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Afrique

L’Afrique, terrain de plus en plus stratégique pour le Pentagone

© Christopher Klutt, AFP | Un instructeur des Forces spéciales américaines observe les exercices de tir de soldats nigériens.

Texte par Rémi CARLIER

Dernière modification : 27/10/2017

L’attaque contre des soldats américains au Niger, début octobre, met en évidence la présence croissante de l’armée américaine en Afrique, une orientation stratégique engagée par Barack Obama pour endiguer la montée du terrorisme dans le continent.

Le 4 octobre, douze soldats américains accompagnés de 30 militaires nigériens reviennent d’une mission au nord de Niamey, la capitale nigérienne. Ils sont pris dans une embuscade par une cinquantaine d’hommes armés près du village de Tongo Tongo, dans la région de Tillabéri, où ils recherchent un lieutenant du chef de l’organisation État islamique dans le Grand Sahara. Quatre bérets verts américains et cinq soldats nigériens sont tués. L’événement, qui a fait grand bruit aux États-Unis, notamment à cause du mystère qui entoure les faits (l’attaque n’a toujours pas été revendiquée), et de la réactivité pour le moins maladroite du président Donald Trump, illustre la présence effective des forces armées américaines dans le Sahel.

Le Niger, où 800 soldats étaient déployés au moment de l’attaque, est la tête de pont en Afrique de l’Ouest de l’Africom, le commandement des opérations militaires américaines en Afrique. Il y opère depuis 2013, principalement contre Boko Haram et les groupes jihadistes qui essaiment dans la région, à visage découvert pour la formation des forces armées locales, et à visage couvert pour des missions de contre-terrorisme, habituellement menées par les Forces spéciales (dont les bérets verts) et les drones. L'Africom construit d'ailleurs à Agadez une importante base de lancement de drones.

>> À lire : Les États-Unis étendent leur présence militaire en Afrique

Politique du "light footprint" d’Obama

"Il y a une montée en puissance de la présence de l’Afrique dans les intérêts américains, liée à une évaluation en hausse de la menace terroriste venue du continent", note dans son blog l’historienne Maya Kandel, spécialiste de la politique étrangère et de défense américaine. Citant Boko Haram au Nigeria, les shebab en Somalie et Al-Qaida au Mali, elle relève que "le véritable tournant est lié à l’attaque du consulat américain de Benghazi en septembre 2012 par des groupes terroristes, qui a entraîné l’assassinat de l’ambassadeur américain en Libye".

Bien que le continent soit presque en queue de liste des intérêts stratégiques américains, le regard du Pentagone s’y est considérablement concentré avec la montée du terrorisme dans la région. Barack Obama, avec sa politique du "light footprint" (misant sur la surveillance et l’utilisation des drones et des forces spéciales), a notamment contribué à faire de l’Afrique l’hôte du deuxième plus gros contingent de forces spéciales américaines, après le Moyen-Orient. Les États-Unis ont quelque 6 000 hommes déployés sur le continent, la plupart basés à Djibouti. Près de 1 300 d’entre eux font partie des forces spéciales, selon les chiffres officiels.

Conseil et assistance aux armées locales

Outre le Sahel, où Washington apporte entre autres un soutien logistique à la force française Barkhane, l’armée américaine forme l’armée nigériane contre Boko Haram, mène des frappes de drone en Libye et a lutté plusieurs années contre l’Armée de résistance du seigneur (LRA) en Afrique centrale aux côtés des forces ougandaises. Cela sans compter la multitude d’opérations fantômes, comme celle qui a coûté la vie à un militaire américain en Somalie, en mai 2017.

>> À lire : "Mission accomplie" pour l'Ouganda en Centrafrique, mais Joseph Kony court toujours

Jusqu’à aujourd’hui, la présence américaine en Afrique a été bien accueillie localement, car elle se borne, officiellement, à des missions de conseil en matière de défense et à l’assistance des armées gouvernementales. "Le but de ces opérations militaires est en gros d’apporter ‘des solutions africaines à des problèmes africains’, c’est-à-dire développer les capacités locales pour répondre aux menaces sécuritaires", analyse pour la radio NPR John Campbell, spécialiste des questions de sécurité en Afrique subsaharienne au think tank Council on Foreign Relations.

"Davantage d’actions en Afrique"

Mais la perte de puissance de l’EI au Moyen-Orient, couplée à la présence de Donald Trump à la Maison Blanche, commencent à changer la donne. "La guerre est en train de se déplacer. Nous allons assister à davantage d’actions en Afrique", déclarait le sénateur républicain Lindsey Graham, à la sortie d’un entretien avec le ministre de la Défense américain Jim Mattis, le 20 octobre. "L’Afrique est l’un des endroits où nous savons que [l’EI] espère renforcer sa présence. [...] Nous savons à quel point la Libye et le Sinaï sont importants pour l'EI. Nous savons à quel point ils ont essayé de s'établir en Afrique de l'Est et, bien sûr, nous parlons maintenant de l'Afrique de l'Ouest", a ajouté le général Joe Dunford, chef d’état-major américain, faisant référence à l’embuscade au Niger.

>> Voir la carte : les derniers bastions de l'organisation État islamique après la chute de Raqqa

Aux États-Unis, les observateurs commencent à s’inquiéter de la stratégie (ou de l’absence apparente de stratégie) mise en place par le successeur d’Obama. "Ces neuf derniers mois, l’administration Trump semble ne pas avoir la moindre idée de ce qu’il se passe en Afrique, y compris pour ce qui est de la diplomatie basique", fustige l’éditorialiste du Washington Post Karen Attiah. Pour exemples, l’annulation à la dernière minute du meeting prévu entre le Secrétaire d’État Rex Tillerson et le président de la Commission de l'Union africaine Moussa Faki, laissant le diplomate tchadien "furieux" ou, plus récemment, le "travel ban" imposé aux ressortissants du Tchad, pourtant allié des américains dans la lutte contre Boko Haram. Ou encore le fait qu'il n'y ait toujours pas de responsable du Bureau des affaires africaines au sein du Secrétariat d'État.

Pour William Assanvo, coordinateur régional de l’Institute for Security Studies, cité par Quartz Africa, une évolution plus offensive de la présence américaine en Afrique pourrait, "si elle n’est pas correctement pensée et mise en œuvre, contribuer à une escalade de la situation sur le terrain. Cela pourrait rendre hostile la population locale et garnir les rangs des groupes extrémistes".

>> À lire : L’Afrique, cadet des soucis de Donald Trump

Première publication : 27/10/2017

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