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Loterie de la carte verte : Donald Trump menace de supprimer un rêve américain

© Chip Somodevilla, AFP | Chaque année, jusqu'à 50 000 personnes peuvent remporter la loterie de la carte verte aux États-Unis.

Texte par Charlotte OBERTI , correspondante à New York

Dernière modification : 03/11/2017

Après l’attentat de New York, perpétré par un gagnant à la loterie de la carte verte aux États-Unis, Donald Trump a ouvert mercredi une nouvelle ligne de front dans son combat anti-immigration, réclamant la fin de ce symbole du rêve américain.

Donald Trump dispose désormais d’un argument de poids pour combattre la loterie de la carte verte, cette procédure américaine connue dans le monde entier. Le président américain a déclaré, mercredi 1er novembre, vouloir "mettre un terme" et "se débarrasser" de ce programme, appelant le Congrès à s’emparer de la question. Il réagissait à l’information selon laquelle Sayfullo Saipov, le conducteur du véhicule originaire d’Ouzbékistan qui a fauché piétons et cyclistes à Manhattan le 31 octobre, a été accepté sur le territoire américain en 2010 après avoir lui-même "gagné" une carte verte, via le "Diversity Immigrant Visa Program".
 
"Nous voulons des gens qui contribuent à la sécurité de notre pays. Nous ne voulons pas de loteries qui amènent de mauvaises personnes", a déclaré Donald Trump.
 
 
Depuis sa création en 1990, ce système de loterie, organisé à l’automne, a délivré des cartes de résidents permanents à un million de personnes. Sayfullo Saipov fait partie des 50 000 chanceux qui décrochent chaque année ce sésame, soit 5 % du flux d’immigrés légaux dans le pays.
 
Un symbole du rêve américain
 
À sa naissance, il y a près de 40 ans, ce programme avait pour objectif officiel de donner une chance de s’installer aux États-Unis aux citoyens provenant de pays qui n’obtenaient que peu de visas américains, comme l'Irlande. À l’époque, les conditions pour immigrer aux États-Unis étaient en effet quasi exclusivement basées sur le regroupement familial, favorisant les immigrés venus d’Amérique latine et d’Asie, et pénalisant les Européens
 
Désormais, les gagnants proviennent en majorité d’Afrique et de pays dans lesquels la population "n’aurait sinon jamais eu l’opportunité de voyager aux États-Unis", explique à France 24 Carly Goodman, historienne spécialiste d’immigration auprès de l’organisation American Friends Service Committee, évoquant des "conséquences inattendues".
 
Le programme, qui est ouvert à tous les pays à la condition que moins de 50 000 de leurs ressortissants aient immigré aux États-Unis dans les cinq dernières années, connaît en effet un large succès. Durant la période de candidature pour l'annee 2017, environ 19 millions de personnes à travers le globe ont tenté leur chance pour obtenir le statut de résident permanent sur le territoire américain, selon l'institut independant Pew Research Center. Un chiffre qui a plus que doublé en dix ans. "Ce programme de loterie est devenu un symbole du rêve américain à travers le monde. Il renvoie une image positive des États-Unis, dont il démontre l'ouverture et la générosité."
 
Un système "sécurisé" mais controversé
 
Postuler est d’ailleurs très simple. Les candidats doivent renseigner quelques informations et télécharger une photo, après quoi un ordinateur choisit 100 000 personnes de manière aléatoire. Les sélectionnés doivent ensuite se soumettre à un processus.
 
"Après avoir été sélectionnés, les candidats doivent prouver qu’ils disposent d’un niveau d’éducation équivalent au lycée et qu’ils ont déjà exercé un emploi requérant une formation, poursuit la spécialiste. Leur état médical et leurs antécédents judiciaires sont aussi contrôlés. Il y en a beaucoup qui abandonnent. À l’issue de ces démarches, certaines peuvent toutefois être refusés, selon divers critères. Omettre de mentionner le nom de son épouse dans son dossier en est un."
 
 
Un système qui n’est donc pas aussi laxiste et "dangereux" que ses détracteurs semblent le penser, estime Carly Goodman. "Il s’agit d’un système sécurisé. Les gens se font souvent de fausses idées sur ce programme." Mercredi, des membres démocrates du Congrès ont rappelé que les gagnants de la carte verte faisaient l’objet "des mêmes procédures d’enquête strictes appliquées à n’importe quel immigré".
 
"Les gagnants de la loterie font un pari sur l’avenir. Ils sont généralement très motivés et ambitieux", défend Carly Goodman. De son côté, le sénateur républicain Jeff Flake s’est opposé à une atteinte à la loterie en ces mots : "Il devrait toujours y avoir de la place aux États-Unis pour ceux dont les seules qualifications sont un dos solide et une volonté farouche de s’en servir."
 
Réduire le financement ou déclarer l'état d'urgence
 
Ce tirage au sort n’en est pas à sa première polémique. En 2002, un Égyptien ayant pu s’installer aux États-Unis après que sa femme eut gagné la loterie avait abattu deux personnes dans un aéroport de Los Angeles. Dès 2004, un système de fraudes, impliquant notamment la falsification de papiers d’identité, avait par ailleurs été mis au jour. Le programme avait même failli être abandonné en 2013 dans le cadre d’une réforme de l’immigration, qui n’a finalement pas abouti. 
 
Le chef d’État, qui n’a jamais caché sa farouche hostilité envers ce système, rêve, lui, d’un modèle "plus dur", favorisant l’immigration de citoyens disposant d’un haut degré d’éducation, de qualification et parlant anglais. Une proposition qui ne séduit d’ailleurs ni chez les démocrates ni même chez les républicains. Une telle mesure réduirait en effet l’arrivée d’immigrants sous-qualifiés, lesquels représentent une main d’œuvre cruciale pour l’économie américaine.
 
Toutefois, malgré une opposition politique au projet de Donald Trump, la possibilité de voir la loterie annuler est réelle. "Donald Trump a deux possibilités : il peut soit réduire le financement de ce programme, soit déclarer un état d'urgence qui permettrait de limiter le nombre de personnes entrant dans le pays", indique Sarah Pierce, analyste politique au sein du think tank Migration Policy Institute, precisant que l'administration pourrait se servir de l'attentat à Manhattan pour justifier cette seconde option. "Néanmoins, l'une ou l'autre de ces options déclencherait immédiatement des réactions et le débat serait très certainement porté devant les tribunaux."

Première publication : 03/11/2017

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