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Emprisonnement du photojournaliste Shawkan : "le silence complice" de la France face à l’Égypte

© Khaled Desouki, AFP | Mahmoud Abu Zeid, alias “Shawkan”, feint de prendre une photo, lors d'une audience au Caire, le 9 août 2016.

Texte par Assiya HAMZA

Dernière modification : 08/11/2017

Shawkan, photojournaliste indépendant, est emprisonné depuis quatre ans près du Caire. Malade, ce "prisonnier d'opinion" risque la peine de mort, selon Amnesty International, qui dénonce les atteintes aux droits humains en Égypte. Entretien.

Il s’appelle Mohamed Abou Zeid alias Shawkan. Le 9 octobre, ce photojournaliste a eu 30 ans. Mais son anniversaire, c’est dans la prison de Torah, au Sud du Caire, qu’il l’a passé. Le 14 août 2013, il a été arrêté, alors qu’il couvrait la dispersion de la manifestation des sympathisants des Frères musulmans place Rabaa Al-Adawiya dans la capitale et croupit dans les geôles égyptiennes depuis plus de quatre ans.

Accusé avec 738 autres personnes "d’appartenance à un groupe interdit", de "meurtre", de "dégradation de biens privés et publics" et de "détention d’armes à feu et d’armes blanches", il encourt la peine de mort. Mardi 7 novembre, l’audience de ce procès de masse, c’est-à-dire sans responsabilité individuelle, a été ajournée pour la 40e fois depuis 12 décembre 2016, sans aucune explication. Atteint d’hépatite C avant son arrestation, Shawkan voit son état de santé se dégrader rapidement.

Amnesty International se mobilise pour demander sa libération immédiate et l’abandon de toutes charges contre ce journaliste, dont la seule arme était un appareil photo. Une pétition en ligne a déjà engrangé plus 450 000 signatures à travers le monde. Pour Katia Roux, chargée de plaidoyer programme Libertés, au-delà du cas emblematique du photojournaliste, la société égyptienne est confrontée à une repression sans précédent depuis près de deux ans. Interview.

>> À lire aussi : "Le président égyptien Sissi entame une visite officielle en France, des ONG interpellent Macron"

France 24 - Que s’est-il passé le 14 août 2013, jour de l’arrestation de Shawkan ?
Katia Roux - Shawkhan est un photojournaliste indépendant qui travaillait depuis six ans. Il a été arrêté alors qu’il couvrait, pour l’agence en ligne britannique Demotix, le démantèlement par l’armée du sit-in de la place Rabaa al Adawiya, au Caire. Selon les organisations des droits humains, plus de 800 personnes ont été tuées ce jour-là, majoritairement des partisans des Frères musulmans et de l’ancien président Mohamed Morsi. L’agence a confirmé qu’il travaillait pour eux ce jour-là et qu’il ne portait rien d’autre que son appareil photo. Il n’y a pas de preuve tangible à son encontre. Il a été emprisonné plus de deux ans sans jugement, en totale violation de la législation égyptienne. Il ne faisait que son travail de photojournaliste. C’est un exemple flagrant de la violation de la liberté d’expression.

Comment va Shawkan aujourd’hui ?
Il écrit régulièrement des lettres qu’il fait parvenir à l’extérieur où il raconte son quotidien. Au bout d’un an de détention, il écrivait déjà qu’il était confiné 22h par jour dans une cellule de 2m sur 4 avec 12 autres prisonniers. Ce sont des conditions de détentions extrêmement difficiles. Ce qui nous inquiète, c’est son état de santé dégradé. Avant d’être arrêté, il souffrait d’une hépatite C mais on lui refuse l’accès à un traitement médical. Il a bien évidemment maigri, il souffre d’anémie, d’anxiété... D’après les informations fournies par sa famille, depuis le 19 octobre son état de santé s’aggrave. Une fois par semaine, il reçoit la visite de sa mère qui le voit parfois en fauteuil roulant et il est incapable de rester assis de manière prolongée. Son avocat a demandé à ce qu’il puisse être examiné par un établissement extérieur pour être diagnostiqué et qu’on puisse lui apporter les soins adéquats. Le plus urgent aujourd’hui, c’est que des soins médicaux puissent lui être apportés. Il y a un danger réel pour sa santé. Au bout de quatre ans, on est à presque 40 ajournements de procès. La situation est inhumaine. Amnesty demande en priorité sa libération immédiate et sans conditions, l’abandon de toutes les charges qui pèsent sur lui. C’est un prisonnier d’opinion qui est détenu uniquement parce qu’il a exercé son droit à la liberté d’expression. On demande également qu’il soit protégé de toute torture ou mauvais traitement pendant sa détention. Quand il a été arrêté, il a été battu pendant trois jours. Moralement c’est très dur. C’est difficile de trouver la force de continuer même s’il continue de clamer haut et fort son innocence

