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"Il y a un an, je vivais dans la Jungle"

© AFP/Archives / Par Claire GALLEN | Nazeer, un Soudanais de 22 ans, le 16 octobre 2017 à Dainville, près d'Arras

ARRAS (AFP) - 

"Il y a un an, je vivais dans la Jungle": jamais Nazeer, Soudanais de 22 ans, n'aurait imaginé que, douze mois plus tard, il aurait un titre de séjour, une chambre à lui et un travail à l'hôpital.

"Quand j'arrive le matin à six heures, je prépare la viande, et après je la mets dans des plats. Aujourd'hui par exemple je dois faire 18 barquettes", explique le jeune homme, dans la cuisine réfrigérée à 8 degrés de l'hôpital d'Arras, où il aligne méthodiquement les rouleaux de jambon et de surimi sur de grands plateaux d'inox.

"Ca, c'est fait", murmure-t-il pour lui-même, dans un français tout juste teinté d'accent. A 14 heures, il ôtera sa veste blanche, les sur-chaussons et la charlotte qui lui enserre la tête pour rejoindre le petit logement qu'il partage avec un autre réfugié dans le centre ville d'Arras.

Si à bien des égards son profil rejoint celui des 7.400 migrants évacués de la Jungle (58% des adultes étaient Soudanais comme lui, 85% âgés de 18 à 34 ans et depuis 42% ont obtenu l'asile), son insertion exemplaire s'explique aussi par une motivation inoxydable.

"Il passait son temps, ses soirées et parfois des débuts de nuits à faire du français", se souvient Claude Picarda de l'association La Vie Active, qui dirigeait le CAO (Centre d'accueil et d'orientation) de Croisilles, un petit bourg du Pas-de-Calais où les migrants ont été orientés.

"Il profitait de tous les bénévoles qui pouvaient venir ici, pour apprendre. C'est la motivation aussi. Ils l'ont tous, mais certains vont se contenter d'avoir un minimum de vocabulaire pour pouvoir s'en sortir et d'autres vont être plus tenaces pour pouvoir avancer", ajoute-t-il.

- 'J'ai créé ma chance' -

Nazeer a aussi eu de la chance: il a pu rester. Pour convaincre les migrants de Calais de partir vers les CAO, les pouvoirs publics avaient promis de ne pas les renvoyer vers un autre pays en Europe où ils auraient laissé leurs empreintes, d'examiner rapidement leurs dossiers, et de les héberger dans des centres où ils bénéficieraient d'un vrai accompagnement.

"On a pris tout ce qui se présentait" chez les bénévoles, explique M. Picarda, qui se souvient d'un investissement très fort en cours de langue, voiturage, visites médicales... un élan de solidarité tel que Croisilles a vite acquis le surnom de "CAO VIP", avec la visite du Premier ministre Manuel Valls et du footballeur Lilian Thuram.

Nazeer a fui le Darfour en 2015. Il est passé par la Libye, a traversé la Méditerranée en bateau, avant d'arriver en France, via Marseille, Paris puis Calais. Il se résout mal à l'absence de ses parents et de sa soeur - mais "c'est trop dangereux s'ils essaient de venir par la mer".

Son avenir, il le voit ici. "Bien sûr je vais rester en France. Pourquoi pas ? La France est belle, je veux fonder une famille", dit-il.

Il a gardé des contacts avec quelques-uns de ses anciens compagnons de Croisilles (36 Soudanais, un Nigerian). Tous ont obtenu l'asile, un hébergement et ils ont été inscrits à Pôle emploi, avec pour certains des petits boulots, pour d'autres une formation via l'école de la deuxième chance.

Mais même s'ils ont "tous la volonté" de travailler, "la majorité n'est pas en formation ou en emploi", reconnaît M. Picarda.

Car la langue et l'absence de mobilité font obstacle. Autre défi: ils tombent dans le droit commun une fois qu'ils ont l'asile, et doivent affronter seuls la recherche de logement, les démarches administratives... En gardant les migrants onze mois à Croisilles, l'accompagnement a permis d'aplanir les difficultés.

"J'ai créé ma chance", tempère Nazzer, qui se lève à 4H30 tous les matins pour se rendre au travail, et continue d'étudier le soir.

Son rêve? Devenir un jour infirmier ou brancardier. "Dans trois ou quatre ans" dit-il, "quand j'aurai amélioré mon français".

Par Claire GALLEN

© 2017 AFP