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FRANCE

Audrey Azoulay, une femme de culture et de cinéma à la tête de l'Unesco

© Lionel Bonaventure, AFP | Audrey Azoulay lorsqu'elle était ministre française de la Culture, le 9 mai 2016.

Vidéo par Laure MANENT , Kévin BAPTISTA

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 14/10/2017

L'ancienne ministre de la Culture Audrey Azoulay a été élue vendredi à la présidence de l'Unesco. Forte de son parcours professionnel entièrement dédié à la culture, la Française a su faire consensus. Portrait.

Audrey Azoulay victorieuse à la photo-finish de la course à la présidence de l'Unesco. Cette hypothèse, très ambitieuse lors de l’entrée en campagne de l’ancienne ministre française de la Culture, est devenue réalité .

Vendredi 13 octobre, elle a battu le candidat qatari Hamad bin Abdulaziz al-Kawari 30 voix contre 28 lors du cinquième tour de l'élection pour la direction de l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.

"A. Azoulay hérite d'une institution mal en point"

>> À lire sur France 24 : "Élections à la tête de l’Unesco sur fond de querelles diplomatiques"

Lors de cette semaine de campagne, Audrey Azoulay a su combler le retard qu'elle accusaitsur les favoris, parvenant même à se placer même en tête mercredi à l'issue du troisième tour.

La Française de 45 ans revient pourtant de loin. Sa candidature a été déposée in extremis auprès de l’organisation fragilisée par ses dissensions politiques, à la date limite du 15 mars. Alors ministre de la Culture de François Hollande, elle n'a pu se consacrer pleinement à sa campagne qu'à partir du mois de mai, après la passation de pouvoir avec Françoise Nyssen.

"Elle s'est lancée sans moyens, autant dire en brasse coulée. Mais elle a un vrai projet, et de plus en plus de soutiens. On commence à se dire que c'est jouable", pointait l'un de ses conseillers début octobre sur Europe 1. "Tout est possible. Il y a huit ans, personne n'avait vu venir Irina Bokova [l'actuelle présidente de l'Unesco]", aimait rappeler elle-même Audrey Azoulay.

L'atout diversité d'Audrey Azoulay

Pour briguer ce poste, l'ancienne ministre a insisté sur la nécessité redonner à l'Unesco sa vocation universelle. Un objectif difficile à l'heure où certains pays membres comme le Japon, la Chine, les États-Unis ou Israël tentent de politiser l'action de l'agence. En plein scrutin, ces deux derniers ont d'ailleurs annoncé leur retrait de l'Unesco pour protester contre son action "anti-israélienne".

Face à ces dissensions, Audrey Azoulay veut faire consensus. Elle met en avant son pedigree. Sa famille est l'incarnation vivante des liens qui unissent les deux rives de la Méditerranée : sa grand-mère est juive séfarade. Son père, conseiller auprès du roi du Maroc, et sa mère, écrivaine, ont toujours vécu entre Rabat et Paris où Audrey Azoulay est née en 1972. Sa tante est également une femme de lettres, et journaliste à Télérama.

De Sciences Po au CNC

Le parcours brillant d'Audrey Azoulay est typique des élites politiques françaises d'aujourd'hui. Après une maîtrise des sciences de gestion à l'université Paris-Dauphine et un master en administration des affaires (MBA) de l’université de Lancaster au Royaume-Uni, elle intègre Sciences Po Paris, puis l'École nationale d'administration (ENA) dont elle sort diplômée en 2000, au sein de la promotion Averroès.

Dès sa sortie de l'ENA, son choix est fait : elle travaillera dans la culture. D'avril 2000 à juillet 2003 elle occupe les fonctions d'adjointe, puis de chef du bureau du secteur audiovisuel public, chargée de la stratégie et du financement des organismes du secteur à la direction du développement des médias. Après un passage par la Chambre régionale des comptes d’Île-de-France, elle rejoint le Centre nationale du cinéma (CNC). Un établissement public, où elle restera neuf ans, occupant tour à tour les postes de directrice adjointe de l'audiovisuel, directrice financière, puis directrice générale délégué, véritable numéro deux du centre. Une étape de sa vie qui la marque durablement : "Ce qui m'a construite le plus professionnellement, c'est le cinéma, le CNC, c'est la soute, le cambouis de tout le système." Elle n'a de cesse de défendre l'exception culturelle française face au rouleau compresseur américain. Une expérience qu'elle a mise en avant pour souligner la cohérence de sa candidature à la tête d'une institution qui a notamment la charge de protéger le "patrimoine mondiale de l'humanité".

