Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

MODE

Azzedine Alaïa, disparition d'un géant

En savoir plus

REPORTERS

Vidéo : avec Trump, la fin du rêve américain pour les musulmans ?

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

Au Zimbabwe, "la tâche peu enviable de Mnangagwa"

En savoir plus

LE JOURNAL DE L'ÉCO

Le "vendredi noir" débarque en France

En savoir plus

REVUE DE PRESSE

"Dix viols par jour au travail : on fait quoi ?"

En savoir plus

UN ŒIL SUR LES MÉDIAS

Libye : "je ne suis pas à vendre"

En savoir plus

LE JOURNAL DE L’AFRIQUE

Morgan Tsvangirai met en garde contre une extension du système Mugabe

En savoir plus

LE DÉBAT

Migrants esclaves en Libye : l'Europe coupable ?

En savoir plus

POLITIQUE

Emmanuel Macron face aux maires : jacobin ou girondin?

En savoir plus

Economie

Guo Wengui, le milliardaire chinois qui veut perturber le 19e congrès du Parti communiste

© Capture d'écran Twitter/Studio Graphie France Média Monde | Guo Wengui a quitté la Chine fin 2014 car il craignait d'être arrêté dans le cadre de la campagne anti-corruption initiée par Xi Jinping.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 17/10/2017

En exil depuis deux ans, le magnat immobilier Guo Wengui annonce qu'il s'apprête à révéler les secrets des maîtres de Pékin à l'occasion du très important 19e congrès du Parti communiste chinois qui débute cette semaine.

Il veut faire trembler le régime chinois à coup de tweets, de dollars et de vidéos sur Internet. Depuis son appartement de luxe new-yorkais, le milliardaire chinois Guo Wengui a décidé de jouer les trublions du 19e congrès du Parti communiste chinois (PCC) qui débute mercredi 18 octobre. C’est la première fois qu’un richissime chinois en exil se reconvertit en chevalier blanc qui veut “changer la Chine”, raconte le quotidien britannique The Guardian, lundi 16 octobre.

Il a promis, samedi, d’inonder Twitter de “révélations” sur “la petite bande de mafieux” qui dirige la Chine. Dans ces nombreux messages sur les réseaux sociaux et les entretiens accordés aux médias, Guo Wengui ne rate pas une occasion pour comparer la corruption en Chine à la situation en Corée du Nord. Il compte même réaliser une vidéo en direct depuis New York durant le 19e congrès du PCC pour déballer tout ce qu’il dit savoir, raconte le New York Times.

Le “Mr Propre” chinois dans le viseur

Ce quinquagénaire à la tête d’un empire immobilier ne vise pas l’intégralité des 2 200 délégués communistes qui vont se réunir pendant une semaine pour confirmer Xi Jinping à son poste de président pour cinq ans et débattre du futur du pays. Il cible un cercle politique plus restreint et il a, en particulier, une dent contre Wang Qishan, le numéro 2 du régime qui s'occupe de la lutte contre la corruption.

Guo Wengui relate sa rencontre avec l'ancien conseiller de Donald Trump et patron du site d'extrême-droite Breitbart Steven Bannon, le 10 octobre.

Guo Wengui assure depuis des mois détenir les preuves que ce très influent conseiller de Xi Jinping est loin d’être le Mr Propre salué par les médias chinois. Il accuse Wang Qishan et sa famille de diriger en secret HNA, l’un des plus importants conglomérats chinois (aviation, tourisme, finance) et d’en profiter financièrement.

Le dissident ne pouvait choisir adversaire politiquement plus influent… sauf à attaquer directement Xi Jinping, ce qu’il se garde bien de faire. Wang Qishan, 69 ans, est surnommé le “parrain” du régime chinois et entretient des relations étroites avec l’élite économico-politique américaine. Il tutoie les dirigeants de Goldman Sachs, connaît personnellement Henry Paulson, l’ex-secrétaire au Trésor de George W. Bush, et Steven Bannon, le controversé ancien conseiller de Donald Trump.

