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FRANCE

Échappée rocambolesque et reddition : le beau-frère de Merah devant la justice

© Loïc Venance, AFP | Le tribunal correctionnel de Paris où se déroule le procès de Abdelouahed El-Baghdadi jusqu'au 20 octobre.

Texte par FRANCE 24

Dernière modification : 18/10/2017

Un autre procès est en cours autour de la famille Merah : celui d’Abdelouahed El-Baghdadi, jugé depuis mardi, à Paris, pour un séjour en Syrie en 2014. Époux de Souad Merah, il est le beau-frère de l'auteur des tueries de Toulouse et Montauban.

"Je n'ai pas aimé la situation en Syrie". Depuis le box des prévenus, Abdelouahed El-Baghdadi veut convaincre la justice française qu’il a appris de son erreur. Parti en Syrie en 2014, il est jugé depuis le mardi 17 octobre par le tribunal correctionnel de Paris, au côté de cinq autres hommes originaires du sud-ouest appréhendés pour la même raison. Le procès doit se tenir jusqu'au 20 octobre.

Hasard du calendrier, à quelques encablures, son beau-frère Abdelkader Merah est aussi jugé pour complicité avec son frère, Mohamed, dans les tueries de Toulouse et Montauban en mars 2012. Le procès en est à sa troisième semaine et toujours aucune preuve tangible n’a été dégagée, malgré des regrets de l’accusé.

>> À lire : Les temps forts des dernières audiences

Abdelouahed El-Baghdadi, lui, joue la carte du repenti. Il a commencé à s’exprimer mardi 17 octobre, racontant sa "fuite" rocambolesque alors qu’il était aux prises de l’organisation État islamique (EI) et sa reddition en France. Projet mûrement réfléchi, son voyage en Syrie avait pour but, affirme le trentenaire, "de s'installer dans un pays où [il] pourrait pratiquer [sa] religion comme [il] voulait". Ce Franco-marocain est marié religieusement depuis 2011 à Souad Merah, sœur du tueur au scooter, avec qui il a eu deux fils. Celle-ci est connue notamment pour avoir été enregistrée à son insu alors qu’elle se disait fière des actes de Mohamed Merah. Elle vivrait actuellement en Algérie auprès de son père.

Un “civil” vivant en Syrie sur ses économies

Arrivé, sans famille, à Jarablous, en Syrie, en avril 2014, Abdelouahed El-Baghdadi affirme vivre “comme un civil”, sur ses économies et vouloir simplement “faire du repérage”. Mais au bout de deux semaines, selon ses dires, il regrette déjà et veut repartir en France, effrayé par “l'oppression de l’EI” dont lui parlaient les Syriens. "Les choses ont empiré après la proclamation du califat" en juin 2014, poursuit-il.

Cherchant à passer en Turquie, l’accusé s’allie avec Imad Djebali, un ami toulousain souhaitant aussi quitter la Syrie, et l'Albigeois Gaël Maurize. Les trois hommes décident alors de partir clandestinement.

Dans la voiture du passeur, "on tombe dans un guet-apens", raconte El-Baghdadi. L'EI "nous dit qu'on est accusés d'espionnage". Les Français sont emprisonnés : un responsable "nous fait comprendre qu'on va se faire exécuter". Le groupe parviendra à s’enfuir au bout de deux semaines, alors que leur “gardien faisait la prière". Une fois en Turquie, ils seront interpellés par l'armée et placés en rétention.

Les Turcs mettent les hommes dans un avion le 23 septembre à destination d’Orly où les autorités françaises devaient prendre la suite. Mais ils reçoivent un refus d’embarquer de la part du pilote pour des histoires de papiers pas en règle. "Ils nous ont trouvé un autre avion pour Marseille". Mais Paris est prévenu trop tard.

En isolement depuis 3 ans car “je suis le beau-frère de Merah"

Seuls à leur arrivée, Abdelouahed El-Baghdadi, Imad Djebali et Gaël Maurize prennent donc un taxi pour Toulouse, sur les conseils de l'avocat de l'un d'eux. Mais le chauffeur "allume la radio" et reconnaît les trois "revenants", dont l'interpellation manquée fait la une. "Il nous dit : ‘Je peux pas aller plus loin’". Un proche de Djebali les récupère à Montpellier. Après une nuit à l'hôtel aux portes du Larzac, ils se rendent le lendemain au poste "le plus proche", la gendarmerie du Caylar, dans l’Hérault.

Le procureur, qui le trouve bien plus "prolixe" sur son échappée que sur sa vie en Syrie, souligne qu'une perquisition avait eu lieu chez lui juste avant son départ, dans le cadre de l'enquête sur les crimes de Merah, et qu'un "appel au jihad le plus violent", dactylographié, avait été retrouvé. Ce à quoi l’intéressé répond qu’il ne s‘agit que de “quelques pages” sur "2 500" sur la religion. "Aujourd'hui, je ne me retrouve pas dans cette idéologie de jihad mondial prôné par l'État islamique", se défend-il.

Le prévenu est détenu à l'isolement depuis trois ans. Isolement prolongé "à cause du fait que je suis le beau-frère de Merah", estime-t-il.

Avec AFP

Première publication : 18/10/2017

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