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Argentine: Guido, bébé volé, emblème des Grands-Mères de la place de Mai

© AFP / Par Alexandre PEYRILLE | Le musicien argentin Ignacio Hurban, petit-fils de la prészidente des Grands-Mères de la Place de Mai, Estela de Carlotto, le 19 octobre 2017 à Buenos Aires

OLAVARRÍA (ARGENTINE) (AFP) - 

Les Grands-Mères de la place de Mai soufflent dimanche leur 40e bougie et ne baissent pas la garde, après avoir identifié 124 bébés volés de la dictature argentine, dont Ignacio Montoya Carlotto, un des symboles de leur lutte.

"Elles ont été victimes d?une violence énorme durant la dictature (1976-1983). Cela a été terrible, tellement sordide. Emprisonner les opposants, et offrir leurs enfants, les faire adopter illégalement. Sans leur combat pour la vérité, nous n?aurions jamais su", salue le 114e petit-fils "récupéré".

Ces femmes, âgées aujourd'hui de 80 ans et plus, ont à la fois perdu leur fils ou leur fille, éliminés pour s?être opposé au régime militaire, et le bébé qui devait naître quelques mois plus tard. Elles estiment que 400 enfants ont été ainsi confiés en adoption à des proches du régime.

- 'Guido' -

Il s'est appelé Ignacio Hurban pendant 36 ans, avant que l'Argentine ne découvre l'existence de "Guido", le prénom que sa mère lui avait donné, avant de mourir, dans les geôles de la junte.

Ce pianiste et amateur de jazz d?Olavarria, petite ville de la Pampa, a été brusquement propulsé sur le devant de la scène le 5 août 2014. L'emblématique présidente des Grands-Mères, Estela Carlotto, venait de le retrouver.

Ce jour-là, Estela Carlotto irradiait de bonheur, Ignacio Hurban, était tout à coup bombardé "Guido" et donnait le change, souriant et spontané devant les caméras de télévision du monde entier. Un conte de fée en plein hiver austral.

Lors d'un entretien avec l'AFP, il confie que la belle histoire n?a pas été si simple à vivre.

- Un choc -

"Ils m'ont cherché pendant 36 ans. Pour moi et d'autres petits-enfants récupérés, c'est différent. Il n'y avait pas cette attente. Pour celui qui est recherché, l'histoire commence le jour où il est retrouvé. Et là, c'est le choc", lâche-t-il.

"Il y a eu des moments fantastiques derrière cette rencontre", se souvient Ignacio, qui a noué une relation forte avec les familles Montoya et Carlotto.

"Mais pour moi, ajoute-t-il, ca été comme un accident, qui marque un avant et un après. Ce fut une grande joie sociale, et un accident dont il faut se remettre. Une tragédie. Il a fallu repenser la relation avec mes parents adoptifs".

Le pianiste de 39 ans a choisi de ne rien changer à son existence et de poursuivre sa "vie paisible et tranquille" à Olavarria, avec son épouse Céleste, qui accouchera en 2016 de leur premier enfant, Lola. Il continue de voir ses parents adoptifs.

Fin octobre, il part pour une tournée de concerts aux Etats-Unis, à Barcelone, Rome et Paris. Sa notoriété a boosté sa carrière.

Depuis qu?il est père, il comprend mieux le sentiment qui a poussé les Mères et Grands-Mères à prendre le risque de manifester devant le palais présidentiel à Buenos Aires.

- 'Plaie béante' -

Les 124 petits-enfants identifiés ont réagi de manières diverses.

"Les destins sont semblables, dramatiques, dit-il. Les parents adoptifs sont différents. Chacun a réagi comme il a pu. Certains ont rompu avec ceux qui les ont élevés, d'autres, comme moi, continuent de les voir, ils ont changé de prénom ou de nom, ou pas, cela a bouleversé leur vie ou il n'ont rien changé?.

Deux se sont lancés en politique et sont devenus députés.

Pour Ignacio, il n'était pas question de changer de prénom. Avec le sourire, mais fermement, il récuse le prénom que l?Argentine lui a attribué. "Guido, insiste-t-il, c'est un personnage, une construction collective".

"Tout d?un coup, raconte-t-il, les gens ont commencé à m?appeler Guido, un prénom qui m?était étranger. C?est violent. Ignacio, c?est le prénom avec lequel je me suis construit une identité".

Sa grand-mère l'appelle le plus souvent "Pacho", le surnom donné par ses amis. Lui a appris à l'appeler "mamie".

Il a en revanche apposé à son prénom le nom de son père (Montoya) et celui de sa mère (Carlotto).

"Que va devenir cette lutte quand les +abuelas+ ne seront plus là? Beaucoup sont mortes sans connaître leur petit-fils ou leur petite-fille. Le combat des Grands-Mères, plaide-t-il, doit continuer. Derrière chaque bébé volé il y a une plaie béante".

Par Alexandre PEYRILLE

© 2017 AFP