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EUROPE

"Les mossos sont devenus des policiers politiques" : témoignage d’une officière catalane unioniste

© AFP | Une policière catalane unioniste raconte la difficulté de travailler chez les mossos.

Texte par Ségolène ALLEMANDOU

Dernière modification : 10/10/2017

Écornant l’image pacifique de la police catalane, une officière dénonce l’ambiance tendue qui règne chez les mossos. Après vingt ans de métier, cette unioniste a décidé de quitter les mossos devenus trop "politisés".

Les mossos d’esquadra ("les jeunes hommes d’escadron") ont été placés sous le feu des projecteurs, en août 2017, lors des attentats de Barcelone. Premiers à intervenir sur les lieux de l’attaque, à sécuriser les lieux, à organiser les secours, à encadrer les opérations…. Ces officiers chargés d’assurer la sécurité dans toute la Catalogne sont devenus des héros. Lors du référendum sur l’indépendance, ces policiers tiraillés entre leur loyauté envers le gouvernement catalan et leur devoir de faire respecter la loi espagnole se sont distingués en laissant les Catalans se rendre aux urnes.

Après vingt-et-un ans chez les mossos, une policière catalane de 48 ans, qui préfère garder l’anonymat, raconte "la dérive séparatiste" des mossos.

>> À lire aussi sur France 24 : les indépendantistes, un mouvement aux voix discordantes

France 24 : En optant pour une attitude pacifique lors du référendum d’autodétermination, les mossos d’esquadra cultivent leur image de héros, contrairement à la police nationale pointée du doigt pour sa répression violente. Partagez-vous ce point de vue ?

C’est sûr que toutes les vidéos sur la journée du 1-O  référence à la date du référendum, le 1er octobre, et à une souhaitée victoire du "oui" à l'indépendance, NDLR) qui circulent sur le Web défendent la cause indépendantiste. On voit la police nationale faire usage des armes mais il faut se rendre compte de ce qui se passe en dehors du cadre. Dimanche 1er octobre, les mossos ont appelé la police nationale et la Guardia Civil pour demander de l’aide en arguant qu’ils n’arrivaient pas à entrer dans des bureaux de vote. La police nationale est donc intervenue. Et pendant ce temps, les mossos sont restés en retrait ….pendant que tout le monde filmait. Donc, non, les mossos ne sont pas des policiers pacifiques. Ce sont surtout des traîtres. Nous n’avons pas fait notre travail, nous n’avons pas respecté la loi de l’État de droit.

Pourtant, le lendemain, lorsque les étudiants ont manifesté devant les camions de la police nationale pour dénoncer les violences, ils se sont interposés pour éviter toute altercation…

Cette fois-là, ils ont juste fait leur travail de protection. Tout dépend des ordres des supérieurs. Nous sommes de simples exécutants qui suivons les ordres donnés par nos supérieurs à la radio. Parfois, on nous dit de respecter la loi. Parfois, on nous dit de ne pas la respecter. Mais jamais par écrit.

Comment expliquez-vous ces directives ?

Pour comprendre l’inaction des mossos le 1er octobre, il faut remonter quelques temps en arrière. En août 2016, le chef de la police catalane Josep Lluis Trapero [entendu vendredi 6 octobre par la justice pour sédition lors du vote du 1-O, NDLR], a été pris en photo à une fête organisée par une ancienne députée du parti de gauche indépendantiste (ERC), Pilar Rahola, à laquelle étaient également conviés Carles Puigdemont ainsi que d’autres acteurs politiques indépendantistes et des journalistes.

Depuis, la dérive nationaliste s’installe chez les mossos, qui sont devenus des policiers politiques. En juillet dernier, le directeur des mossos, réputé modéré, Albert Batlle, a été contraint à la démission pour être remplacé par un sécessionniste radical, Pere Soler. Dès son entrée en fonctions, il a prévenu que la priorité était désormais de protéger les citoyens qui aspiraient à faire du référendum un acte démocratique.

Dans quelle ambiance travaillent les mossos ?

Au quotidien, le travail est très difficile car les mossos sont divisés sur la question indépendantiste, surtout à Barcelone où 60 % respectent, comme moi, la loi espagnole et 40 % sont indépendantistes. Dans la ville de Gerone, c’est plutôt 10-90. Résultat : les tensions sont vives. Les sécessionnistes estiment que l’Espagne est un ‘cancer’ pour la Catalogne. Mon supérieur me traite de 'colonisatrice' car mes parents sont de Madrid et il estime que je ne m’adapte pas suffisamment comme je ne parle pas catalan. Chez les mossos, la haine des Espagnols est palpable comme dans le reste de la société catalane.

Le plus dur, c’est qu’ils parlent librement sur les réseaux sociaux, ils insultent les unionistes et critiquent les partis politiques qui ne partagent pas leurs opinions. Mais bizarrement, personne ne dit rien. En revanche, quand un non-indépendantiste donne son opinion, il est immédiatement sanctionné.

Est-ce actuellement votre cas ?

À la suite des commentaires que ma mère a écrits sur mon profil Facebook pour défendre l'intégrité de l'Espagne et insulter Carles Puigdemont en janvier, j’ai été suspendue. Je me suis défendue en arguant que je n’étais pas l’auteure de ces lignes et qu’elles avaient été écrites en dehors de mon temps de travail. C’était trop tard, l’affaire avait été diffusée dans la presse. J’ai été suspendue et mon salaire a été gelé pendant plusieurs mois. J’ai été mutée à 140 kilomètres de mon domicile, puis un peu plus près, mais cette sanction est disproportionnée et complètement injuste. Sans compter que je suis une mère célibataire.

Aujourd’hui, je n’aspire qu’à une seule chose : quitter les mossos pour rejoindre la Guardia Civil ou la police nationale. Je ne suis pas la seule à vouloir changer. Pour faire carrière chez les mossos, il faut être indépendantiste. Il n’y a pas d’avenir pour moi ici. Je veux être valorisée pour mon travail et non pour mes opinions politiques.

Première publication : 06/10/2017

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