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Afrique

Après la vidéo sur l’esclavage en Libye, le Rwanda prêt à accueillir 30 000 migrants africains

© Mahmud Turkia, AFP | Des migrants africains arrivent sur la base navale de Tripoli, à l'ouest de la Libye, le 11 octobre 2017.

Texte par Julia DUMONT

Dernière modification : 23/11/2017

La ministre des Affaires étrangères rwandaise a annoncé mercredi que Kigali réfléchissait à une manière de venir en aide aux migrants africains asservis en Libye. Le pays envisage d’accueillir jusqu’à 30 000 personnes.

L’émotion suscitée dans le monde par la vidéo tournée par une journaliste de CNN et montrant "un marché aux esclaves" où étaient vendus aux enchères des migrants noirs d'Afrique subsaharienne a ému le gouvernement rwandais.

La ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo, a annoncé mercredi que Kigali, "horrifié par la tragédie actuellement en cours en Libye", était prêt à s’engager de manière forte pour venir en aide à ces migrants victimes de traitements inhumains.

>> À lire sur France 24 : "Esclavage : au-delà du cas libyen, un fléau mondial"

"Le Rwanda discute actuellement pour voir comment il peut aider à accueillir des migrants prisonniers en Libye (…). Le nombre et les moyens [de les accueillir] sont encore en discussion, mais le Rwanda estime à environ 30 000 [le nombre de migrants pouvant être accueillis]", a déclaré la cheffe de la diplomatie rwandaise.

Démonstration de force politique

Bien que le Rwanda soit le pays africain le plus densément peuplé, sa croissance économique extraordinaire (6 % de croissance du PIB en 2016), le Rwanda devrait lui permettre d’accueillir ces 30 000 réfugiés dans de bonnes conditions. Au-delà du geste de solidarité, pour Jean-Claude Félix Tchicaya, spécialiste en géopolitique et géostratégie à l’IPSE (Institut Prospective & Sécurité en Europe), l’annonce de ce nombre impressionnant est un moyen pour le président Paul Kagamé de réaliser "une démonstration de force politique".

>> À voir sur France 24 : "LE JOURNAL DE L'ÉCO - 'Rwanda : le miracle économique' "

"C’est un geste fort politiquement, mais aussi sur le plan du ‘soft power’. Donc je pense que le président va tout faire tout pour que ces personnes soient accueillies convenablement", analyse le chercheur de l'IPSE.

Dans son communiqué, le ministère rwandais des Affaires étrangères se dit prêt "à collaborer étroitement avec l'Union Africaine, le secteur privé et les autres partenaires amis du Rwanda, pour pouvoir assurer des conditions d'accueil et de confort minimum à ceux qui en auront besoin".

"Nous ne pouvons pas rester silencieux"

En choisissant d'ouvrir ses portes aux migrants retenus en Libye, le Rwanda répond à l’appel du président de la commission de l'Union Africaine (UA), Moussa Faki Mahamat. Au lendemain de la diffusion de la vidéo de CNN, il avait demandé de l’aide aux pays du continent.

Pour Louise Mushikiwabo, Kigali répond aussi au droit au devoir moral qui lui incombe. "Étant donné la philosophie politique du Rwanda et notre propre histoire, nous ne pouvons pas rester silencieux quand des êtres humains sont maltraités et vendus aux enchères comme du bétail", a-t-elle déclaré.

"Ce que veut dire la ministre, c’est que le Rwanda ayant lui-même connu des drames [le génocide de 1994 a fait 800 000 morts, en majorité membre de la communauté tutsie, ndlr], il aurait une philosophie politique vertueuse selon laquelle il ne pourrait pas rester sans bouger devant le drame de cet esclavage", explique Jean-Claude Félix Tchicaya. "Mais elle aurait pu le dire il y a trois semaines, elle avait sans doute l’information comme millions de personnes. Il est bien que le Rwanda réagisse, mais il faudrait que cette philosophie, en effroi devant ces images, soit constante devant le quotidien des citoyens de leur pays", poursuit le chercheur.

Avec AFP

Première publication : 23/11/2017

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