L’Égypte est-elle en train de museler l’opposition ?
Depuis un an et demi, deux ans une répression sans précèdent s’abat sur toute la société égyptienne, notamment les journalistes et les militants des droits humains. Ils sont vus comme des voix dissidentes qu’il s’agit de faire taire. Tous les moyens sont bons, y compris les procès de masse qui ne sont fondés sur aucune preuve tangible. Tout se passe dans un contexte de durcissement de la loi anti-terroriste, utilisée pour faire taire toute dissidence. On va agiter le risque sécuritaire pour museler toute opposition aussi pacifique soit elle. Les militants associatifs et les journalistes sont accusés d’incitation à la protestation, de dissémination de fausses rumeurs, de diffamation. Les opposants politiques sont arrêtés. En avril et mai 2017, Amnesty a pu documenter que les autorités égyptiennes avaient arrêté au moins 38 membres de cinq partis d’opposition et de groupes de jeunes en raison de commentaires sur les réseaux sociaux, simplement parce qu’ils critiquaient le président égyptien. Ça va jusqu’à l’arrestation d’un ancien candidat à l’élection présidentielle, par ailleurs défenseur des droits humains, Khaled Ali, qui ne pourra pas se présenter à la prochaine élection car il a été condamné à 3 mois d’emprisonnement pour atteinte à la moralité publique. La répression est systématique. Les libertés fondamentales sont en passe de disparaitre en Égypte aujourd’hui. Les personnes et associations engagées sont les derniers remparts avant le basculement. Si elles disparaissent, on bascule dès lors dans un régime autoritaire. Et il sera trop tard.

Le président Sissi était de passage en France récemment. Emmanuel Macron a fait profil bas sur la question des droits de l’Homme…
Abdelfattah al-Sissi dit qu’il n’y a pas de violation des droits humains, pas d’opposants politiques en prison… Amnesty a une liste de 16 journalistes et de 38 jeunes emprisonnés. Les 430 sites bloqués en Égypte sont pour la plupart des sites d’information ou de droits humains. Il y a des associations locales qui sont réprimées par les autorités. Depuis le vote de la nouvelle loi sur les ONG, des interdictions de voyager pour les membres d’associations des droits humains ont été mises en place, le gel de leurs avoirs, la possibilité de les  dissoudre, et d'interdire des recherches de terrain sans autorisation préalable du gouvernement. On a tenté d’interpeller les autorités françaises lors de sa venue car on sait très bien les mécanismes en jeu : économiques, géostratégiques, sécuritaires. Les engagements en matière de droits humains passent après. C’est inacceptable. Quand Macron dit qu’il n’a pas de leçon à donner à Sissi, que la lutte anti-terroriste est prioritaire, on a envie de dire qu’il ne peut y avoir de double discours. Des personnes ont été arrêtées, tuées au nom de la lutte anti-terroriste, ce qui est contraire aux conventions internationales. En faisant primer ses engagements militaires, sécuritaires et économiques notamment de transfert d’armes, la France se rend complice de violations de droits humains en cours en Égypte. C’est un silence complice.

>> À lire aussi : "Droits de l'Homme en Égypte : Macron ne veut 'pas donner de leçons' à Sissi"

>> Sur France 24 : l'intégralité de l'entretien avec le président égyptien

Première publication : 08/11/2017

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