliquer ces revirements successifs ?

La Constitution espagnole de 1978 définit le processus par lequel des provinces se regroupent en communautés autonomes mais ne structure pas les relations entre le pouvoir central et les communautés autonomes puisque la plupart n'existaient pas au moment de l'adoption de la Constitution. Le texte reconnaît néanmoins l'existence de nationalités tout en qualifiant la "nation espagnole" d'"indivisible".

Dès lors, les relations entre le pouvoir central et les pouvoirs locaux se sont construites au coup par coup, lorsque les partis majoritaires avaient besoin des partis nationalistes minoritaires pour voter l'investiture du Premier ministre, et sans réflexion politique d'ensemble sur l’Espagne. Les communautés autonomes basques et catalanes disposent ainsi de compétences très larges.

Avec l'opération de la Guardia civil, des voix dénoncent une résurgence du passé franquiste. Qu’en pensez-vous ?

Ces accusations de totalitarisme n’ont pas de sens. Le gouvernement catalan multiplie les actes de désobéissance. Il est logique que le gouvernement central cherche à appliquer la loi au maximum de ce qu'elle permet. L’exécutif aurait pu recourir à l’article 155 de la Constitution qui prévoit que le gouvernement d’Espagne peut prendre le contrôle des institutions catalanes mais cela aurait pris plus de temps. Il prendra peut-être cette décision plus tard.

De nombreux Catalans appellent le gouvernement de Madrid à agir et estiment qu’il aurait même dû le faire plus tôt. Même le Parti socialiste, qui est le premier parti d'opposition, a apporté son soutien aux conservateurs pour défendre l'État de droit. Mais la situation est grave parce que l'extrême gauche fait du référendum une question de principe.

Le parti Podemos dépend au Parlement de Madrid de ses alliés régionaux, son leader a donc décidé d'interpréter les mesures gouvernementales comme une répression illégitime. Les séparatistes catalans trouvent donc des alliés dans l'extrême gauche qui espère ainsi affaiblir le Parti socialiste. Il s'agit d'une partie de billard compliquée et risquée car certains acteurs politiques ont intérêt à provoquer des affrontements et des actes de répression. L'avenir immédiat est très incertain.


Les grandes dates de la montée de l’indépendantisme catalan

Mars 2006 : Le Parlement espagnol adopte un nouveau statut renforçant l'autonomie de la Catalogne, dont le préambule la définit comme "nation" à l'intérieur de l'État espagnol.

Juillet 2006 : le Parti populaire (PP) du conservateur Mariano Rajoy - alors dans l'opposition - conteste le nouveau statut devant la Cour constitutionnelle. Mariano Rajoy le décrit comme "l'antichambre du démembrement de l'Espagne".

Juin 2010 : la Cour constitutionnelle annule une partie du statut catalan. Elle conclut que la référence à la Catalogne comme "nation" n'a "aucune valeur juridique". Elle rejette l'usage du catalan comme langue "préférentielle" dans les administrations et les médias. Nombre de Catalans le vivent comme "une humiliation" et, le mois suivant, des centaines de milliers manifestent aux cris de "Nous sommes une nation, nous décidons".

11 septembre 2012 : Plus d'un million de personnes manifestent à Barcelone à l'occasion de la fête de la Catalogne, avec pour slogan "Catalogne, nouvel État d'Europe", alors que Mariano Rajoy dirige l'Espagne depuis fin 2011 et mène une politique d'austérité drastique.

20 septembre 2012 : Mariano Rajoy refuse de négocier avec le président catalan Artur Mas une plus grande autonomie budgétaire de la Catalogne, souhaitant le même cadre fiscal que le Pays basque et la Navarre qui gèrent entièrement leurs impôts. Artur Mas remporte ensuite les élections régionales anticipées de novembre en promettant un référendum d'autodétermination.

9 novembre 2014 : la Catalogne organise une consultation symbolique, déclarée anticonstitutionnelle. Le taux de participation est d'environ 35 %. Près de 80 % des votants, soit 1,8 million de Catalans, se prononcent pour l'indépendance.

27 septembre 2015 : L'ensemble des partis indépendantistes - de gauche et de droite - obtiennent 47,6 % des voix et deviennent pour la première fois majoritaires en sièges au Parlement régional.

9 novembre 2015 : le Parlement catalan adopte une résolution déclarant le lancement d'un processus devant aboutir à la création d'"un État catalan indépendant prenant la forme d'une république" au plus tard en 2017. La Cour constitutionnelle l'annulera.

10 janvier 2016 : un séparatiste de longue date, Carles Puigdemont, devient président de la région.

Juin 2017 : Carles Puigdemont annonce la tenue d'un référendum d'autodétermination le 1er octobre en dépit de son interdiction, posant la question : "Voulez-vous que la Catalogne soit un État indépendant sous forme de république ?" En cas de victoire du "oui", et si le taux de participation n'est pas "ridicule" selon lui, la région amorcera la "déconnexion" d'avec l'Espagne. Madrid assure que le référendum ne se tiendra pas.

6 septembre 2017 : le Parlement régional adopte la loi organisant le référendum et Puigdemont le convoque, pour le 1er octobre. Le 7 septembre, la Cour constitutionnelle accepte la demande du gouvernement de "suspendre" la loi.

13 septembre 2017 : le Parquet catalan ordonne à la police d'empêcher le référendum en saisissant urnes, bulletins, propagande électorale... et le Parquet général menace d'arrestation les maires disposés à organiser le référendum. Dans les jours suivants, les forces de l'ordre multiplient les perquisitions et saisies de matériel électoral en Catalogne.

20 septembre 2017 : l'arrestation de 14 hauts responsables catalans et la saisie de millions de bulletins de vote déclenchent des manifestations spontanées de plusieurs milliers de Catalans. Le lendemain, le vice-président catalan Oriol Junqueras admet que l'organisation du vote est "altérée".

Première publication : 22/09/2017

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