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FRANCE

Au rassemblement contre le harcèlement : "#MeToo a été une délivrance"

© Bertrand Guay, AFP | Une jeune femme tient une pancarte "On ne se taira plus" au rassemblement place de la République, le 29 octobre à Paris.

Vidéo par Roméo LANGLOIS

Texte par Julia DUMONT

Dernière modification : 30/10/2017

Des centaines de personnes se sont rassemblées, dimanche, place de la République, à Paris, pour que la parole des victimes de harcèlement et de violences sexuels, qui se libère sur les réseaux sociaux, soit aussi entendue dans la rue.

À lire les pancartes brandies par les centaines de femmes, qui participaient dimanche 29 octobre au rassemblement contre le harcèlement et les violences sexuels, place de la République, à Paris, la honte semblait avoir enfin changé de camp. "C’était il y a une semaine", "C’était mon patron", "On ne se taira plus".

Bien souvent, le hashtag #MeToo ("Moi aussi"), né sur les réseaux sociaux après les premières révélations d’agressions sexuelles visant le producteur américain Harvey Weinstein, est repris dans les messages de cet événement organisé par la journaliste Carol Galand. Ce dimanche, d’autres rassemblements étaient organisés à Lyon, Bordeaux, Lille et Marseille.

#MeToo. Deux petits mots qui ont permis à Malika Hammadi, 51 ans, de se libérer du douloureux secret qu’elle portait depuis des années. En 1989, le patron de l’auto-école pour laquelle elle était alors employée profite de sa vulnérabilité de mère célibataire pour exercer sur elle une pression psychologique assortie de harcèlement sexuel. "Il insistait pour me raccompagner chez moi tous les soirs, tenait des propos déplacés sur mon ex-mari, tentait de m’embrasser, me mettait la main sur la cuisse."

Malika se libère de l’emprise de cet homme en quittant l’entreprise mais, rongée par la honte, n’évoque plus jamais son harcèlement. "J’en ai parlé pour la première à l’homme avec qui je suis depuis quatre ans, hier", confie-t-elle.

"Il faut parler"

C’est l’émergence sur les réseaux sociaux des hashtags #MeToo et #Balancetonporc, utilisés par les femmes pour témoigner de leur harcèlement ou agression, qui lui a donné la force de parler. "Ça a été une délivrance pour moi et j’espère que cela pourra en libérer beaucoup d’autres. Il faut parler, il ne faut pas se terrer", affirme-t-elle.

"C’est normal de s’exprimer pour que d’autres victimes n’aient pas peur de parler. Ces femmes sont victimes. Point", martèle Samira, 45 ans, venue avec ses deux enfants.

Agressée sexuellement par son oncle lorsqu’elle avait 11 ans, elle raconte s’être confiée à sa mère sans jamais que celle-ci ne réagisse. "Cela ne se faisait pas dans une famille d’origine maghrébine". Samira, elle, parle ouvertement de son agression avec ses enfants et les sensibilise à la question du consentement. Surtout son fils, âgé de 9 ans. "J’espère qu’il grandira dans le respect des femmes."

"L’écart entre la drague et le harcèlement est très net"

Pour Alice et Mailis, toutes deux âgées de 29 ans, la notion de consentement est également essentielle pour que la lutte contre le harcèlement ne prenne pas la forme d’une lutte contre les hommes : "25 % des couples se rencontrent sur leur lieu de travail donc il ne faut pas dire que tout est du harcèlement", affirme Alice, qui tient une pancarte "J’aime le cul, pas les cons".

"L’écart entre la drague et la harcèlement est très net, poursuit Mailis. La différence, c’est l’absence de consentement." Si les deux jeunes femmes adhèrent au hashtag #MeToo, elles s’interrogent sur ce qui peut être fait de cette libération de la parole.

Alice juge problématique le projet de loi, qui doit être présenté en 2018 par Marlène Schiappa, la secrétaire d’État à l’égalité homme-femme et qui prévoit de verbaliser le harcèlement de rue, dallonger la prescription des crimes sexuels sur mineurs et de créer une présomption de non-consentement pour les enfants. "Je pense qu’il faudrait faire plus de flagrant délit, comme ce que fait la brigade anti-frotteurs dans le métro." "Il y a aussi la question de comment on reçoit les femmes pour qu’elles puissent parler", souligne Mailis.

"Le policier qui m’a reçue a ri en lisant les lettres"

Il y a tout juste un mois, Laura a fait les frais du manque de formation des policiers aux questions de harcèlement et de violences sexuels. Harcelée par un usager de la bibliothèque dont elle est salariée, cette mère de deux enfants a décidé de porter plainte après avoir reçu plusieurs lettres de son agresseur.

"Il me demandait de venir chez lui pour coucher avec moi [...] Quand je suis allée au commissariat, le policier qui m’a reçue a ri en lisant les lettres. J’ai seulement pu déposer une main courante. On me disait que ma situation ne justifiait pas une plainte."

Le harcèlement se poursuit. Laura reçoit des colis contenant des images pornographiques, des menaces de viol ainsi que des menaces visant son mari. Tétanisée, elle doit être arrêtée quinze jours par son médecin. "Un matin, je me suis levée et j’étais incapable d’aller travailler", raconte-t-elle avec la voix qui tremble. Reçue une seconde fois par les policiers, la bibliothécaire peut alors enfin déposer une plainte.

Aujourd’hui, Laura se dit satisfaite de voir la parole des femmes se libérer. "Je me dis que j’ai eu raison d’en parler." Elle dénonce toutefois le manque de réponse judiciaire aux questions de harcèlement et d’agressions. "L’homme qui m’a agressée a des problèmes psychologiques, c’est certain, mais il se sentait aussi autorisé à le faire. Dans ses lettres, il me disait qu’il ne risquait rien."

Première publication : 29/10/2017

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