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Porto Rico : après l'ouragan Maria, peu d'électricité et beaucoup de scandales

© Ricardo Arduengo, AFP | L'ouragan Maria a entièrement détruit le réseau électrique sur l'île de Porto Rico.

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 03/11/2017

Un mois après le passage de l'ouragan Maria, Porto Rico est toujours, en grande partie, sans électricité. Pourtant, de lucratifs contrats ont été accordés à des entreprises dont la compétence a été remise en question.

C’est un chiffre qui circule beaucoup dans les médias américains : 70 % des habitants de Porto Rico sont toujours privés d'électricité, plus d’un mois après le passage dévastateur de l’ouragan Maria. Mais en réalité, la situation est bien plus sombre, comme l'a démontré le journaliste américain spécialiste de l'Amérique latine Julio Ricardo Varela, le 30 octobre.

Les autorités portoricaines ont, en effet, effectué un petit tour de passe-passe statistique qui a embrouillé les esprits. Après avoir publié les chiffres de couverture en électricité de l’île pendant deux semaines après la catastrophe, elles ont changé leur fusil d’épaule et ne rapportent plus, depuis le 26 octobre, que la capacité de production en énergie. Une nuance importante : l’île caribéenne ne fournit, en réalité, qu'environ 30 % des besoins locaux en électricité… ce qui permet à peine aux bâtiments officiels et aux infrastructures critiques, comme les hôpitaux, de fonctionner. Les habitations individuelles ne récoltent que les miettes restantes de courant et la part réelle de Portoricains privés d’électricité est donc plus proche de 100 % que de 70 %.

Whitefish dans le collimateur

Les États-Unis n'ont donc, en plus d'un mois, qu'à peine amélioré le sort des Américains du territoire de Porto Rico. Certes, l'île a été entièrement dévastée et y faire parvenir de l'aide est autrement plus difficile que de dépêcher des secours en Louisiane ou en Floride. Mais pour beaucoup d'observateurs, les conditions naturelles n'expliquent pas tout. "Plus de 20 000 travailleurs étaient à pied d’œuvre en Floride, un jour après le passage d’Irma [7 septembre 2017], alors que les réparations du réseau électrique à Porto Rico n'ont débuté que le 2 octobre [soit quinze jours après la catastrophe, NDLR]", a déploré le juriste portoricain Armando Valdes Prieto, dans une tribune publiée dans le Washington Post, le 30 octobre.

Pour lui, comme pour d'autres, cette lenteur provient "d'une mauvaise gouvernance" qui confine au scandale politico-économique. Une société en particulier concentre la colère des Portoricains : Whitefish. Basée dans le Montana, cette entreprise du secteur de l’énergie est passée du jour au lendemain de l’anonymat le plus complet à la célébrité nationale en annonçant, le 20 octobre, avoir décroché un contrat de 300 millions de dollars avec l'autorité portoricaine d'énergie électrique pour réparer l'essentiel du réseau électrique sur l'île.

Un accord qui a fait tiquer. D'abord, parce qu'aux États-Unis, les régions sinistrées font généralement d'abord appel aux services publics d'États voisins pour mutualiser l'aide à la reconstruction, et que Porto Rico a choisi de faire appel au privé. Ensuite, et surtout, parce que Whitefish ne faisait pas figure de candidat idéal… loin de là. Fondée en 2015, la société ne compte que deux salariés et n'a jamais eu à traiter de situation d'urgence comme celle de l'île des Caraïbes.

Enquête du FBI

Certes, Whitefish a fait appel à une myriade de sous-traitants, une fois le contrat signé, et le responsable de l'autorité publique d'énergie électrique, Ricardo Ramos, a plaidé les circonstances atténuantes pour justifier le contrat. Selon lui, les États voisins de Porto Rico avaient, pour la plupart, leurs propres urgences à traiter en pleine saison des ouragans et l’île était trop endettée pour assumer seule le poids de la reconstruction. Il fallait donc agir au plus vite et Whitefish était l'une des rares entreprises à s'être portée volontaire, a assuré Ricardo Ramos sur la chaîne d’information CNN.

Mais la Federal emergency management agency (Fema), qui supervise toutes les situations d'urgence sur le territoire américain, a assuré que le contrat avec Whitefish lui semblait quelque peu onéreux. L’affaire s’est ensuite muée en scandale politique assaisonné de soupçons de corruption, lorsque les liens entre l’entreprise et le ministre américain de l’Intérieur Richard Zinke, lui aussi originaire du Montana, ont fait surface. Ce membre de l’administration Trump a eu beau assurer n'avoir rien à voir avec le controversé contrat, le fait que le fils du ministre avait travaillé un été pour le PDG de Whitefish a rajouté de l’huile sur le feu.

Le FBI a fini par ouvrir une enquête, lundi 30 octobre, sur les conditions d’attribution du lucratif chantier de reconstruction et le gouverneur de Porto Rico, Ricardo Rossello, a décidé, dans la foulée, que Whitefish ne faisait finalement plus l’affaire. Les quelque 300 ouvriers dépêchés par la petite société du Montana n’auront finalement pu travailler qu’un peu moins d’un mois sur l'île avant de céder leur place.

À qui ? Le corps des ingénieurs de l’armée américaine a repris les choses en main et s'est associé avec Fluor, un spécialiste du bâtiment qui existe depuis 1890, pour assurer l’essentiel du travail de reconstruction du réseau électrique.

Mais les soupçons n'ont pas fini de peser sur l'immense chantier de la reconstruction de Porto Rico. Le site américain d’investigation The Intercept croit avoir dégoté un autre vautour prêt à se repaître des restes de l'île : Cobra. Cette filiale spécialisée dans les BTP du groupe pétrolier Mammoth Energy a signé un contrat de 200 millions de dollars pour participer à la reconstruction du réseau électrique de l’île. Cobra est encore plus jeune que Whitefish puisqu'elle n’a été fondée qu'au printemps 2017. Interrogés par The Intercept, les responsables de Mammoth Energy ont eu du mal à justifier du savoir-faire de la filiale dans le domaine des réseaux électriques au-delà d'une "longue expérience dans le domaine" de l'équipe dirigeante. En attendant, tous ces contrats creusent un peu plus la dette de l'île, déjà en cessation de paiement, sans pour autant procurer aux habitants de quoi remettre le courant en marche pour voir la lumière au bout du tunnel.

Première publication : 03/11/2017

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