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Culture

Cinéma : "Au revoir là-haut", Dupontel colorise la Grande Guerre

© Gaumont Distribution | Albert Dupontel face à Laurent Lafitte

Vidéo par FRANCE 2

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 25/10/2017

Quatre ans après avoir raflé le Prix Goncourt, le roman "Au revoir là-haut" sort dans les salles, mercredi. Le réalisateur Albert Dupontel donne corps à cette fresque sur l'après-guerre, avec exubérance, mais avec un manque d'émotion.

C’est le film le plus attendu de cet automne. "Au revoir là-haut", adapté du roman de Pierre Lemaitre, sort enfin mercredi 25 octobre sur les écrans de cinéma.

Séduit en tant que lecteur par le prix Goncourt 2013, Albert Dupontel s’est lancé dans l’adaptation de cette fable amorale sur deux rescapés des tranchées, qui se lancent dans une arnaque aux monuments aux morts. "Je trouvais le livre extrêmement inspirant. J’y ai vu un pamphlet élégamment déguisé contre l’époque actuelle. Tous les personnages me paraissaient d’une modernité confondante. Une petite minorité, cupide et avide, domine le monde", explique le réalisateur, connu pour ses films déjantés comme "Bernie" ou "9 mois ferme".

Dans son nouveau film, on retrouve la même recette fantasque et exubérante. "Au revoir là-haut" n’est pas un film sombre et glauque sur la Première Guerre mondiale, mais une fable colorée et détonante sur l’après-guerre. Comme dans le livre, les combats de 14-18 sont expédiés en début de film, pour laisser le long-métrage se concentrer sur les traces laissées par le conflit : les blessures visibles et invisibles.

Un panorama de l’âme humaine

À travers une galerie de personnages hauts en couleurs, c’est un panorama de l’âme humaine. Le gentil Albert Maillard (Albert Dupontel), "loser" magnifique se retrouve embrigadé comme des milliers de poilus dans une guerre qui le dépasse et qui le laisse sur le carreau. Le méchant Pradelle (Laurent Lafitte), un lieutenant arriviste devenu accro au goût du sang, se remplit les poches de la mort des autres. Le torturé Édouard Péricourt (Nahuel Perez Biscayart), jeune artiste prometteur, perd la mâchoire et le goût de vivre dans les tranchées.

C’est ce dernier personnage qui est au cœur de l’intrigue. Lumineux héros dans le récent "120 battements par minute", l’acteur Nahuel Perez Biscayart réalise une nouvelle performance. Muré dans le silence, il incarne cette gueule cassée avec subtilité. Dissimulée derrière des masques tous plus magnifiques les uns que les autres, il retranscrit avec un regard intense les tourments du jeune poilu écorché vif. Alors que son pays lui a pris sa jeunesse et sa beauté, Édouard utilise son art pour se venger.

L’émotion si présente dans le roman passe ici au second plan

Dessins, décors, masques sont des personnages à part entière de ce film. Albert Dupontel n’a pas lésiné sur les effets visuels pour reconstituer un Paris des années 1920 à la limite du surréalisme.

Mais, à force d’être pointilleux sur les détails, le spectateur se perd dans cet univers de fantaisie. L’émotion si présente dans le roman passe au second plan. L’esthétique époustouflante a pris le pas sur les sentiments. Entre rires, larmes et satire sociale, "Au revoir là-haut" ne touche pas complètement au cœur.

Première publication : 24/10/2017

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