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Amériques

Au Mexique, les narcotrafiquants font fermer des écoles

© Sergio Ocampo, AFP | Depuis fin septembre, les écoles de Chilapa de Alvarez, dans le Guerrero, sont fermées en raison de menaces de groupes de narcotrafiquants.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 17/11/2017

Depuis fin septembre, plus de 600 écoles ont fermé dans l'État du Guerrero, au Mexique. Jeudi, les autorités ont fini par admettre que ces fermetures étaient la conséquence des menaces des cartels de la drogue.

"Nous vous donnons l'ordre de suspendre les cours à Chilapa et dans toute la zone de la Montaña Baja. Laissez-nous travailler." Le message, attribué à des narcotrafiquants du Guerrero, région du sud-ouest du Mexique, est apparu sur les réseaux sociaux fin septembre, selon le journal mexicain El Milenio. Ils menacent de représailles quiconque s'aviserait d'ouvrir les établissements scolaires de cette zone-clé du trafic de drogue au Mexique.

En conséquence, les équipes pédagogiques ont décidé par mesure de sécurité de fermer les écoles. Selon le blog del Narco, site spécialisé qui recensent les faits divers liés au narcotrafic, près de 650 établissements et 60 000 enfants sont concernés, ainsi que 3 400 membres du personnel.

"Obéissez où on va vous n****"

Les autorités ont d'abord préféré éluder le problème de l'insécurité et justifié une fermeture temporaire de ces écoles comme une conséquence du puissant séisme survenu le 19 septembre, selon El Milenio.

Mais lorsqu'un collège de Zitlala a tenté de rouvrir ses classes, raconte BBC Mundo, les professeurs ont reçu des menaces sur leur portable personnel : "Pourquoi vous n'obéissez pas, enc**** ! Nous avions dit : pas de classes jusqu'à nouvel ordre. Nous savons où vit le directeur. Obéissez ou on va vous n**** !" La tentative a tourné court.

Des menaces prises très au sérieux dans une région gangrénée par la violence. Le Guerrero s'était retrouvé sous le feu des projecteurs, en septembre 2014, à la suite de la disparition de 43 étudiants de l'école normale d'Ayotzinapa. Mais, depuis quelques semaines, les assassinats et la découverte de cadavres mutilés sont quasi quotidiens dans la province de la Montaña Baja. Outre les écoles, les transports publics sont également visés : plusieurs chauffeurs de taxis et de bus ont été assassinés durant le mois écoulé.

Une stratégie de terreur

La cause principale de ces meurtres ? Le trafic de drogue. Montaña Baja est, en effet, une des zones productrices d'héroïne. Depuis 2014, deux groupes s'y affrontent pour le contrôle des cultures de pavot, des laboratoires de transformation et des routes de trafic. En mai dernier, 300 "sicarios" (des tueurs à gage à la solde d'un cartel) ont fouillé maison par maison une grande partie de la zone pour traquer leurs adversaires. Trente personnes ont alors été emmenées et restent introuvables à ce jour.

Las, le secrétaire à l'Éducation de l'État du Guerrero, José Luis Gonzalez de la Vega, a fini par reconnaître, jeudi 16 novembre, que les menaces sont bien à l'origine de la fermeture des classes. "Mais cela ne veut pas dire que les cours ont été totalement suspendus", veut-il nuancer BBC Mundo. "Les professeurs continuent d'enseigner via Internet à leurs élèves et leur donnent des devoirs." En effet, pour ne pas interrompre le processus éducatif, les maîtres d'écoles ont commencé à s'organiser et à utiliser Whatsapp et Facebook afin de communiquer avec leurs étudiants. Selon le journal local le Quadratin de Guerrero, José Luis Gonzalez de la Vega annonce un retour à la normale dans les prochains jours et des renforts pour protéger les routes.

Cependant certains instituteurs interrogés par BBC Mundo estiment que cette stratégie de terreur n'a qu'un seul objectif : contrôler le territoire et la population avec en ligne de mire les élections générales de juillet 2018, dont le résultat pourrait entraver les affaires des narcos.

>> À lire aussi :  À Paris, un mémorial itinérant sur les "disparus" du Mexique

Selon un rapport de l'Institut international d'études stratégiques, le Mexique a été, après la Syrie, le pays qui a connu le plus grand nombre d’assassinats en 2016, avec 23 000 homicides intentionnels, essentiellement en raison des cartels de la drogue.

 

Première publication : 17/11/2017

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