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Culture

Grande Guerre : Mata Hari, l'espionne qui n'en était pas vraiment une

© AFP | Mata Hari s'est fait connaître en tant que danseuse exotique.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 16/10/2017

Le 15 octobre 1917, Margaretha Zelle, connue sous le nom de Mata Hari, était fusillée en France pour espionnage. Cent ans après, son nom fait toujours fantasmer. Pourtant, l'ancienne danseuse n'avait rien d'une grande espionne.

Le 16 octobre 1917, la majorité des journaux français en fait ses gros titres. "La fin d’une espionne. Mata Hari a été fusillée. La danseuse hindoue a expié hier l’odieuse trahison dont elle s’était rendue coupable à l’égard de la France", peut-on lire en une du Matin. "Mata Hari a payé de sa vie la trahison commise envers la France qui l’avait si bien accueillie", renchérit de son côté Le Petit journal. Ces quotidiens n’ont pas de mots assez durs pour exprimer leur rancœur envers cette femme tombée la veille sous les balles d’un peloton d’exécution à Vincennes. Cent ans après sa mort, son nom résonne toujours dans notre mémoire collective, fantasme ultime de l'espionne exotique.

Quelques années auparavant, Mata Hari était pourtant adulée du Tout-Paris. Née aux Pays-Bas en 1876 sous le nom de Margaretha Zelle, elle se rend célèbre au début du XXe siècle en se produisant dans des salons privés, puis au musée Guimet. Elle y exécute devant un public conquis des danses venues d’Asie. C’est au cours de son séjour aux Indes néerlandaises avec son ex-mari, un officier de marine, qu’elle s’est entichée de cette culture. Dans un article du Courrier français daté de 1905, un journaliste décrit l'incroyable numéro de la jeune divorcée : "Elle ondule sous les voiles qui la dérobent et la révèlent à la fois. Et cela ne ressemble à rien de ce que nous avons vu. Les seins se soulèvent avec langueur, les yeux se noyent. Les mains se tendent et retombent, comme moites de soleil et d’ardeur".

Une carte postale montrant Mata Hari en 1906
© Wikimedia

"Une vie de mondaine"

La tromperie est parfaite car Mata Hari ("œil du jour" en malais) n’a rien d’une danseuse professionnelle. Elle s’invente un passé hindou et imagine des danses traditionnelles qui n’en sont pas. La supercherie fonctionne et l’artiste dénudée est très demandée. "Elle a vraiment connu à l’époque son heure de gloire", explique l’historien Frédéric Guelton, qui lui a consacré un article dans la Revue historique des armées. "Elle avait trouvé le moyen de vivre une vie mondaine avec beaucoup d’argent en se faisant entretenir notamment par des banquiers."

Mais les années passent et la mode change. Le goût n’est plus aux effeuillages exotiques. Ce sont les ballets russes qui vont désormais rêver les spectateurs. Lorsqu’éclate la Première Guerre mondiale, Mata Hari a dépassé la trentaine. Elle n’attire plus les foules et n’a plus les moyens de mener grand train. Elle retourne dans son pays d’origine. À Amsterdam, en 1916, elle est sollicitée par le consul d’Allemagne qui lui proposer de l’aider financièrement en échange de renseignements. Elle devient l’agent H21. "À ce moment-là, elle se dit qu’elle va pouvoir comme espionne manipuler les hommes, comme elle a pu le faire par ses charmes avant la guerre. Elle n’avait aucune conviction politique ou idéologique. Sa seule conviction, c’était de bien vivre", résume Frédéric Guelton.

Agent double

De retour à Paris, Mata Hari reprend son style de vie d'avant-guerre. Elle s’installe au Grand Hôtel et tombe amoureuse d’un jeune officier russe. Blessé au front, il est envoyé dans la zone des armées à Vittel. Pour pouvoir se rendre à son chevet, l’ex-danseuse essaye d’obtenir un laissez-passer qu’elle demande au capitaine Georges Ladoux, un officier français du contre-espionnage. Ce dernier accepte et lui propose lui aussi de travailler pour la France. Mata Hari se transforme alors en agent double.

"Finalement, elle n’apporte aucun renseignement à personne", note l’historien. "Quand les Allemands se rendent compte qu’ils ne pourront rien en tirer d’intéressant et que les Français l’utilisent également, ils décident de la mettre dans leurs pattes." Selon ce spécialiste de la Première Guerre mondiale, les services allemands envoient délibérément des messages cryptés mentionnant l’agent H21 dans le but qu’ils soient interceptés par le contre-espionnage français et qu’ils découvrent la duperie de Mata Hari. Le piège fonctionne. Le 13 février 1917, l’espionne est arrêtée à Paris : "La machine infernale se met en marche et cela en est terminé pour elle". Quelques mois plus tard, Mata Hari est condamnée à mort pour intelligence avec l’ennemi en temps de guerre.

Mata Hari le jour de son arrestation, le 13 février 1917
© Wikimedia

Victime de la propagande

Pourtant, comme l’a reconnu plus tard André Mornet, le substitut du procureur lors de son procès, "il n'y avait pas de quoi fouetter un chat". Frédéric Guelton partage cet avis : "Il y a de quoi l’incarcérer pour avoir été recrutée par les Allemands, mais de là à l'exécuter... Elle ne méritait pas le sort qu’elle a connu". Pour l’historien, la fin de Mata Hari a surtout servi à l’époque, la propagande d'État française : "Nous sommes en 1917, une année terrible. Il fallait montrer qu’en dépit des offensives allemandes, de la révolution russe et des mutineries, la France allait tenir bon jusqu’à la victoire. En faisant fusiller une femme, l’État montre qu’il va jusqu'au bout". Cette propagande s'est révélée terriblement efficace. Dans les nombreux films qui lui ont été consacrés et encore aujourd’hui, Mata Hari est restée comme l’espionne parfaite au service des Allemands.

L'actrice Jeanne Moreau interprète le personnage de Mata Hari

Même si la réalité est bien différente, Frédéric Guelton n’en est pas moins admiratif du parcours de la mondaine devenue agent double : "C’est une femme qui a eu du cran toute sa vie. Elle n’avait pas de plan de carrière, mais à chaque fois, elle s’est débrouillée. Même devant le peloton d’exécution, elle a eu beaucoup de courage". Témoin des derniers instants de Mata Hari, Léon Bizard, médecin chef de la Préfecture de police, a ainsi fait part dans ses mémoires en 1925 de son sang-froid face à la mort : "Tandis qu'un officier donne lecture du jugement, la danseuse, qui a refusé de se laisser bander les yeux, très crâne, se place d'elle-même contre le poteau, une corde, qui n'est même pas nouée, passée autour de la ceinture... (…) Mata Hari sourit encore à sœur Léonide agenouillée et fait un geste d'adieu. L'officier commandant lève son sabre : un bruit sec, suivi du coup de grâce moins éclatant et la Danseuse rouge s'écroule tête en avant, masse inerte qui dégoutte de sang…".

Première publication : 15/10/2017

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