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Argentine : "L'opposition se sert de l'affaire Maldonado comme argument électoral"

© Juan Mabromata, AFP | Une manifestation à Buenos Aires a rassemblé des milliers de personnes pour réclamer la vérité sur le sort de Santiago Maldonado, le 1er septembre.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 18/10/2017

L'affaire Maldonado prend une tournure politique en Argentine. Des ONG soupçonnent "une disparition forcée". La campagne des législatives est suspendue, mardi, suite à la découverte d'un corps qui pourrait être celui du jeune homme.

"Où est Santiago Maldonado ? " Des milliers d'Argentins posent cette question en boucle depuis la disparition de ce jeune homme de 27 ans en marge d'une manifestation dispersée par la gendarmerie début août. Le mystère persistant embarrasse de plus en plus le gouvernement libéral de Mauricio Macri alors que la population est appelée aux urnes dimanche 22 octobre.

L'affaire, qui dure depuis le 1er août, a connu un nouveau rebondissement mardi 17 octobre. Un corps a été retrouvé dans la rivière Chubut, dans le sud du pays, près du lieu où a été vu pour la dernière fois Santiago Maldonado avant sa disparition. Il s'agirait, selon les enquêteurs, de celui du jeune homme. Le corps est en cours d'identification pour confirmer son identité.

Santiago Maldonado, soutien des Mapuches

Santiago Maldonado, originaire de Buenos Aires, s'est installé dans la province de Rio Negro, en Patagonie. C'est un soutien actif des Mapuches qui luttent dans la région pour conserver leurs terres ancestrales, vendues au magnat italien Luciano Benetton. Le jeune homme aux cheveux hérissés de dreadlocks a disparu le 1er août alors que la gendarmerie dispersait une manifestation indigène à laquelle il participait.

La famille de Maldonado accuse la gendarmerie de l'avoir fait disparaître. Un témoin mapuche affirme avoir vu les gendarmes embarquer une personne correspondant au signalement du jeune homme. De multiples associations, telles que la ligue argentine des droits de l'Homme ou Amnesty International, soupçonnent une "disparition forcée". Dans le pays, l'affaire rouvre de vieilles cicatrices. La ministre de l'Intérieur, Patricia Bullrich, nie toutes responsabilités de l'État et défend bec et ongles la gendarmerie contre les accusations portées.

La disparition forcée est une sinistre pratique héritée de la dictature militaire qu'a connue le pays entre 1976 et 1983. Elle se définit comme l'arrestation ou le meurtre par des agents de l’État ou assimilés de personnes dont les autorités dissimulent ensuite le sort. C'est la première fois depuis 1983 qu'une instance de l'État argentin est soupçonnée de ce crime contre l'humanité.

>> À lire aussi : À Paris, un mémorial itinérant sur les "disparus" du Mexique

"Cette disparition évoque les heures les plus sombres de l'histoire contemporaine de l'Argentine", estime Jean-Baptiste Thomas, maître de conférences à l'université de Poitiers et spécialiste de l'Argentine contemporaine. "Mauricio Macri paie là son attitude de début de mandat. Il avait affirmé que la question du nombre de disparus de la dictature ne l'intéressait guère, il souhaitait une réconciliation nationale." L'universitaire est convaincu de la disparition forcée du jeune homme : "Le cas Maldonado démontre une certaine continuité avec les pratiques policières de l'époque, mais aussi dans le discours de justification de la droite argentine."

Une mobilisation mondiale

Le 1er septembre, un mois après la disparition, une grande manifestation a été organisée à Buenos Aires pour protester contre le gouvernement et le déroulement de l'enquête. Selon les organisateurs, 250 000 personnes ont défilé au cri de ou "Où est Santiago Maldonado ?", "On le veut vivant !" ou "gouvernement assassin".

La mobilisation trouve un écho mondial sur les réseaux sociaux. Près de 500 000 messages postés sur le réseau social de microblogging comportent la même question et interpellent le gouvernement : "Où se trouve Santiago Maldonado ?". Le message est relayé par plusieurs célébrités argentines telles que le compositeur oscarisé Gustavo Santaolalla ou l'entraîneur de la sélection argentine Jorge Sampaoli.

