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Afrique

Homosexualité en Algérie : "On est obligé de vivre dans le mensonge à cause de la société"

© Punit Paranjpe, AFP

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 11/10/2017

Comme chaque année, la communauté LGBT algérienne (lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels) célèbre TenTen, sa journée nationale de solidarité. France 24 a retrouvé Amelle, lesbienne trentenaire qui s'apprête à faire un mariage de convenance.

On les appelle les mariages de convenance ou mariages "rainbow". Chaque année, des centaines voire des milliers d’hommes et de femmes homosexuels se marient en Algérie pour face à la pression sociale, familiale. Dans un pays où l’homosexualité est un délit - passible d’une peine de deux mois à deux ans de prison et d'une forte amende - épouser une personne du sexe opposé est devenu l’alternative à un coming out, synonyme de mise au ban de la société. À l’occasion de TenTen,  la 11e journée de solidarité avec les LGBT algériens (lesbiennes, gays, bisexuels et transexuels), célébrée mardi 10 octobre à l’initiative de l’association Alouen, France 24 a retrouvé Amelle*, qui nous avait livré son histoire il y a trois ans.

>> Homosexualité en Algérie : "Je reste célibataire pour ne pas souffrir"

Aujourd’hui âgée de 31 ans, la jeune femme aborde un nouveau chapitre dans sa vie. Elle s’apprête à se marier. Non pas avec une femme comme elle pourrait le faire si elle vivait dans un pays où le mariage entre deux personnes de même sexe est autorisé, mais avec Farid*, 34 ans, homosexuel comme elle. "J’ai fini par trouver un gay. Je l’ai rencontré il y a deux ans grâce à un ami. Il a fait les présentations et le courant est très bien passé", raconte Amelle. Celle qui rêvait de trouver un homme qui comme elle aspirerait à avoir une véritable vie de famille, a trouvé la perle rare. Une personne avec les mêmes principes et surtout la même aspiration : devenir parent.

Avoir un enfant, "le but" de ce mariage

"La première chose qui a été claire entre nous, c’est le désir d’enfant. Je lui ai dit que je cherchais un père pour mes enfants et que c’était le but de ce mariage. Être une femme en Algérie est déjà difficile, alors être mère célibataire est encore plus dur !" Amelle aurait pu opter pour l'adoption mais comme dans de nombreux autres pays, c'est une procédure longue et fastidieuse pour les couples en Algérie. Une gageure quand il s’agit de célibataire. "Farid avait fait auparavant des démarches pour adopter seul mais en tant qu’homme célibataire, il n’a pas réussi. On va donc faire une sorte de famille homoparentale, précise Amelle. Rien ne m’oblige à avoir une sexualité. Nous sommes d’accord là-dessus. Je compte faire une insémination artificielle. Ma gynécologue sait que je suis lesbienne et m’a dit qu’elle allait tout organiser. Elle connaît toute l’histoire".

Une fois les bases du contrat établies, tout est allé assez vite. Farid a été présenté à sa famille. "C’est quelqu’un de très gentil. Ma famille l’a adoré et l’a immédiatement adopté". Comme le veut la tradition, il est venu avec ses parents demander la main d’Amelle. Fiancés en mars 2017, ils s’apprêtent à se dire oui en février 2018. À l’instar de Farid, Amelle n’a jamais fait son coming out. "À part ses amis proches, personne ne sait qu’il est homosexuel. C’est un peu comme moi ! J’ai quelques cousins qui le savent et qui me soutiennent. Mes proches m’ont dit que c’était une bonne chose pour que je puisse mener ma petite vie tranquille. Quant à ma mère, je suis sûre que même si elle ne le montre pas, elle le sait", confie-t-elle en insistant sur le bonheur, le "soulagement" suscité par l’annonce de son mariage. Pour rassurer sa mère, la jeune femme n’hésite pas à édulcorer la réalité. Car après tant d’années de célibat, la famille rêve d’une love-story, sans doute à la façon d’une comédie romantique. À la sempiternelle question "Es-tu amoureuse ?", Amelle répond donc sans hésitation. "Si je me marie, c’est que c’était évident. Je lui ai répondu que maintenant j’avais trouvé la bonne personne."

"Chacun va gérer sa vie à sa manière"

À 31 ans, la jeune femme a gagné une certaine forme de liberté. Si elle n’est toujours pas libre de vivre sa vie sentimentale ou sexuelle au grand jour, elle est désormais un peu plus libre de ses mouvements. La société patriarcale, profondément islamisée, laisse peu de place à l’épanouissement de la femme. Ses rapports autrefois délicats avec sa mère, ont gagné en simplicité. "Quand je sortais avec des copines, elle appelait tout le temps pour savoir où j’étais, avec qui, si elle les connaissait. Maintenant, elle ne me prend plus tête. D’ailleurs, à l’avenir quand je sortirai avec des filles, je lui dirai que je sors avec lui comme ça elle n’appellera plus !"

Quant à l’amour, Amelle en parle peu. Elle semble presque s’en être affranchie. Elle évoque de "petites amourettes, par-ci par-là, mais rien de sérieux". La trentenaire aspire toujours à rencontrer "la bonne personne" mais insiste sur la "satisfaction" procurée par son mariage. "Le but de tout ça, c’est d’avoir un enfant. Je n’aurai plus de comptes à rendre. Après, ce qui se passe au sein de notre couple ne regarde personne. Chacun va gérer sa vie à sa manière et personne ne demandera des comptes à l’autre. Au regard des autres, on sera une famille comme les autres. Le plus important, c’est le respect mutuel".

Pour vivre heureux, Amelle et son fiancé devront donc vivre cachés. Un choix douloureux mais assumé. "Je n’ai pas peur, insiste-t-elle. On est obligé de vivre dans le mensonge à cause de la société. Quand on ne peut pas avoir ce qu’on veut, on prend ce que l’on peut."

*les prénoms ont été changés.

Première publication : 10/10/2017

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