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Le dernier éléphant de Caracas

© Jean Barrère | Blessée et très maigre, Ruperta, la dernière éléphante du zoo de Caricuao.

Texte par Jean BARRÈRE

Dernière modification : 23/11/2017

En raison de la grave crise que traverse le Venezuela, les autorités abandonnent les zoos. Faute de soins et de nourriture, les animaux meurent par dizaines. Quand ils ne sont pas mangés par une population affamée. Reportage au zoo de Caricuao.

L'entrée est à peine visible. Il faut passer un petit grillage et une barrière tenue par deux gardes avachis. Plus haut, on accède à un grand parking, de plusieurs dizaines de places. Des herbes hautes poussent entre les dalles. La peinture sur les panneaux est délavée. Il n'y a aucune voiture ce matin-là, pourtant l'entrée est gratuite. Le zoo public de Caricuao, à l'ouest de Caracas, semble avoir un jour été un parc prisé des Vénézuéliens. Il n'en reste aujourd'hui qu'un lointain souvenir.

Lorsque l'on pénètre son périmètre, vaste étendue vallonnée en bordure d'un quartier pauvre, on croise quelques singes en liberté qui se débrouillent pour trouver des graines. "Autrefois, on pouvait caresser les singes, maintenant ils sont agressifs, faute de nourriture", se remémore Alberto, un habitant de Caracas. "Ici, c'était un lieu familial, il y avait des dizaines de personnes, des familles qui passaient du temps dans le parc. Aujourd'hui, il n'y a presque plus personne, et le lieu est même devenu dangereux. Il y a des vols". Comme beaucoup, il a décidé de ne plus s'y rendre.

L'attraction principale du zoo, c’était ce vaste enclos, cerclé de douves, mais libre de toute clôture, qui permettait de voir de plain-pied les deux éléphants. Mais ce matin-là, aucun n'apparaît. L'un des deux pachydermes est mort il y a quelques années et n'a jamais été remplacé. Finalement, après une demi-heure d'attente, Ruperta tend une première patte au dehors. Elle avance, chancelante. Derrière elle, les gratte-ciels défraîchis de Caricuao, construits dans les années 1960 pour accompagner le développement démographique de Caracas. Sur son corps, des marques profondes, stigmates de sa chute il y a trois mois. Elle est restée affalée sous son poids pendant plusieurs heures avant que les soigneurs ne parviennent à la redresser.

Photos interdites

Plusieurs gardes veillent. Les photos sont strictement interdites. Mais un cliché s'impose, caché derrière un arbuste. Comme une balafre que le gouvernement voudrait cacher, Ruperta, le dernier éléphant de Caracas, ne doit pas être montrée.

"Elle va très mal. Son alimentation n'est pas adaptée, elle ne mange que des potirons", explique Marlene Sifontes, représentante syndicale d'Inparques, l'organisme qui gère le zoo au nom du gouvernement. "Ceux qui s'occupent d'elle ne sont pas qualifiés pour la soigner. Les spécialistes ont été remerciés. Pour le gouvernement, les zoos et les parcs ne sont plus une priorité et les moyens alloués sont insuffisants".

>> À lire : "Retratos urgentes", la crise vénézuélienne racontée à la première personne

Dans le parc de Caricuao, il y avait plus de 200 espèces. Il n’en reste désormais que quelques dizaines. Un des hippopotames, mort en 2015, a été découpé sur place parce qu'il pourrissait, avant d’être enterré. "Des méthodes qu'un zoo normal n'emploierait pas", regrette Marlene Sifontes. "Beaucoup d'animaux sont morts ou ont été volés", ajoute-t-elle. En 2016, un cheval noir était retrouvé démembré. "On suppose qu'il a été tué pour sa nourriture. Ceci est lié au problème de la faim dans le pays".

Le parc ne dispose pas de moyens de surveillance suffisants. La nuit, n'importe qui peut accéder facilement au zoo depuis l'extérieur. Il n'y a pas de caméras, et très peu de gardes. Depuis 2016, il y a donc des visiteurs noctambules. La population de cochon sauvage a aussi curieusement diminué.

Carences alimentaires

Le zoo de Caricuao est un symbole de la crise que traverse le Venezuela. Sa beauté et ses ressources s'effacent devant l’inévitable besoin de survivre.

Tous les parcs et zoos en font les frais. Au zoo de Maracay, les oiseaux meurent de la salmonellose, au risque de contaminer les soigneurs. Début octobre, c'est l'un des alligators qui est mort. Et en avril, Shakira, le puma. À Maracaibo, à la frontière colombienne, la situation est encore plus dramatique. Plusieurs dizaines d'animaux ont été récemment enlevés, dont des pécaris à collier, un buffle, deux tapirs, des oiseaux… Plus de dix espèces sont concernées, d’après son ancien directeur Leonardo Nunez, remercié après ces événements.

Et pour cause, la viande est devenue un aliment de luxe pour beaucoup de Vénézuéliens. "Une situation critique" pour Maritza Landaeta, nutritionniste à la fondation Bengoa. "C'est non seulement la quantité de nourriture consommée qui a baissé, mais aussi la qualité de cette nourriture qui s'est dégradée". Les apports en protéines (viande, œuf, lait) ont été remplacés par des tubercules, comme le yucca ou la pomme de terre. Ce qui génère des carences alimentaires.

"Les Vénézuéliens sont pour 80 % d'entre eux en insécurité alimentaire et la crise alimentaire se renforce", alerte Maritza landaeta. En 2016, ils ont perdu en moyenne 8,7 kilos. Pas étonnant, dans ce cas, que certains puissent avoir recours aux animaux des zoos. La fondation Bengoa en appelle désormais à l'aide humanitaire.

Première publication : 23/11/2017

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