Une mobilisation qui place le gouvernement Macri sous le feu des projecteurs de la presse internationale. À l'instar d'El Pais, elle n'hésite pas à parler de l'affaire Maldonado comme "la première crise politique" à laquelle doit faire face le président Macri.

"Le terme est justifié", estime Dario Rodriguez, chercheur associé à l'Observatoire politique de l'Amérique latine et des Caraïbes (Opalc) de Sciences-Po et spécialiste de l’Argentine. "La position du gouvernement a été ambiguë en refusant de considérer l'hypothèse qui semblait pourtant la plus probable : une disparition forcée, organisée par la gendarmerie."

Il faudra attendre jusqu'au 4 septembre pour voir le président Mauricio Macri intervenir. Il assure que "le gouvernement travaille et collabore avec la justice et fait tout son possible". Le 6 septembre, le secrétaire d'État au Droits de l'Homme, Mario Avruj, admet pour la première fois que le gouvernement envisage la culpabilité de la gendarmerie dans la disparition suite à de nouvelles révélations de l'enquête qui contredit la version jusqu'ici défendue par la ministre de l'Intérieur

Peu après, la famille Maldonado a demandé la récusation du juge Otrante chargé de l'affaire. Dans une interview au quotidien La Nación, sans attendre les conclusions de l'enquête en cours, celui-ci a fait part de sa conviction que Santiago Maldonado s'était noyé en fuyant les forces de l'ordre. Le 22 septembre, la cour fédérale accède à la demande de récusation.

L'affaire Maldonado, argument de l'opposition

Malgré les gestes de bonne volonté, le mal est fait. Les partis d'opposition au président, en campagne pour les législatives, s'emparent de l'affaire Maldonado pour discréditer le gouvernement: "L'opposition s'en sert comme d'un argument électoral et tente de faire passer Mauricio Macri pour un homme aux idées et aux méthodes proches de la dictature", explique Dario Rodriguez.

"La cas Maldonado a généré une polarisation politique extrême de la scène politique", analyse Jean-Baptiste Thomas. "À droite, certains mots de dirigeants rappellent la rhétorique de la dictature et ses agissements. Des perquisitions d'opposants de gauche ont eu lieu, à Cordoba notamment. Des mouvements de jeunesse mais aussi de syndicats d'ouvriers et d'enseignants se sont emparés de la question estimant qu'elle mettait en lumière la condition des Mapuches. Un journaliste argentin aime à dire que les moutons sont mieux traités qu'eux en Patagonie…"

L'ancienne présidente Cristina Fernandez Kirchner tente d'en profiter pour revenir sur le devant de la scène politique. Elle se plaît à souligner la similitude de la rhétorique macriste avec celle de la dictature :"On est à un pas de parler d'un complot anti-Argentine", a-t-elle ironisé dans un discours tenu le 7 octobre dans les îles Malouines.

Cependant, Cristina Kirchner Fernandez est loin d'avoir été la plus éloquente sur l'affaire : "Aujourd'hui, Cristina Kirchner n'est plus la seule opposition à Macri", estime le spécialiste de l'Argentine. "Une troisième force, le front de gauche et des travailleurs, coalition d'inspiration trotskiste, émerge depuis 2015 et rencontre de plus en plus d'écho auprès des électeurs. Son leader, Nicolas Del Caño, une sorte d'Olivier Besancenot local, était en première ligne pour l'organisation des manifestations pour Santiago Maldonado."

Des conséquences électorales ?

"Pour le moment, il est impossible de conclure à des conséquences électorales de cette affaire", affirme Dario Rodriguez. "Les sondages continuent de donner une légère avance à la coalition macriste."

Mais, selon Jean-Baptiste Thomas, les résultats des sondages ne sont pas fiables : "Plusieurs journalistes, proches de Kirchner ou du moins non affiliés à Mauricio Macri contestent le sérieux des sondages. La pratique n'est pas propre au Macrisme, la présidence des Kirchner en était coutumière", rappelle le chercheur de l'université de Poitiers. "Aujourd'hui, on peut affirmer que la coalition macriste et la coalition kirchneriste sont au coude à coude mais qu'il ne faut pas occulter l'émergence de certains courants alternatifs, notamment à Buenos Aires, à Mendoza ou Cordoba."

Dans l'attente des résultats, toutes les coalitions ont annoncé la suspension de leur campagne par respect pour la famille.

Première publication : 18/10/2017

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