À beaucoup d’égards, Guo Wengui incarne le pire cauchemar de Pékin. Il s’est enrichi au contact du pouvoir chinois et en connaît toutes les ficelles. Il fait partie de ces “hommes d’affaires qui pendant plus d’une décennie ont pu avoir accès aux premiers cercles du pouvoir et ont aidé, en échange, à enrichir les filles et fils des cadres [du régime]”, raconte le New York Times. Depuis son arrivée aux États-Unis, en 2015, il s’est constitué un réseau d’amis influents dont l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair. Il est aussi client régulier de Mar-a-Lago, le club select et la “Maison Blanche bis” de Donald Trump.

Guo Wengui représente le même danger pour Pékin que Mikhaïl Khodorkovski et d’autres oligarques russes dissidents pour Moscou. Le régime chinois a d’ailleurs lancé ces derniers mois une grande offensive médiatique pour dénoncer son nouvel ennemi aux poches bien remplies, accusé d’être corrompu et d’avoir détourné des centaines de millions de dollars. Pékin a aussi obtenu qu’Interpol émette une “note rouge” (avertissement à toutes les polices nationales qu’une personne est recherchée) à son sujet. Guo Wengui assure que la majorité de sa fortune, qu’il estime à 1,7 milliard de dollars, a été saisie par les autorités chinoises et qu’il a fait l’objet “de nombreuses tentatives d’assassinat et de kidnapping”.

Zones d’ombre

Il n’a cependant fourni aucune preuve des menaces qui pèseraient contre lui. Tout comme il n’a encore jamais publié le moindre document compromettant pour le régime chinois. Sa soudaine croisade contre Pékin - il n’a commencé à tweeter contre le pouvoir qu’au printemps 2017 - a laissé certains dissidents de longue date dubitatifs. “Guo Wengui a travaillé main dans la main avec le gouvernement chinois. Chaque centime qu’il a gagné est entaché du sang du régime”, affirme Wen Yuancho, un activiste chinois interrogé par le Guardian.

L’homme cadre mal avec la figure du dissident qui lutte par idéal contre le régime de Pékin. Derrière l’air jovial que Guo Wengui affiche pour les près de 500 000 abonnés de son fil Twitter, il a la réputation d’être un homme d’affaires impitoyable. Il a laissé bon nombre de cadavres sur sa route vers la fortune. En 2006, il a ainsi fait mettre en prison le vice-maire de Pékin, qui s’opposait à l’acquisition d’une parcelle de terrain dans la capitale chinoise. Guo Wengui avait fait parvenir aux autorités chinoises une sex-tape de l’édile.

Son CV est aussi entouré de zones d’ombre… à commencer par sa date de naissance. Il affirme être né en 1970, mais les documents officiels chinois indiquent qu’il a vu le jour en 1967. Difficile aussi de savoir ce qu’il faisait durant le soulèvement de Tienanmen en 1989. Guo Wengui affirme qu’il était au côté des étudiants, tandis qu’un site pour chinois expatriés assure détenir des documents judiciaires attestant qu’il avait été arrêté dans une affaire de fraude.

“L’idée qu’il puisse d’une manière ou d’une autre être un symbole des droits de l’Homme et un activiste de la cause démocratique en Chine ne rend pas justice à ceux qui essaient réellement de changer les choses. Guo Wengui ne cherche qu’à défendre ses intérêts et ceux de sa famille”, estime Bill Bishop, un spécialiste américain de la Chine, interrogé par le Guardian.

Pour lui, le milliardaire chinois essaie actuellement de se refaire une beauté démocratique afin d’obtenir l’asile aux États-Unis. Il a fait une demande en ce sens début septembre. Il n’en demeure pas moins, d’après Bill Bishop, que Guo Wengui représente “la meilleure arme actuellement à disposition des dissidents chinois”. Et ce même s’il menace le pouvoir chinois depuis la terrasse d’un appartement surplombant Central Park qui lui a coûté 68 millions de dollars, payé grâce à une fortune accumulée avec la bénédiction du PCC.

Première publication : 16/10/2017

  • CHINE

    Chine : Wu Rongrong, la médiatique militante des "Feminist Five" qui a fait plier Pékin

    En savoir plus

  • CHINE

    La Chine lance une vidéo de propagande ahurissante

    En savoir plus

  • CHINE

    OffshoreLeaks : les fortunes dissimulées des "princes rouges" chinois

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)