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Culture

L'ombre de la Seconde Guerre mondiale plane sur les prix littéraires

© Holocaust Memorial Museum, AFP | Dans "La Disparition de Josef Mengele", Olivier Guez raconte la cavale de l'ancien médecin SS du camp d'Auschwitz.

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 26/10/2017

Plusieurs livres en lice pour les prix littéraires se déroulent pendant la 2e Guerre mondiale. La traque du médecin d'Auschwitz, la compromission des industriels, le courage des hommes de la 2e DB, chacun ouvre une fenêtre sur ce conflit.

"La Disparition de Josef Mengele", d’Olivier Guez (Grasset)

Pendant trois ans, le journaliste et romancier Olivier Guez a suivi l’ombre sinistre de "l’ange de la mort". "La Disparition de Josef Mengele" raconte de façon romancée, mais très documentée, la cavale pathétique de ce médecin SS devenu le bourreau des déportés d’Auschwitz. Après guerre, ce criminel de la pire espèce réussit à passer entre les mailles du filet. En 1949, il se réfugie en Amérique du Sud, où il coule des jours heureux et tranquilles dans l’Argentine de Perón, jusqu’au jour où la traque des nazis s’emballe enfin. Devenu la cible du Mossad, Josef Mengele erre du Paraguay au Brésil dans les années 60 et 70. Chassé, il sombre dans l’angoisse et la persécution, mais jamais dans la culpabilité.

Olivier Guez raconte la longue agonie d’un homme imbu de lui-même, fasciné par Hitler, convaincu d’avoir rempli sa mission en ordonnant d’effrayantes expérimentations médicales sur ses proies à Auschwitz. À distance, sans affect particulier, l’écrivain dépeint un monstre froid qui batifole avec son épouse à quelques mètres de cette industrie de la mort : "Les chambres à gaz tournaient à plein régime ; Irene et Josef se baignaient dans la Sola. Les SS brûlaient des hommes, des femmes et des enfants vivants dans des fosses ; Irene et Josef ramassaient des myrtilles dont elle faisait des confitures. Les flammes jaillissaient des crématoires ; Irene suçait Josef et Josef prenait Irene. Plus de trois-cent-vingt-mille juifs hongrois furent exterminés en moins de huit semaines". Sélectionné pour le Goncourt, le Renaudot, le Médicis et l’Interallié, ce roman de l’horreur est à juste titre l’un des grands favoris de la saison littéraire.

>> À (re)voir sur France 24 : Leila Slimani, Prix Goncourt 2016

"L’Ordre du jour", d’Eric Vuillard (Actes Sud)

L’écrivain Eric Vuillard, lui, a choisi d’observer l’avant-guerre. Dans un roman condensé de 150 pages, il décrit les arrangements et les diktats qui ont mené au grand affrontement mondial. Le livre débute le 20 février 1933. Vingt-quatre des plus grands chefs d’entreprises allemands sont reçus par Herman Goering et Adolf Hitler, tout récent chancelier. "Les ombres pénétrèrent le grand vestibule du palais du président de l’Assemblée, mais bientôt, il n’y aura plus d’Assemblée, il n’y aura plus de président, et, dans quelques années, il n’y aura même plus de Parlement, seulement un amas de décombres fumants", écrit Eric Vuillard. Sans broncher, ces hommes acquiescent, participent au financement du parti nazi, et entrainent déjà leur pays dans un terrible engrenage.

En spectateur très attentif, l’écrivain décrit aussi la mécanique implacable qui mène à l’Anschluss, l’annexion de l’Autriche en 1938. Il nous convie à la rencontre entre Hitler et le chancelier autrichien Kurt von Schuschnigg ou à la table d’un diner mondain entre le Premier ministre britannique Neville Chamberlain et le diplomate allemand Joachim von Ribbentrop. Le style est précis, mais les détails se révèlent trop denses. À mi-chemin entre roman et livre historique, le récit d’Eric Vuillard peine à captiver entièrement le lecteur. "L’Ordre du jour" est en lice pour le Goncourt.

"La Nostalgie de l’honneur", de Jean-René Van der Plaeten (Grasset)

"La Nostalgie de l’honneur" est un livre de guerre, mais surtout une belle histoire d’amour. Celui d’un petit-fils, Jean-René Van der Plaeten, pour son grand-père, le général Jean Crépin. Gaulliste de la première heure, ce dernier a eu un parcours héroïque au cours de la Seconde Guerre mondiale. Transi d’admiration pour lui, son descendant, devenu journaliste, ouvre la boîte aux souvenirs. Il le fait revivre depuis ce jour d’août 1940 au Cameroun, où il s’engage dans les Forces françaises libres. Son petit-fils loue le serment "d’un homme seul qui s’interroge dans le huis clos de son for intérieur, et qui décide de poursuivre le combat avec quelques autres contre les forces de l’Axe, entreprise folle et hasardeuse".

De champ de bataille en champ de bataille, il le suit au sein de la légendaire 2e DB du général Leclerc, de la campagne de Tunisie à la Libération de Paris jusqu’au nid d’aigle d’Hitler à Berchtesgaden en Allemagne. Avec un grand parti pris, Jean-René Van der Plaeten s’interroge sur les hommes de sa trempe et sur les valeurs de courage, qui selon lui, font défaut à notre époque. Il montre aussi la part d’ombre de l’Armée : les humiliations d’après-guerre et les coups bas politiques. Le journaliste a réussi une belle entreprise en ressuscitant cet ancêtre qui méritait les honneurs, même si son côté "c'était mieux avant" est agaçant. Nommé pour le Renaudot essai, "La Nostalgie de l’honneur" a déjà remporté jeudi 26 octobre le Prix Jean Giono.

Première publication : 26/10/2017

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