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Colombie: jazz et son caraïbe swinguent à Mompox, muse de Garcia Marquez

© AFP / Par Daniela QUINTERO | La petite ville coloniale de Mompox, sur le fleuve Magdalena, le 23 septembre 2017 en Colombie

SANTA CRUZ DE MOMPOX (COLOMBIE) (AFP) - 

Sur les rives languissantes du fleuve Magdalena, le jazz et le rythme caribéen du porro se mêlent à Mompox, réveillant chaque année cette petite ville coloniale de Colombie "dont nous rêvons parfois, mais qui n'existe pas" selon Gabriel Garcia Marquez.

"Je suis venu pour le jazz", mais Mompox "c'est un lieu magique", s'enthousiasme Santiago Concha, un avocat de 46 ans venu jusque là en petit avion depuis Carthagène des Indes, la perle de la côte des Caraïbes, à 317 km au nord.

Isolé sur la plus grande île fluviale d'Amérique latine, ce bourg où le temps semble s'être arrêté est l'une des étapes du périple du "Général dans son labyrinthe" de Gabriel Garcia Marquez.

Mompox, fondé au XVe siècle par les conquistadors espagnols et classé en 1995 au patrimoine de l'Humanité par l'Unesco, se mérite: le voyageur d'aujourd'hui n'y parvient qu'en bateau par le Magdalena, principal fleuve du pays, ou après quatre heures de route depuis Valledupar, soit encore en vol privé.

Ses arches, portiques et fenêtres en fer forgé, incrustés dans des façades blanches ou ocres, ont aussi servi de décor au film de Francisco Rosi "Chronique d'une mort annoncée", inspiré d'une autre oeuvre du prix Nobel de littérature colombien.

- Fleuve d'inspiration -

Au son du porro, une famille de musiciens accueillent touristes et amateurs de jazz venus assister au festival organisé cette année du 21 au 23 septembre.

Rythme allègre et métissé, le porro contraste avec la mélancolie du jazz, né sur les rives d'un autre grand fleuve, le Mississippi aux Etats-Unis.

Mais comme le swing de Louis Armstrong ou Miles Davis, il est né de la résistance à l'oppression, en l'occurrence celle des colons espagnols qui ont occupé cette région plus de trois siècles et fait de Mompox l'un des principaux ports fluviaux de l'époque, par où transitait l'or de la conquête.

"Ces tambours qui résonnent évoquent la musique noire, indigène et espagnole", explique à l'AFP Samuel Marmol Villa, musicien au teint couleur pain d'épice, né à Mompox il y a 63 ans.

Si Gabo, comme l'appelle affectueusement les Colombiens, cite le village dans son oeuvre, l'écrivain n'y a pas laissé de trace et personne ne se souvient qu'il l'ait visité un jour.

Garcia Marquez a fait passer son général par Mompox car ce fut la première localité à déclarer son indépendance de la couronne espagnole en 1810 et qu'elle est connue pour sa tradition de résistance, en musique.

Les gens du cru parlent encore de leur ville de 40.000 habitants comme d'une "île" où, jusqu'à la construction de la route il y a deux ans, il n'était possible d'arriver que par le Magdalena.

"Le fleuve est l'inspiration de chacun d'entre nous qui vivons au bord de ses eaux", assure Samuel Marmol Villa.

- Rythmes africains -

Bien que Mompox soit loin de tout, les autorités locales ont voulu lancé en 2011 le festival de jazz parce que c'est un "style libre qui permet le rapprochement avec d'autres langages musicaux", précise Lucy Espinoza Diaz, directrice de l'Institut de la culture et du tourisme du Bolivar.

Santa Cruz de Mompox, nom officiel du village, n'accueille pas des milliers de visiteurs comme le festival international de musique de Carthagène, chef-lieu du département et autre joyau de l'architecture coloniale.

Mais les Momposinos sont fiers de leur fleuve et de l'"héritage" métissé légué par les conquistadors espagnols et les Africains descendants des esclaves.

"Le jazz est une composante importante de la diaspora africaine, et la musique traditionnelle de Mompox a ces origines africaines", ajoute Jovany Rojas, directeur de l'atelier municipal qui incite les jeunes à renouer avec les techniques ancestrales, dont l'art de la joaillerie en filigrane.

Dans les rues et sur les places du village, des centaines de visiteurs se sont mêlés aux habitants pour écouter les musiciens cubain Pedrito Martinez et dominicain Eddie Herrera qui, samedi, clôturaient le festival.

Avec sa coupe afro et sa voix montant dans les aigus, la chanteuse américaine Cecile Alexa avait déjà emballé le public vendredi.

"Du fait de l'esclavage, les rythmes africains sont partout", a-t-elle déclaré à l'AFP. Pour elle, musiciens de jazz et caribéens s'accordent: "Ce sont des gens avec les mêmes racines, mais des expériences différentes, qui créent quelque chose de nouveau".

Par Daniela QUINTERO

© 2017 AFP