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La gravité de la situation de Porto Rico après l'ouragan Maria échappe toujours à Donald Trump

© Capture d'écran Instagram / @Realdonaldtrump | Donald Trump lors de son adresse hebdomadaire du 29 septembre 2017, à propos de Porto Rico.

Vidéo par Sérine BEY

Texte par Valentin GRAFF

Dernière modification : 01/10/2017

Dix jours après le passage de l’ouragan Maria à Porto Rico, Donald Trump continue d’être critiqué pour sa gestion des opérations de secours. Loin de présenter des excuses, il a renvoyé samedi la faute sur les autorités locales.

La situation sur l’île de Porto Rico, frappée début septembre par deux ouragans successifs, Jose et surtout Maria, reste très préoccupante. À tel point que Carmen Yulin Cruz, la maire de la capitale San Juan, s’est adressée directement au président américain Donald Trump, vendredi 29 septembre, pour lui demander d’intervenir, sans quoi "ce à quoi nous allons assister pourra s’apparenter à un génocide".

Les mots, glaçants, sont ceux d’une responsable portoricaine démunie, dont la ville compte 10 % des 3,4 millions d'habitants de Porto Rico. Ils reflètent l’impuissance des pouvoirs publics de l’île, dix jours après les dernières bourrasques de Maria. Les destructions sont considérables, la tempête a fait au moins 13 morts, mais les secours, et les vivres, tardent à arriver sur le petit territoire.

Un "État libre associé"

Car c’est bien d’un territoire dont il s’agit, et non d’un pays, ni encore du 51e État américain. Porto Rico a un statut hybride, officiellement rattaché aux États-Unis en 1952 mais seulement en tant qu’"État libre associé", non comme membre de l’Union. De fait, après le passage des ouragans Harvey au Texas, et Irma en Floride, très médiatisés et surtout suivis de l’intervention efficace des forces armées américaines, les Portoricains ont eu le sentiment d’être des citoyens de seconde zone.

En cause, la lenteur de l’envoi de personnels militaires fédéraux, mais aussi l’apparent mépris de Donald Trump pour les victimes de ce sinistre : après avoir déclaré l’état d’urgence au lendemain du passage de l’ouragan, le président américain a semblé dénigrer les Portoricains. Cinq jour après les événements, Trump écrivait sur Twitter : "Le Texas et la Floride vont très bien mais Porto Rico, qui souffrait déjà [avant le passage de l’ouragan, NDLR] d’infrastructures défectueuses et d’une dette massive, va avoir de gros ennuis…"

Cette manière de se désolidariser du devenir de l’île, pourtant territoire américain, a contribué au sentiment des Portoricains de ne pas être des Américains à part entière. "Le fait que Trump ait très rapidement rappelé sur Twitter le niveau de la dette de Porto Rico est très mal passé auprès des habitants", explique à France 24 Audrey Célestine, politiste et maîtresse de conférences à l’université de Lille, spécialiste des relations entre les États-Unis, la France et leurs territoires d’outre-mer.

Cinq jours après ce tweet malheureux, Donald Trump est plus que jamais critiqué pour la lenteur et la faiblesse de sa réaction. La situation, sur l’île, est catastrophique. La population manque d’eau, de nourriture et de carburant, pourtant censé alimenter les générateurs de secours supposés, eux, pallier la défaillance du réseau électrique. "L'île n'est pas dénuée de tous biens de première nécessité, rapporte Audrey Célestine, mais seule l'armée a les moyens logistiques de les distribuer dans tout le pays. Et les premiers secours, en la personne des soldats américains, ont tardé à arriver sur place."

Formules alarmantes

On ne peut pourtant pas reprocher aux responsables locaux d’avoir minimisé les risques, ni les dégâts. Les formules alarmantes se sont en effet multipliées : les autorités portoricaines annonçaient s’attendre la "tempête la plus dévastatrice du siècle" avant même que Maria touche leurs côtes, puis Porto Rico "anéanti", avec une dévastation "pratiquement absolue" de la capitale, selon sa maire.

"Nous avons commencé à réagir environ quatre jours trop tard", a regretté sur les ondes de la radio NPR le général en retraite Russel Honoré, qui avait été en charge des opérations militaires de secours après le passage en 2005 de l’ouragan Katrina sur la Louisiane. Un retard de réaction que l’on peut en partie expliquer, selon Audrey Célestine, par l’absence de représentation politique à Washington de l’île de Porto Rico. Alors même qu’ils bénéficient de la citoyenneté américaine, ses habitants n’élisent en effet ni sénateur, ni membres du Congrès. Encore moins le président américain.

"Comme les Portoricains n’ont pas de représentant au congrès, ils n’ont personne pour passer des coups de fil et mettre la pression. Ils n’ont pas la possibilité de faire émerger une voix forte au sein de Washington D.C. pour donner de la visibilité à leur situation", insiste Audrey Célestine. Autant de raisons pour expliquer qu’ils ne se sentent guère entendus par Donald Trump. Et qu’à l’inverse, ce dernier leur accorde peu d’attention.

Réveil, déni puis colère

Attaqué de toute part, Donald Trump a eu plusieurs réponses pour compenser le caractère tardif de sa réaction. Il a d’abord semblé se réveiller, annonçant successivement le 26 et le 28 septembre qu’il se rendrait à Porto Rico le 3 octobre et qu’il levait temporairement l’application du décret Jones Act de 1920. Cette loi empêche un bateau n’ayant pas été fabriqué aux États-Unis, n’étant pas possédé par un Américain ou pourvu d’un équipage américain, d’approvisionner directement les ports de l’île sans payer une taxe indécente, ce qui contribuait à compliquer l’envoi de l’aide matérielle.

Puis, il s’est longuement félicité sur Twitter des efforts des secouristes, inondant son fil Twitter de vidéos et de photographies montrant des opérations de secours menées par l’armée américaine. Il est même allé jusqu’à tweeter, vendredi 29 septembre : "Le gouverneur de Porto Rico vient de déclarer : 'L’administration [fédérale] et le président, chaque fois qu’on a demandé quelque chose, ils ont répondu présent'". Ce même gouverneur, Ricardo Rosselló, a pourtant ensuite nuancé son propos sur MSNBC : "La réponse [du gouvernement fédéral] n’est toujours pas là où elle devrait être, certainement pas."

Enfin, Donald Trump s'est mis en colère, ripostant aux attaques de la maire de San Juan et lui renvoyant la responsabilité de l’échec des opérations de premiers secours : "Gestion catastrophique de la maire de San Juan, et d’autres à Porto Rico, qui ne sont pas capable de mobiliser leurs employés pour aider. Ils veulent que tout soit fait pour eux quand il devrait s’agir d’un effort collectif."

Le président des "alternative facts" s’est enfin tourné contre sa cible favorite, les médias, qu’il a accusé de colporter des "fausses nouvelles (fake news) sur les premiers secours", juste pour "se payer Trump". Les Portoricains ne devraient pas être surpris que le président qu’ils n’ont pas choisi finisse une nouvelle fois par tout ramener à lui-même.

Première publication : 30/09/2017

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