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Des étudiants rescapés d'Irma quittent les Caraïbes pour un coin pluvieux d'Angleterre

© AFP / Par Mark MCLAUGHLIN | Des étudiants en médecine transférés de l'île Saint-Martin dans les Caraïbes à Preston, au Royaume-Uni, le 5 octobre 2017

PRESTON (ROYAUME-UNI) (AFP) - 

Quand ils se sont inscrits à l'université dans les Caraïbes, ils pensaient arriver dans une île paradisiaque... Jusqu'à ce que l'ouragan Irma dévaste Saint-Martin et qu'ils se retrouvent dans un coin pluvieux du nord de l'Angleterre.

Plus de 700 étudiants et membres du personnel de l'université américaine de l'école de médecine des Caraïbes (AUC) ont dû parcourir 6.400 kilomètres pour poursuivre leurs études dans une école de médecine de Preston, une ville de 140.000 habitants au nord-ouest de l'Angleterre.

Lorsque l'ouragan de catégorie 5 a détruit les infrastructures de l'île, les responsables de l'université n'ont trouvé nulle part où aller, alors ils ont contacté leurs partenaires d'échanges internationaux, les hôpitaux du Lancashire ainsi que l'université locale.

"Nous leur avons dit, eh bien, pourquoi ne pas transférer toute l'école ici", a expliqué le professeur Mike Thomas, président de l'université du centre du Lancashire. "Tout s'est passé en neuf jours, et nos étudiants se sont montrés vraiment accueillants. Les étudiants qui sont venus des Caraïbes avaient visiblement été traumatisés (...) et nous les avons accueillis du mieux que nous avons pu".

En racontant à l'AFP la journée du 6 septembre 2017, qu'elle a bien cru être sa dernière, Debbrah Bergeron, 33 ans, originaire de San Diego, en Californie, réprime ses sanglots. "J'étais sûre que nous ne nous en sortirions pas", dit-elle.

- 'Je me moque de la pluie' -

"J'étais parmi les étudiants qui étaient restés sur le campus mais quand l'ouragan est arrivé, nous avons réalisé que c'était une grosse erreur. Quand l'oeil de l'ouragan est passé, nous avons regardé à l'extérieur et la plupart des bâtiments avaient perdu leurs fenêtres et leurs balcons. Des morceaux de bâtiments avaient été arrachés par la tempête", raconte-t-elle.

"Nous savions que la seconde moitié de la tempête serait encore plus violente, et à la fin, nous étions six, réfugiés dans une salle de bain au centre de la maison. C'était le moment le plus effrayant de ma vie, et quand ce fut terminé, le soulagement a été incroyable".

La tempête a tué 124 personnes sur son passage dans les Caraïbes et en Floride et les bâtiments de l'université résistants aux ouragans ont été utilisés d'abord comme abri puis comme hôpital de fortune. Les étudiants ont été évacués par l'US Air force et se sont envolés pour Porto Rico puis pour Chicago pour finalement arriver à Preston.

Loin de regretter l'azur caribéen, certains disent préférer la vie sous le ciel gris anglais.

"Preston est très sympa", assure Debbrah Bergeron. "J'adore toutes les échoppes familiales et les gens dans les magasins sont très amicaux. J'ai l'impression de les connaître. Je connais tous les noms des gens dans le magasin où j'achète mon repas, et c'est quelque chose qui n'existe pas dans une ville comme San Diego", dit-elle. "Et je me moque de la pluie, franchement".

- Jargon et petits pois -

Pour Victoria Jordan Smith, 25 ans, originaire de Louisiane, l'important c'est qu'"il n'y a pas d'ouragan à Preston". "Il y a du vent, il pleut et il fait froid. Je n'aime pas du tout le froid, je viens d'un endroit très chaud, mais je n'ai pas vraiment envie de me retrouver de nouveau dans un ouragan".

Les étudiants ont commencé à s'initier au dialecte local et goûté à quelques unes des spécialités du coin comme les "parched peas", les petits pois noirs trempés dans du vinaigre, du sel et du beurre.

Nathaniel Minigh, 25 ans, d'Orlando, en Floride estime que "pour une ville qui est si froide, les gens sont vraiment chaleureux". "J'adore le jargon anglais. On appelle les frites chips, et le soccer football". "L'autre jour, nous avons rencontré des gens dans un pub qui étaient fans de football américain, et c'était super sympa de tisser des liens autour de quelque chose comme le sport".

Seamus Murphy, 40 ans, qui sert des "parched peas" et des pommes de terre sur un stand de la place du marché, affirme que les étudiants ont apporté un "vrai bourdonnement" à la ville. "Les gens entendent un accent différent, et ils vont à leur rencontre sur la place et leur demandent ce qu'ils font".

Par Mark MCLAUGHLIN

© 2017 AFP