Une "fille bien" à l'Élysée

En 2014, elle rencontre François Hollande à l'occasion d'un voyage présidentiel au Mexique. Le dirigeant socialiste est séduit par la compétence et l'énergie de l'énarque. "C'est une fille bien, il faut lui trouver un poste", aurait confié le chef d'État à l'issue de sa visite, selon l'Express. Cinq mois plus tard, Audrey Azoulay est nommée conseillère chargée de la culture et de la communication à l'Élysée. Elle l'épaule sur les gros dossiers du moment, comme la réforme du régime des intermittents ou Hadopi, et l'accompagne lors de ses sorties culturelles. En fine connaisseuse du monde du cinéma, c'est à elle que revient la charge de superviser les projections de l'Élysée du dimanche soir. Certains médias lui prêtent alors une proximité avec Julie Gayet, la compagne du président.

François Hollande aime la légèreté et l'humour qu'apporte Audrey Azoulay, et qui tranche avec l'austérité de la plupart des technocrates qui peuplent le Palais. L'influence de la jeune femme grandit peu à peu à l'Élysée, à tel point que l'Obs la place en couverture en février 2015 pour incarner la "jeune garde du président". Mais, malgré cette une, Audrey Azoulay reste alors inconnue du grand public.

Sous le feu des projecteurs

Le maroquin ne se fait pas attendre. Un anonymat relatif qui se brise le 11 février 2016, lorsqu'elle est nommée ministre de la Culture et de la Communication. À la surprise générale, elle remplace Fleur Pellerin, sa condisciple à l'ENA. Preuve de son manque de notoriété, la haute fonctionnaire ne dispose pas lors de sa nomination de page Wikipedia à son nom, ni de compte Twitter certifié. Une hérésie à l'heure de la communication permanente en politique, et dont le réseau social de microblogging fera ses gorges chaudes. "L'erreur" est rapidement réparée et aujourd'hui Audrey Azoulay, ou du moins son équipe de communication tweete régulièrement sur ses projets pour l'Unesco.

Nommée pour la dernière année du quinquennat, la visibilité de son action est largement phagocytée par la place que prend l'élection présidentielle dans le débat public. La néo-ministre est surtout là pour assurer le service après-vente des politiques menées par ces prédécesseurs, Aurelie Filipetti et Fleur Pellerin. En arrivant, elle n'a qu'à parapher l'accord sur les intermittents du spectacle. Puis, Manuel Valls lui offre un budget à la hausse et un dégel des crédits à la culture. Audrey Azoulay peut alors vanter un budget de la culture atteignant les 10 milliards d’euros, et 1 % du budget de l’État. Un chiffre largement gonflé à des vues électoralistes, comme le souligne le site spécialisé Profession Spectacles.

L'Unesco : un recasage ?

Lors de la campagne présidentielle, le train du renouveau est en marche, mais Audrey Azoulay reste fidèle à François Hollande jusqu'au bout, quitte à rester sur le carreau. Selon Le Monde, elle aurait demandé une investiture socialiste dans une circonscription parisienne pour les élections législatives. Faveur refusée par la baronne et édile locale, Anne Hidalgo.

Qu'à cela ne tienne ! François Hollande a une autre idée en tête pour "recaser" sa protégée. C'est lui qui l'a enjoint à déposer sa candidature à la présidence de l'Unesco, malgré la règle tacite qui empêche l'État où siège une organisation internationale de candidater à sa direction. La décision fait un tollé. Certains y voient une "insulte aux pays arabes", qui auraient reçu l'engagement moral de voir "ce poste revenir à l'un des leurs". Une pétition de 50 intellectuels arabes est remise au ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian pour protester contre cette "provocation". Une levée de boucliers qui prend aussi un visage plus nauséabond. Car Audrey Azoulay est juive. Sur les réseaux sociaux, la protestation intellectuelle laisse la place à de violentes charges antisémites.

"Ce n'est ni le tour des pays arabes, ni celui de la France, mais celui de l'Unesco qui arrive à un tournant de son histoire et doit entrer dans le XXIe siècle", objecte-t-elle dans une interview à Jeune Afrique. "J'ai une vraie envie pour ce poste, parce qu'il porte des valeurs universelles et humanistes. L'Unesco, c'est la connaissance de l'autre", formule la candidate.

Donnée perdante sur la ligne de départ, Audrey Azoulay a pourtant peu à peu réussi à endosser le costume de favorite. L'ancienne ministre a été bien aidée par son ange gardien François Hollande, dont le bilan en matière de politique culturelle à l'étranger est unanimement loué. À son initiative et celle des Émirats arabes unis, un fonds de 75 millions de dollars, dont 30 millions de la France, a été trouvé pour protéger les sites meurtris par la guerre et lutter contre le pillage des objets d’art. Audrey Azoulay profite aussi de la bienveillance du nouveau président : Emmanuel Macron a multiplié les marques de soutien à son endroit.

Élue par les 58 pays membres du conseil exécutif de l'Unesco, Audrey Azoulay doit désormais attendre de voir sa nomination entérinée par les 195 pays membres de l'ONU pour une durée de quatre ans.

Première publication : 12/10/2017

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